Les récoltes de miel sont très bonnes dans certaines régions. Certains y voient les effets bénéfiques du confinement. Un avis que ne partagent pas les spécialistes.

Le confinement a-t-il permis aux abeille de faire plus de miel ?
Le confinement a-t-il permis aux abeille de faire plus de miel ? © Getty / Oliver Rossi

C’est une information qui vous a peut-être échappée dans le flot interminable de nouvelles plus anxiogènes les unes que les autres des dernières semaines. Alors que la vague de Covid-19 déferlait sur les hôpitaux et que nous étions tous enfermés chez nous à nous ronger les sangs ou parfois à lutter contre le virus, à l’extérieur la fête battait son plein ! Pour les abeilles en tout cas. 

Dans les cultures, dans les jardins, à la ville à la campagne, les abeilles faisaient leur miel comme rarement ces dernières années dans certaines régions. Au point que certains se sont mis à penser que le confinement, l’absence de présence humaine et la diminution de l’activité humaine étaient la clé pour expliquer des miellées merveilleuses. Le témoignage d’un apiculteur installé dans le Bas-Rhin a fait forte impression : « Sur un site où il y a des chemins de randonneurs, où il y a l'exploitation forestière, où il y a des pistes cyclables et d'habitude beaucoup de vélos, de touristes, de trafic (…) les abeilles ne sont pas dérangées et font des aller-retours incessants toute la journée » Résultats selon lui, une récolte de miel multiplié par quatre dans ces ruches. Effet véritable ou coïncidence ? Qu’en est-il vraiment ? 

Les faits tout d’abord. « Les premières récoltes de printemps, “toutes fleurs de printemps”, ou “colza” ont été bonnes à très bonnes », souligne l’Union nationale de l’apiculture Française (UNAF). Une bonne nouvelle que le directeur de l’institut de l’Abeille, Alxel Decourtye ne peut pas encore chiffrer car « nous n'avons pas un dispositif assez réactif pour recueillir des données bien consolidées sur la production ». Néanmoins, il confirme que les premiers retours des apiculteurs « traduisent une bonne production de miel de printemps dans la moitié nord de la France »…. Mais, ce n’est pas la fête pour tous. La récolte est « moyenne dans le sud-ouest, faible à très faible dans le sud-est et quasi nulle en Corse », poursuit le spécialiste. Le constat est donc sans appel : si le confinement a été national, l’accroissement des stocks de miel, lui, ne l’a pas été! 

Mais faut-il exclure l’idée que l’absence des humains à proximité des fleurs puisse bénéficier aux abeilles en plein labeur ? La question ferait presque rire Bernard Vaissière, du laboratoire Pollinisation et écologie des abeilles (INRA, Avigon).  « Elles s’activent, et avoir des humains qui passent à côté d’elles, ça ne change rien. Tout le monde l’a déjà remarqué en passant ou même en restant à proximité d’un massif de fleurs : les abeilles continuent à travailler tranquillement, explique-t-il. Et ce n’est pas parce qu’elles ne nous perçoivent pas ! ». Au contraire, leurs yeux à facettes sont particulièrement sensibles aux mouvements. Ils leur permettent de percevoir plus de deux cents images par secondes alors que nous, les humains, nous n’en discernons qu’une vingtaine.  « Non, franchement, les abeilles s’en fichent de notre présence ! Cette idée d’un bénéfice du confinement des humains sur la quantité de miel récolté est totalement sans fondement pour les abeilles domestiques. Cela a peut-être joué très à la marge pour les sauges, et encore !», tranche le chercheur. 

Qu’en est-il de la baisse de la pollution atmosphérique liée à la mise au ralenti de l’économie pendant deux mois ? Pour Julien Vallon, chercheur à l’Institut de l’abeille, « la piste n’est pas totalement à exclure, mais il n’existe pas –à ma connaissance- de données sur la pollution de fond des activités humaines, les signaux sont noyés dans les autres problèmes, comme ceux liés aux phytosanitaires par exemple ».  

En réalité, il y a bien un point sur lequel les scientifiques contactés s’accordent : ce sont les bonnes ou même très bonnes conditions météo dans certains régions ou départements qui ont permis une excellente production de nectars pour les plantes. Ce n’est un secret pour personne, le printemps a été particulièrement ensoleillé cette année. De plus, le déficit hydrique ne concerne pas toute la France. L’extrême Est n’est pas, par exemple, en manque. A noter que depuis plusieurs années déjà, les bouleversements climatiques agissent par ricochet sur les récoltes de miel, qui deviennent de plus en plus imprévisibles. La chance semble donc avoir joué pour certains cette année. Mais préviens encore l’UNAF, « En tout état de cause, soyons prudents. La saison ne fait que commencer. Un véritable bilan de l’ensemble de la saison ne pourra être effectué qu’à l’automne ».

Ne faut-il alors rien retenir du grand confinement des humains pour le printemps prochain des abeilles ? Si, une chose, à coup sûr : prenons de nouveau le temps l’année prochaine de planter des fleurs mellifères de toutes sortes dans nos jardins. Une bonne habitude à garder deuxième vague de Covid-19 ou pas ! 

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