La grande majorité des centres de vaccination de Seine-Saint-Denis sont aujourd'hui saturés. Mais à peine plus de la moitié de la patientèle est composée des habitants du département, au grand détriment des soignants.

Dans ce centre de vaccination de Pantin, comme dans la majorité de la Seine-Saint-Denis, ce sont les habitants d'autres départements qui se font vacciner
Dans ce centre de vaccination de Pantin, comme dans la majorité de la Seine-Saint-Denis, ce sont les habitants d'autres départements qui se font vacciner © Radio France / Simon Cardona

C'est l'une des conséquences de la course à la vaccination et une nouvelle preuve des dégâts que peut causer la fracture numérique. À Pantin, ce lundi 15 février, près d'un mois après le lancement de la vaccination anti-Covid-19 dédiée aux personnes âgées de 75 ans et plus, la salle d'attente d'un des 17 centres de vaccination de Seine-Saint-Denis est occupée par un bon nombre de patients qui habitent dans les départements voisins, dont Paris.

L'effet Doctolib

Pierre patiente sagement, canne à la main. Il vient pour sa seconde dose. À 91 ans il ne s’est occupé de rien. C’est sa fille qui a trouvé sur internet de la disponibilité, mais de l’autre côté du périphérique. "Elle a demandé à la mairie du XIXe arrondissement, car j'habite là-bas. On lui a refusé, on lui a donné un rendez-vous à Pantin. Ce qui n'est pas très commode, parce que c'est loin et il faut venir en taxi."

En permettant les réservations en ligne sur trois plateformes privées, Doctolib, Maiia et Keldoc, le gouvernement a facilité les prises de rendez-vous. "Sur Doctolib, aucun problème", confie Guillaume, content d'avoir pu trouver un rendez-vous pour son père, Lucien, qui habite le XVe arrondissement de Paris. "La réservation faite le premier jour possible, il a reçu la première dose le premier jour" du lancement de la vaccination pour les 75 ans et plus.

Lucien qui patiente pour recevoir sa seconde dose de vaccin anti-Covid-19, et son fils Guillaume qui s'est occupé de réserver en ligne.
Lucien qui patiente pour recevoir sa seconde dose de vaccin anti-Covid-19, et son fils Guillaume qui s'est occupé de réserver en ligne. © Radio France / Simon Cardona

Plus besoin donc de patienter des heures au téléphone... sauf ceux qui n'ont pas ou ne savent pas se servir d'internet. Après quatre jours d'attente, accrochée à son téléphone, Nicole a eu quelqu'un au bout du fil. "Je n'en revenais pas" en rigole encore cette Pantinoise, qui a donc attendu la mi-février pour recevoir sa première dose. C'est la mairie de Pantin qui lui a trouvé ce créneau. "C'est quelqu'un qui a dû se désister", s'interroge Nicole.

"Premier arrivé, premier servi"

"On a seulement 30% des patients qui sont Pantinois, ils font partie des 60% des personnes qui viennent du 93", a calculé le médecin Didier Duhot, responsable du centre de vaccination de Pantin, en recensant, pendant une période donnée, l'origine géographique des personnes qui venaient se faire vacciner. "On a presque 40% de personnes qui viennent d'autres départements d'Ile-de-France".

Le médecin et responsable du centre de Pantin Didier Duhot
Le médecin et responsable du centre de Pantin Didier Duhot © Radio France / Simon Cardona

Ce qui fait dire à Didier Duhot, que dans la course à la vaccination, on en a oublié l’égalité des chances, "alors qu'on sait que les gens qui sont en situation défavorisée ont deux fois plus de risques de faire une forme grave de la Covid-19"

"On n'essaie pas de vacciner ceux qui en ont le plus besoin. On vaccine ceux qui sont plus agiles, ceux qui courent le plus vite" (Didier Duhot, responsable du centre de vaccination de Pantin)

La préfecture avec l'ARS ouvre un centre dédié aux plus précaires

Accusée par les maires du département de ne pas traiter, voire d'amplifier le problème (à lire chez nos confrères de Libération), la préfecture de Seine-Saint-Denis a annoncé ce lundi une série de mesures dédiées aux personnes les plus précaires et vulnérables, afin de leur faciliter l'accès à la vaccination contre la Covid-19. Dont un centre dédié, installé à Bobigny, en collaboration avec l'Agence régionale de santé (ARS), le Département et la CPAM. "700 personnes en bénéficieront cette semaine", assure la préfecture.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.