En France, où elle va s'adresser à la représentation nationale mardi, Greta Thunberg est une figure médiatique connue et reconnue, notamment par les jeunes. Qu'en est-il chez nos voisins ?

 Une image de Greta Thunberg au Glastonbury Festival, en Angleterre, le 26 juin 2019
Une image de Greta Thunberg au Glastonbury Festival, en Angleterre, le 26 juin 2019 © Getty / Léon Neal

En France, le discours était jusqu'ici assez unanime concernant Gretha Thunberg et son combat pour le climat. L’adolescente a même reçu dimanche 21 juillet le Prix Liberté 2019 à Caen, dans le Calvados, en présence de vétérans du Débarquement de Normandie de 1944.

Mais la venue de la jeune suédoise à l'Assemblée nationale, où un débat sur le réchauffement climatique va se tenir mardi, a déplu à certains députés, dont Sébastien Chenu du RN et les députés LR Guillaume Larrivé et Julien Aubert. Les deux candidats à la présidence des Républicains ont annoncé qu’il bouderont le discours de la jeune femme. Guillaume Larrivé a d’ailleurs appelé ses collègues à "boycotter" Greta Thunberg à l'Assemblée nationale.

Au Royaume-Uni, elle est incontournable

Un poster représentant Greta Thunberg au Glastonbury Festival, en Angleterre, le 26 juin 2019
Un poster représentant Greta Thunberg au Glastonbury Festival, en Angleterre, le 26 juin 2019 © AFP / Oli SCARFF

Son visage, dessiné sur fond d’océan et d’Iceberg, à moitié submergé par la montée des eaux, s’étale même sur 15 mètres de haut sur la façade d’un immeuble de Bristol. 

"Personne n’a été plus efficace qu’elle pour mettre la pression aux politiciens", écrit le Guardian. Notamment parce qu’à cause du syndrome d’Asperger, elle "semble incapable de faire cette dissociation cognitive qui permet aux autres personnes de se lamenter sur le climat pendant une minute, puis de se jeter sur un steak, d’acheter une voiture, ou de s’envoler quelque part pour le week-end".

Invitée à parler devant les députés, à Westminster, elle leur a essentiellement expliqué que leur comportement était irresponsable. Le Royaume-Uni continue en effet à entreprendre des forages pour extraire du gaz de schiste, exploite toujours plus les gisements de pétrole et de gaz en mer du nord, et développe des aéroports : "Ce comportement irresponsable - leur a-t-elle dit - restera probablement dans l’histoire comme l’un des plus grands échecs de l’humanité". 

L’adolescente est végétarienne, et voyage uniquement en train. Il lui a fallu deux jours pour se rendre à Londres. Les Anglais la dépeignent aussi comme une adolescente "imperturbable", face aux démonstrations de haine et soulignent le soutien que lui a apporté la famille royale, essentiellement Harry et Meghan, sur les réseaux sociaux.

En Allemagne, elle est citée par Merkel

"Greta et bien d'autres jeunes gens nous ont montré qu'il en va de leur vie, et quelles conséquences pourrait avoir le fait de ne pas agir..." Lorsqu'Angela Merkel prononce ces mots, vendredi dernier, lors de sa traditionnelle conférence de presse estivale à Berlin,  Greta Thunberg se trouve précisément dans la capitale allemande. À quelques centaines de mètres de là, elle s'adresse à quelques 3 000 fans venus pour beaucoup avec leurs parents, au coeur des vacances scolaires. C'est la deuxième fois que la jeune activiste suédoise pour le climat se rend à la rencontre des jeunes Berlinois.

Un portrait géant de Greta Thunberg a été dessiné dans un champ de maïs à Selm, dans l'ouest de l'Allemagne
Un portrait géant de Greta Thunberg a été dessiné dans un champ de maïs à Selm, dans l'ouest de l'Allemagne © AFP / Ina Fassbender

Son message passe particulièrement bien en Allemagne où chaque vendredi depuis des mois des dizaines de milliers de lycées font la grève pour le climat. Angela Merkel les a, à plusieurs reprises, assurés de son soutien. Et plusieurs lycées, qui avaient engagé des mesures disciplinaires contre les grévistes, ont été obligés de lever les sanctions suite à des décisions de justice. Le président du Bundestag Wolfgang Schäuble promettait de son côté - mi sérieux mi ironique - d'envisager de réintroduire l'école obligatoire le samedi "si les jeunes continuent de faire grève le vendredi".

En Italie, elle rencontre le pape mais elle est moquée par Salvini

En Italie, où elle a rencontré le pape le 17 avril dernier, Greta Thunberg ne soulève pas l'enthousiasme. Au contraire, les pro-Salvini en ont fait une de leurs cibles favorites. La jeune Suédoise est à leurs yeux l'incarnation du "bonismo", une forme de bien-pensance aux antipodes de ce que défend le leader d'extrême-droite qui a partagé ce photomontage de lui et Greta Thunberg "trouvé sur les réseaux, car un peu d'autodérision ne fait jamais de mal."

Selon Paolo Levi, correspondant à Paris du quotidien La Stampa, "le niveau de cynisme est tel dans le monde politique, dans les médias, sur les réseaux sociaux italiens, que tout ce qui apparaît comme 'gentil' est au mieux taquiné, au pire insulté".  

Quelques jours avant sa visite au Vatican, Vittorio Feltri, le directeur du journal de droite populiste Libero Quotidiano, a traité Greta Thunberg de "stupidina" (petite stupide). Elle continue à crier que la planète se réchauffe, mais elle habite en Suède où il fait très froid. Elle devrait se réjouir d’un peu de chaleur supplémentaire" écrit-il. Avant de récidiver quelques jours après : "Nous n'écoutons pas une fille moche et pédante comme Greta qui n'est pas scientifique et porte malheur car depuis qu'elle a été reçue par le pape, notre pays gèle". 

Brocardée sur les réseaux sociaux où on la dit "manipulée" et "liée à la Franc-maçonnerie", Greta Thunberg peut certes compter sur le soutien des associations environnementales. Mais son audience est d'autant plus limitée que l'écologie politique est quasi-inexistante en Italie. Selon Paolo Levi, si le Parti démocrate italien (centre-gauche) s'est montré "plutôt solidaire" de la jeune fille face aux attaques des Salvinistes, le Mouvement 5 Etoiles "n'a pas pris position", alors que l'écologie fait partie de ses fondamentaux.   

En Belgique, le message de Greta Thunberg fait école

En février, avant de passer par Paris, c'est à Bruxelles que Greta Thunberg avait choisi de démarrer une tournée de mobilisation européenne, en rassemblant des milliers de jeunes dans les rues de la capitale belge : une étape qui a pris des allures d'adoubement populaire et médiatique.

Le visage de Greta Thunberg sur la façade d'un immeuble bruxellois
Le visage de Greta Thunberg sur la façade d'un immeuble bruxellois © AFP / Aris Oikonomou

Ce 21 février, cette visite belge de Greta Thunberg avait même débuté dans les rangs de la commission européenne, où Jean-Claude Juncker, le président, est venu la saluer, avant qu'elle ne lance aux députés le message qu'elle avait twitté le matin même : "Nous avons décidé de nettoyer votre bordel et nous n'arrêterons pas avant que tout soit propre". 

Un message qui a été entendu, en Belgique, au-delà de ses espérances, et grâce à de solides relais : deux jeunes activistes belges Anuna De Wever et Kyra Gantois, co fondatrice du mouvement #YouthForClimate, ont servi d'étincelles aux "grèves de l'école", dont la mobilisation est montée en flèche. 

Lors d'une première manifestation le 10 janvier, ils étaient quelques 3 000 écoliers à descendre dans la rue, mais le chiffre est multiplié par dix, plus de 30.000 à peine quinze jours plus tard. Et ce 21 février, dans les rues de Bruxelles, on a vu peu d'adultes, mais près de 12.000 jeunes, tous acquis à la cause de la jeune suédoise devenue leur icône. Dans la foule, des pancartes en plusieurs langues, anglais, français, néerlandais, allemand. La jeunesse belge s'est rapidement fait entendre de l'opinion publique, et même du gouvernement, au point d'amener la ministre flamande de l'écologie à démissionner au début du mois de février.

En Suède : entre fierté et agacement 

Il y a un an, l’icône de l’écologie suédoise faisait ses premières apparitions publiques afin de dénoncer l’inaction des gouvernements face au changement climatique. Dans un pays déjà sensibilisé à l’environnement, le visage juvénile de Greta Thunberg envahissait alors la presse. Depuis, "c’est presque une couverture quotidienne, on pourrait limite se demander si les gens ne vont pas finir par s’en lasser", souligne Magnus Falkehed, correspondant du journal suédois Expressen. Médiatisée, admirée par les jeunes et les parents, Greta Thunberg semble avoir un réel impact sur le quotidien des Suédois. 

La popularité de Greta Thunberg fait le bonheur de la majorité des Suédois comme ici, en mai dernier, lors de la manifestation "Global Strike For Future"
La popularité de Greta Thunberg fait le bonheur de la majorité des Suédois comme ici, en mai dernier, lors de la manifestation "Global Strike For Future" © AFP / Jonathan NACKSTRAND

Mais comment est-elle réellement perçue dans son pays natal ? Difficile pour Magnus Falkehed de donner une réponse uniforme

"L’immense majorité des Suédois aime beaucoup ce personnage mais en même temps, elle peut en agacer certains. Elle agace peut-être parce que c’est un enfant, mais aussi parce que certains complotistes pensent qu’elle serait manipulée."

Elle est en effet accusée, par ses détracteurs, d'être instrumentalisée par le "capitalisme vert". La jeune militante aurait été utilisée par Igmar Renthog, fondateur d’une start-up à impact écologique, pour faire du profit. Si cette accusation nourrit le discours des anti Greta Thunberg en Suède, Magnus Falkehed rappelle que la popularité de la jeune fille fait tout de même le bonheur de la majorité des Suédois : "Il ne faut pas oublier que l’on est un petit pays de dix millions d’habitants qui a réussi à produire une icône planétaire, donc ce n’est pas sans fierté." 

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