Pour la première fois, la Direction générale de la sécurité intérieure recrute publiquement hors des rangs de la police. 1 200 postes sont à pourvoir, dont quelques places de contre-espion en alternance.

Le siège de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) est situé à Levallois-Perret.
Le siège de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) est situé à Levallois-Perret. © Maxppp / IP3 / Vincent Isore

Il y avait déjà eu 1 100 recrutements après les attentats de 2015, mais essentiellement dans les rangs de la police, et surtout des opérationnels pour les enquêtes, les surveillances. Cette fois, la Direction générale de la sécurité intérieure (4 385 agents actuellement) souhaite élargir ses profils

L’agence française de renseignement du premier cercle cherche surtout des analystes en contre-terrorisme, des linguistes traducteurs (langues rares, dialectes) avec un bagage en relations internationales ainsi que des secrétaires. "Or ceux-ci sont parfois plus difficile à trouver qu’un bon ingénieur", souligne le DRH de la DGSI. Un job dating a eu lieu ces derniers jours avec Pôle emploi pour 30 postes d’assistant(e)s en CDI et contractuels. Du jamais vu. 

Des démarchages dans les salons étudiants, les grandes écoles, les BTS

Pour la suite, la DGSI va faire comme son homologue du renseignement extérieur, la DGSE, après l'attentat du 11 septembre 2001 aux États-Unis : les agents de la nouvelle structure RH dédiée de la DGSI vont aller démarcher dans les salons étudiants, lors du prochain Forum international sur la cybersécurité à Lille, dans les grandes écoles et les BTS. 

Des centaines de postes d'ingénieurs et de techniciens en informatique et en intelligence artificielle sont à pourvoir. La DGSI devrait également accueillir pour la première fois des étudiants apprentis en alternance pour former ses futures recrues en contre-espionnage. Des recrutements dans les milieux de la finance sont aussi prévus pour le contre-espionnage économique. Ainsi, pour la première fois, un haut cadre sorti d’une grande école de commerce française et un inspecteur des finances ont déjà été embauchés. 

Pour ce qui est des salaires, ceux-ci peuvent être très inférieurs à ceux du privé pour les postes les plus pointus. Mais les motivations sont en général sont toutes autres que la rémunération, souligne le patron de la DGSI, Nicolas Lerner. En revanche, les futurs agents seront globalement mieux payés que la moyenne pour les postes juniors. 

Moderniser le processus d'embauche

Pour cette première campagne publique de recrutement, la DGSI a dû revoir ses méthodes d’embauche, clairement inadaptées. Nicolas Lerner raconte : "Il y a quelques mois, lorsque j’ai demandé comment faisait quelqu'un qui souhaitait entrer à la DGSI, on m'a dit 'eh bien c’est simple, il envoie son courrier son CV et sa lettre de motivation'. Mais il l’envoie à qui ? 'Eh bien à vous !' Voilà, ça ne me paraissait pas une procédure tout à fait adaptée aux exigences du monde moderne, d’où la diversification des canaux, à commencer par une adresse mail fonctionnelle, un bureau chargé du recrutement, et l’ouverture d’un compte Linkedin." 

L'une des qualités requises : ne pas vouloir devenir James Bond

La  seule condition pour le patron de la DGSI, c’est de ne pas vouloir être un James Bond, d’être bien dans sa tête et ses baskets. Mais  évidemment, l’attaque à la Préfecture de police de Paris il y a un mois  a renforcé encore les exigences pour l’habilitation secret-défense. Il faut donc du temps avant d’avoir un poste ("entre trois mois et un an") avec une batterie de tests et d’entretiens principalement pour détecter une éventuelle infiltration d’un service secret concurrent ou ennemi. Il faut savoir aussi que l’on peut être remercié très rapidement, sans préavis, à la moindre vulnérabilité décelée.

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