Le Covid-19 frappe plus durement les hommes que les femmes. Des recherches sur les hormones sexuelles et la génétique suggèrent des différences entre les sexes lors d’une infection par le Sars-Cov2.

Femmes et hommes, sont-ils égaux face au coronavirus ?
Femmes et hommes, sont-ils égaux face au coronavirus ? © Getty / filadendron

Face au Sars-Cov2, hommes et femmes ne sont pas vraiment égaux.

En effet, si le virus s’attaque à elles, elles ont moins de risque de souffrir des complications liées à l’infection. Dans les établissements de santé, on compte nettement moins de patientes que de patients, qu’il s’agisse des chiffres des hospitalisations, des admissions dans les services de réanimation ou des décès. Cette nette surreprésentation des hommes, relevée dès le début de l’épidémie par les médecins Chinois, tend à se confirmer dans de nombreux autres pays. A ce stade, il faut cependant souligner qu’il n’existe pas de larges études internationales sur le sujet. 

En France, les données sont claires. Alors que le pays affrontait de plein fouet la vague épidémique, Santé publique France pointait le 2 avril que 74% des cas graves en réanimation étaient des hommes contre seulement 26% de femmes. Les dernières estimations épidémiologiques, publiés le 13 mai dans la revue Science par des équipes de Pasteur et de Sorbonne Université, soulignent que les hommes sont 1,25 fois plus hospitalisés, 1,61 fois plus admis en unités de soins intensifs et risquent 1,47 fois plus de décéder du Covid-19 que les femmes.

Voilà pour le constat. Mais quelles sont les raisons de ces disparités ? Elles sont probablement multifactorielles… et, pour tout dire, très discutées. En premier lieu, des facteurs sociaux, comportementaux et en lien avec les comorbidités peuvent être évoqués pour expliquer l’avantage des femmes sur les hommes. Ces derniers sont globalement plus concernés par le diabète de type 2 et les troubles cardiovasculaires ou pneumologiques en lien avec la consommation de tabac au cours de leur vie. Mais ces différences ne suffiraient cependant pas, à elles seules, pour expliquer l’inégalité des sexes devant les formes graves du Covid-19. 

Il faut également partir sur la piste des différences biologiques et même génétiques. Le chromosome sexuel X —que les femmes possèdent en deux exemplaires tandis que les hommes n’en ont qu’un seul— pourrait peser dans la balance. Il n’a ainsi pas échappé à certains chercheurs que le gène du récepteur ACE2 —désormais fameux pour son rôle de « porte d’entrée du virus » dans la cellule— se situe précisément sur le chromosome X. Même chose pour le rôle des hormones sexuelles féminines —les estrogènes— dont on sait qu’elles augmentent l’expression du gène de l’ACE2. Cela entraînerait des différences subtiles et complexes dans la manière dont le virus peut déséquilibrer ou pas le fonctionnement de l’organisme, comme le suggèrent des biologistes de l’Inserm.  Il faut en effet savoir qu’en temps normal —lorsqu’il n’est pas la cible du Sars-Cov2— le récepteur ACE2 est notamment situé au cœur d’un mécanisme de régulation de la pression artérielle. Lorsque le virus se fixe sur le récepteur, il modifierait ainsi l’équilibre entre les phénomènes de constriction et de dilatation des vaisseaux. Or, chez les femmes, la dérégulation de ce mécanisme serait moins marquée. 

Précédemment, des études menées sur l’animal avec le cousin du Sars-CoV-2, responsable de la pandémie de Sras en 2003, avaient déjà montré une plus forte mortalité des rongeurs mâles. Sachant que lorsque les femelles étaient dépourvues d’ovaires, leur taux de mortalité grimpait en flèche pour rejoindre celui des mâles, les chercheurs avaient alors évoqué le poids des hormones sexuelles sur le système immunitaire. Sans pouvoir le démontrer à l’époque.

Mais, ce ne serait pas la première fois que le corps de femmes et celui des hommes réagit différemment lorsque la réponse immunitaire entre en action. 

L’un des exemples les plus emblématiques et les plus étudiés est celui des vaccins. Contre la grippe, mais aussi contre la fièvre jaune, la rougeole ou l'hépatite B, ces derniers se montrent plus efficaces sur les femmes. Les femmes produiraient deux fois plus d'anticorps que les hommes pour une même dose vaccinale. Ici encore, le rôle des hormones féminines, les estrogènes, est évoqué. Des gènes en lien avec l’immunité portés par le chromosome X seraient également mis à contribution pour provoquer une réponse immunitaire accrue chez la femme. Les différences s’estomperaient avec l’âge, lorsque nos organismes produisent de moins en moins d'hormones sexuelles. Après la ménopause, la réponse vaccinale semble ainsi moins bonne chez les femmes. 

En sera-t-il de même si un vaccin contre le Sars-Cov2 est mis au point ? Impossible, évidemment, de répondre à ce stade. Même si les connaissances s’accumulent, il ne faut pas oublier que nous ignorions tout au presque de ce virus émergent il y encore 4 mois ! Une chose apparaît en tout cas clairement : dans le combat que la recherche mène contre la pandémie, les différences entre les sexes ne peuvent pas être ignorées !

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