Invité de l'émission "Boomerang", Cyril Dion, co-réalisateur du documentaire "Demain" et militant écologiste, a offert une surprise aux auditeurs : accompagné à la guitare par Sébastien Hoog, il a lu à l'antenne un texte inédit. Le voici.

Cyril Dion en 2016 au Festival de Mouans-sartoux
Cyril Dion en 2016 au Festival de Mouans-sartoux © Maxppp / Sylvestre
3 min

La Carte Blanche de Cyril Dion : "Rien qu'une prière"

Par France Inter

"Rien qu'une prière.

Juste une idée fixe qui tourne et s'alimente sans cesse

à l'intérieur de mon crâne, des mes os,

un élan hérité des lueurs millénaires

des fougères et des rocs

des aventures batraciennes.

Rien qu'une prière.

Plus de distanciel.

Plus de mode dégradé.

Plus de zoom, de teams, de meets

plus d'errances déconfinées

plus de courses empressées sur l'asphalte déserte

Ne plus faire cas

du moindre contact

Ne plus me dissocier

Ne plus ériger

à chacun de mes gestes

de nouvelles barrières

Mais

Revenir au monde

aux millions de mains, de peaux, de lèvres,

aux pulsations famillières.

Sentir sur mon cou, le souffle et l'ardeur,

autour de ma poitrine

l'embrassade

le soulagement du corps qui se rend

et s'abandonne à celui qui le tient

Plonger à nouveau

dans le crépitement des ruches

inspirer à pleines goulées

et livrer aux cieux

la puissance des brins

la chaleur des cœurs assemblés

Aimer encore

Aimer car il ne s'agit que de cela.

Tout ceci

n'est pas une histoire de climat

de croissance ou de forêts dévastées

Pas une histoire de capitalisme,

de libéralisme

ou d'espèces en déroutes.

Non.

Tout ça n'est rien

qu'une histoire d'amour.

Une histoire d'amour

qui a salement tourné."

Cette prière pourrait-elle un jour être exaucée ? 

Cyril Dion : "J'espère bien ! On le sait. Il y a suffisamment de scientifiques qui racontent que plus on va continuer à détruire la biodiversité, moins on aura de forêts, moins on aura d'habitat pour les animaux sauvages, moins on aura d'espèces différentes, et plus on prend le risque d'avoir des pandémies à répétition. 

Pour deux raisons simples : 

  • la première, c'est que moins les animaux sauvages ont des endroits où nicher, plus ils se rapprochent de là où sont les humains, et donc plus les maladies peuvent se transmettre de l'un à l'autre. 
  • et l'autre, c'est que moins il y a de diversité, moins il y a d'"espèces culs-de-sac". En fait, il existe des espèces qui se transmettent le virus les unes aux autres. Il y en d'autres, qui sont des culs-de-sac épidémiques. Quand le virus arrive à elle, il cesse de se transmettre. Moins, il y a d'espèces, moins on se donne la possibilité que ces espèces protectrices existent, et plus il y a de chances que ça arrive jusqu'aux humains. Et franchement, on n'a pas envie d'avoir ça tous les ans !"

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