La secrétaire d'État à la Transition écologique Brune Poirson présente devant le conseil des ministres son projet de loi "pour une économie circulaire" ce mercredi 10 juillet. Avec comme projet phare le retour de la consigne en France. Mais cette dernière ne concerne qu'une petite partie du plastique que l'on utilise.

Brune Poirson visite un supermarché à Kehl en Allemagne, où la consigne des bouteilles existe déjà
Brune Poirson visite un supermarché à Kehl en Allemagne, où la consigne des bouteilles existe déjà © Maxppp / PHOTOPQR/DNA/MAXPPP

Le retour de la consigne pour améliorer le tri, c'est l'une des mesures phares du projet de loi "pour une économie circulaire" présenté par Brune Poirson devant le conseil des ministres ce mercredi. Depuis le 19 juin, la secrétaire d'État à la Transition écologique a mis en place un comité de pilotage réunissant élus, fabricants de produits, industriels et associations. Le but : trouver un moyen de remettre en place la consigne. Une consigne qui devrait concerner les bouteilles en plastique et les canettes.

C'est quoi la consigne ?

La consigne, c'est cette petite taxe comprise dans le prix d'achat, qui incitait les enfants des années 50 à ramener la bouteille en verre chez l'épicier pour récupérer quelques piécettes. Un système qui a marché jusqu'au début des années 60 avec l'instauration des premières bouteilles jetables, avant de mourir définitivement en 1992. Même si les bars et les restaurants ne l'ont jamais abandonnée pour leurs bouteilles en verre. 

Petite différence cette fois-ci : la consigne imaginée par le gouvernement est destinée au plastique. Un matériau jetable et très polluant, à l'origine justement de la mort de la consigne en verre. D'après le gouvernement, le taux de collecte du verre (86%) est suffisamment bon pour ne pas le consigner

Une consigne pour recycler pas pour réutiliser

Autre différence, le plastique sera, d'après les premières annonces du gouvernement, destiné au recyclage et non pas à la réutilisation. La France recycle aujourd'hui 56% du plastique qu'elle utilise. Brune Poirson et le gouvernement visent les 90% de plastique recyclé, exigés par l'Union européenne en 2029.

Si la consigne est mise en place, le consommateur devra donc ramener ses canettes et ses bouteilles, faites en plastique PET clair au magasin (supermarché, boutique) le plus proche muni d'un récolteur de bouteilles et de canettes. Au micro de France Inter, François de Rugy, ministre de la Transition écologique, estime que si la consigne est mise en place, elle ne concernera pas "seulement l'eau ou le soda mais aussi les autres emballages comme les produits ménagers, les shampoings ou les produits cosmétiques".

Fini la petite poubelle jaune pour ces deux déchets consignés. 

"Seuls les pays ayant adopté un système de consigne pour recyclage atteignent, voire dépassent, l'objectif de 90% de collecte", annoncent en chœur les industriels de la boisson. "En Finlande, 91% des bouteilles en plastique PET consignées sont retournées ; 90% au Danemark et 97% en Allemagne."

10 à 20 centimes la bouteille

Si la France prend exemple sur ses voisins scandinaves ou allemands, les consommateurs devront payer leur bouteille plastique 10 à 20 centimes d'euros de plus qu'aujourd'hui. 

"Le gouvernement compte dépenser 500 000 euros par an pour consigner 300 000 bouteilles plastiques", s'étrangle Jean-Philippe Carpentier, président de la Fédération professionnelle des entreprises de recyclage. "Alors que la problématique des déchets plastiques en France représente 1 200 000 tonnes. Si la France veut respecter les objectifs européens, pourquoi ne pas se concentrer sur d'autres déchets plastiques et augmenter le taux de recyclage en France ? Les pots de yaourt, les barquettes d'emballage..."

Quand ?

D'après le gouvernement, la consigne des bouteilles plastiques et les canettes en France ne sera pas obligatoire avant deux ou trois ans. Mais le comité de pilotage donnera des précisions sur ce projet à l'automne. 

Les réserves des élus

Les élus locaux dénoncent une "privatisation des déchets". "Les bouteilles de boisson en plastique PET clair c'est 350 euros la tonne", calcule Nicolas Soret, maire de Joigny (89) et coprésident de la commission déchet des maires de France. "Dans ma petite communauté de communes, la revente des matériaux, c'est plusieurs centaines de milliers d'euros. Si on m'enlève tout ce qui a de la valeur, qu'on les donne aux industriels et qu'on me laisse le pot de yaourt en polystyrène dont je paye le recyclage, je fais comment ?"

Le gouvernement leur répond que demain, ce seront les mêmes acteurs qui se partageront le gâteau qu'aujourd'hui.

"Aucune réduction de déchets n'est prévue" - Zero Waste France

Mais le problème se trouve ailleurs pour l'organisation Zero Waste France. "Instaurer une consigne en France c'est une bonne idée", estime Anne-Fleur Hug, chargée de campagne de l'ONG. "Mais le fond du problème, c'est qu'on ne réduit pas les emballages jetables à la source ni le réemploi. Alors que la production du plastique est exponentielle d'année en année."

Problème : le plastique, fragile, est très dur à réutiliser. "Il faudrait modifier la conception, rendre les bouteilles plus épaisses, investir dans des lignes d'assainissement qui consomment beaucoup d'eau et adapter nos outils. Toutes les usines d'embouteillages devraient revoir complètement leur logique de production et consommer plus de plastique", explique Jean-Philippe Carpentier.

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