Il semblerait que les végétaux soient loins d'être aussi insensibles à leur environnement qu'on le dit. De plus en plus d'études montrent qu'à leur manière, ils perçoivent des actions qui s'exercent sur eux, comme l'agression d'un herbivore, le souffle du vent ou encore le son de l'eau qui coule.

Les plantes communiquent entre elles plus qu'on ne le croit
Les plantes communiquent entre elles plus qu'on ne le croit © Getty / Cavan Images

Les plantes réagissent physiologiquement à ces stimulations extérieures. Elles ne sont pas seulement capables de percevoir des signaux, elles peuvent aussi en envoyer. Autrement dit, elles communiquent entre elles. Il y a encore des découvertes fabuleuses à faire au sujet de la sensibilité des plantes. 

Daniel Fiévet en a parlé avec l'invité de sa chronique "Le temps d'être curieux" , Marc-André Selosse, biologiste et professeur au Muséum national d'histoire naturelle. Son dernier livre s'intitule Les goûts et les couleurs du monde, aux éditions Actes Sud. 

Les acacias se défendent en devenant toxiques

C’est l’histoire d'une agression d'acacias par des petites antilopes en Afrique du Sud. Face à cette attaque, les acacias restent plantés là, bien sûr, mais pas sans réagir. Quelles réactions physiologiques ont ces arbres lorsque leur feuillage est attaqué ? 

MARC-ANDRE SELOSSE : "L’acacia ne peut pas partir en courant. Les arbustes se mettent à accumuler des tanins, des molécules toxiques et indigestes. Dans les années 1980, on a vu mourir dans des parcs des hordes d'antilopes parce que tous les acacias étaient devenus toxiques. C'était assez paradoxal parce que cela se déroulait dans des espaces où elles étaient protégées. 

Et on s'est aperçu que les acacias émettaient des molécules qui prévenaient les plantes voisines de la présence d'antilopes. Ces plantes se mettaient à leur tour à accumuler des toxiques, alors même qu'elles n'avaient pas été attaquées. 

Autrement dit, les acacias agressaient, réagissaient, mais en plus,  prévenaient les voisins qui, eux, n'avaient pas encore subi les attaques d'antilopes. 

Cela a été finement démontré dans d'autres cas où effectivement, on a dans un rayon de quelques dizaines de centimètres une contagion de réaction. De proche en proche, ça peut faire des dégâts. On a des systèmes d'avertissement comme ça, liés à l'émission de molécules qu'on appelle l’éthylène ou l’acide salicylique, des molécules volatiles qui passent dans l'air. 

Les plantes communiquent par leurs racines 

Les plantes ont besoin d'intermédiaires. Ce sont des champignons dans le sol - ils colonisent leurs racines et les aident à se nourrir - qui vont intervenir. Car souvent un même champignon peut coloniser plusieurs plantes. 

Il y a des expériences en pot, qui montrent que si une plante  est attaquée par un virus ou par un puceron, les plantes autour qui sont colonisées par le même champignon sur leurs racines, sont capables de mettre en place les mêmes réponses contre les pucerons ou les virus. Alors qu'il n'y a pas de réponse si les plantes ne sont pas reliées par un même champignon. Autrement dit, le champignon connecte les plantes en réseau. 

On ne connaît pas encore la nature des échanges

On ne sait pas comment la molécule transite, par la surface du champignon ou par un signal électrique. Il y a plein de théories mais on ne connait pas encore vraiment le fonctionnement. On ne sait pas encore très bien quels signaux, les aériens ou ceux transmis par les champignons, sont les plus importants.

Une entraide suspecte

Cette histoire est assez paradoxale. Les plantes qui avertissent leurs voisines d'agressions, c’est étrange. Car les plantes sont en compétition. Elles ont des racines mélangées donc elles se disputent le même sol. Et quand leurs feuilles sont mélangées, elles sont en compétition pour la lumière.

C’est pourquoi on se demande si tout cela ne serait pas organisé par les champignons. A moins que ce soit un accident de communication : les messages émis par la plante à elle-même s'échapperaient et seraient récupérés par les voisines."

Parler à ses plantes ? 

Si les plantes des jardiniers qui leur parlent sont belles, c'est surtout grâce aux soins qu'elles reçoivent. Mais les plantes captent les sons, car ce sont des vibrations. 

Une expérience a montré que quand on a un bruit d'écoulement d'eau, les racines tendent à grandir en direction de cet écoulement. Les plantes perçoivent le son, comme vous percevez un souffle d'air sur votre bras, parce que cela crée une distorsion de la cellule. 

Vous avez peu-être déjà vu que quand il y a beaucoup de vent sur la côte, les plantes poussent vers la direction abritée du vent. Ce n'est pas seulement parce que les branches meurent sous le vent, mais c'est aussi parce qu'il y a une croissance là où il y a le moins d'air. 

ÉCOUTER-   La sensibilité des plantes

►►► ALLER PLUS LOIN 

  • Les alliances entre les arbres et les champignons. Les champignons représentent une partie très importante et sous-estimée du vivant. Pourtant, quatre-vingt-dix pour cent des espèces de plantes vivantes dépendent des champignons pour accéder aux nutriments essentiels par leurs racines. A écouter dans la Terre au carré.
  • La sensibilité des arbres. Les scientifiques ont établi récemment que les plantes sont capables de percevoir leur environnement, et de s’y situer, et qu’elles ont la capacité de réagir aux modifications de cet environnement.
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