Les députés ont voté le second projet de loi de finances rectificative, avec une aide de 20 milliards d'euros pour de grandes entreprises comme Air France ou Renault. Les ONG qui exigeaient des contreparties environnementales, comme certains députés, n'ont pas été entendues. La majorité se défend.

L'Assemblée nationale
L'Assemblée nationale © AFP / Bertrand Guay

C’est un "scandale démocratique et écologique" dénoncent plusieurs ONG, comme Greenpeace, les Amis de la Terre ou Ofxam, pour qui "l'écologie n'est toujours pas au programme du monde d'après". Tard dans la nuit, un amendement porté par le député du Maine-et-Loire Matthieu Orphelin, ancien porte-parole de Nicolas Hulot, a été rejeté. Il demandait justement que "tout soutien en fonds propres aux grandes entreprises soit conditionné à la mise en place, dans les douze mois qui suivent son obtention, d’une stratégie interne de réduction de leur empreinte écologique". Sans succès.

Les députés ont donc validé cette aide de 20 milliards d’euros pour les entreprises dites stratégiques, sans contrepartie environnementale. Or "il manque 15 à 18 milliards d’euros par an pour la transition écologique" remarque Clément Sénéchal de Greenpeace, qui s’indigne de ce "chèque en blanc" signé par le gouvernement qui "préfère donc, selon l’ONG, perdre dix années de combat contre le changement climatique".  Pour Attac, "20 milliards pour les pollueurs sans contrepartie sociale et écologique, c’est du business as usual".

" On repart tout droit vers le monde d’avant, à vitesse grand V" , s’indigne Clément Sénéchal de Greenpeace

Or l’État, selon ces ONG, était en position de force pour poser ses conditions : pour Clément Sénéchal, " l’État aurait pu demander aux entreprises une réduction des émissions de gaz à effet de serre, des contreparties en terme de gouvernance pour que les choix d’investissements et de développement soient conformes aux exigences environnementales, ou un mécanisme de sanctions pour les entreprises qui ne respecteraient pas les trajectoires fixées". Cela n’était pas impossible, d’autant que la France est en état d’urgence climatique, cela a été voté en septembre dernier. 

Pourtant, d’autres pays ont été plus ambitieux : la Finlande vise un objectif de neutralité carbone en 2035, et l’Autriche a su conditionner ses aides au secteur aérien à une trajectoire de baisse des émissions de gaz à effet de serre. " Quand on veut, on peut" , estime Greenpeace.

Le gouvernement mise sur la RSE des entreprises, du "pipeau" pour certains députés

Mais de son côté, le groupe LREM estime que l’amendement porté par Bérangère Abba est suffisant. Cette députée de Haute-Marne, déléguée à la transition écologique pour le groupe En Marche, a fait voter un amendement qui demande aux entreprises aidées par l’État "d’intégrer des objectifs de responsabilité sociale, sociétale et environnementale dans leur stratégie, notamment en matière de lutte contre le changement climatique et de respect de l’Accord de Paris" . D'ailleurs, le ministre Bruno Le Maire lui-même s'est défendu en insistant sur la "politique environnementale ambitieuse" que devront mener ces entreprises.

Mais pour les ONG, comme pour certains députés, cet amendement, félicité par la secrétaire d’État Emmanuelle Wargon, n’est pas assez contraignant. Pour l'ancienne ministre de l'écologie Delphine Batho, c'est du "pipeau". Quant à Matthieu Orphelin, il évoque sans difficulté un nouvel épisode de _"greenwashing"_.

Ce projet de loi sera examiné au Sénat le 21 avril.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.