Greta Thunberg, l'adolescente suédoise égérie de la lutte contre le réchauffement climatique, arrive à New York à bord d'un voilier zéro carbone. Un exploit qui aura duré près de deux semaines mais qui n'a pas fait la une de la presse américaine.

La Suédoise Greta Thunberg lors de son départ pour New York le  14 août à Plymouth (Angleterre)
La Suédoise Greta Thunberg lors de son départ pour New York le 14 août à Plymouth (Angleterre) © AFP / Ben STANSALL

Greta Thunberg est arrivée ce mercredi 28 août à New York. Elle va participer au sommet Action Climat de l'ONU à New York le 23 septembre prochain. Selon nos informations, elle a aussi prévu de manifester vendredi avec des lycéens new-yorkais devant un établissement scolaire, comme elle l'a déjà fait en Europe.

La jeune Suédoise de 16 ans a refusé de voyager en avion et s'est engagée à effectuer la traversée à bord du Malizia II, voilier de 18 mètres de long, équipé de panneaux solaires et de turbines sous-marines permettant de générer l'électricité qui alimente les instruments de navigation, le pilote automatique, les dessalinisateurs et un laboratoire pour tester le niveau de CO2 des eaux. Elle est accompagnée de Pierre Casiraghi, fils de la princesse Caroline de Monaco, et de Boris Herrmann, skipper allemand. L'adolescente a célébré le 20 août, à bord du voilier, un an de "Grève pour le climat".

À la rentrée scolaire 2018, alors en dernière classe de collège, Greta Thunberg avait décidé de faire l'école buissonnière chaque vendredi et de s'installer devant le Parlement à Stockholm pour sensibiliser les députés à l'urgence climatique. Son action, rapidement relayée par les réseaux sociaux et les médias, a inspiré des milliers de jeunes à travers le monde et donné naissance au mouvement "Fridays for future".

Greta, "la fille invisible" qui nous fait culpabiliser

Pour le New York Times, Greta est tout simplement "une fille invisible devenue militante". Dans un article publié en février dernier, la journaliste Somini Sengupta insiste surtout sur les caractéristiques psychologiques de la collégienne, sur sa dépression passée, son anorexie, etc. Peu d'informations sur son combat, finalement. L'article est intitulé "Greta : de la fille invisible à la militante sur le changement climatique, un parcours semé d'embûches" ("Becoming Greta. Invisible girl to global climate activist, with bumps along the way").

Plus tard, en ce mois d'août, l'écrivaine Kate Cohen, dans une tribune publiée dans le Washington Post, écrit "autant j'admire la cohérence de Greta Thunberg, autant je ne vais pas critiquer les militants pour le climat qui vivent dans de luxueuses maisons ou se rendent à des conférences en avions privés. Leurs discours permettront de façonner les contours d'une nouvelle génération. [...] Greta Thunberg nous fait tous culpabiliser."

Greta aurait-elle un discours antidémocratique ? 

Dans une tribune publiée le 2 août 2019 dans le New York Times, l'auteur Christopher Caldwell, spécialiste des politiques européennes, estime que "l'approche radicale de Greta Thunberg va à l'encontre de la démocratie". Rien de moins. 

"Normalement, mademoiselle Thunberg ne devrait pas être qualifiée pour débattre dans un forum démocratique. Une ado de 16 ans n'était pas une adulte, elle ne peut pas être vivement critiquée et, même si on oublie son autisme, Mlle Thunberg est une adolescente compliquée."

L'auteur poursuit : "Les enfants de son âge n'ont pas vu grand chose de la vie".

Des phrases qui font furieusement écho aux propos méprisants de plusieurs députés français, qui avaient refusé d'assister à la conférence que Greta Thunberg avait donné à l'Assemblée nationale à Paris en juillet dernier. Leurs arguments étaient notamment qu'avec leur expérience et leur background, ils n'allaient tout de même pas "écouter les leçons d'une collégienne qui ferait mieux d'étudier". Elle était qualifiée de "gourou apocalyptique" ou encore de "prophétesse en culottes courtes".

Pour les conversateurs, un "pion" utilisé par des intérêts qui la dépassent

Sur le site politique conservateur The American spectator, Greta Thunberg est vue comme "un pion" utilisé par "les hystériques du réchauffement climatique". Ces "hystériques qui attendent toujours d'être reconnus, alors qu'ils militent depuis des décennies". 

L'article est intitulé "Exploitation des enfants "("Child exploitation").

"Fabuleuse", "intelligente" pour les médias audiovisuels

Cela dit, les médias audiovisuels comme CBS ou la radio publique NPR s'intéressent plus au voyage de Greta Thunberg. D'ailleurs, plusieurs micros étaient sur place à son arrivée mercredi pour recueillir ses premières impressions.

Avant même son arrivée, les éditions du matin de CBS ont relaté mercredi son épopée. Ils ont surtout détaillé la personnalité et le combat de la jeune femme, comme pour tenter de la faire connaitre. Car aux États-Unis, la grève du vendredi a bien été suivie par les collégiens et les lycéens, mais Greta Thunberg n'est pas aussi célèbre qu'en Europe. Pour preuve ce titre de CBS :

"Une militante écologiste qui traverse l'Atlantique pour alerter sur le réchauffement climatique va arriver à New York."

CNN de son coté a casé un article sur son arrivée dans les pages "Voyage" de son site web.

Sur la chaîne locale de New York du réseau NBC, elle est qualifiée de "fabuleuse et extraordinaire", et "d'intelligente" par la présentatrice des infos, qui rappelle qu'elle est une "source d'inspiration pour de nombreux jeunes en Europe" et "peut-être maintenant aux États-Unis".

Avant le sommet de l'ONU le 23 septembre, Greta Thunberg, qui a pris une année sabbatique, participera à de nombreuses rencontres sur le climat. Elle a également prévu de se rendre au Canada, au Mexique et au Chili pour une autre conférence de l'ONU en décembre.

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