L'Europe se fixe un nouvel objectif : une baisse de 55 % des émissions de CO2 d'ici 2030. Un défi immense pour les secteurs très polluants comme les transports, le bâtiment, l'agroalimentaire ou la sidérurgie. À Dunkerque, le géant de l'acier ArcelorMittal promet une baisse de 33% de ses émissions.

Le site Arcelor Mittal de Dunkerque  produit plus de 6 millions de tonnes d'acier par an
Le site Arcelor Mittal de Dunkerque produit plus de 6 millions de tonnes d'acier par an © Arcelor Mittal

C'est l'un des plus grands hauts fourneaux du monde, le HF4, un géant de fer et de tuyaux, qui domine le site d'ArcelorMittal de Dunkerque. Étendue sur 6 km le long de la mer, l'usine produit tous les jours 20 000 tonnes d'acier, "l'équivalent de trois tours Eiffel" aime à  rappeler le directeur d'établissement Dominique Pair.

Une production énergivore, très gourmande en minerai de fer et en charbon, l'énergie fossile qui émet le plus de CO2. Le site de Dunkerque relâche à lui seul dans l'atmosphère plus de  11 millions de tonnes de CO2 chaque année. 

"Le charbon contenu dans le haut fourneau réagit avec l'oxygène du minerai de fer. Cette combinaison fabrique du CO2 d'où les projets de décarbonation qui visent à réduire de 30 % d'ici 2030 et à atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050", explique le directeur Dominique Pair

Des économies d'énergie et de nouveaux procédés 

Pour y parvenir, le sidérurgiste mise sur trois projets à Dunkerque pour réduire de 33% les émissions du site en l'espace de 10 ans. 

Le plus simple consiste à doubler la part d'acier recyclé qui entre dans la chaîne de production. Aujourd'hui environ 15% de ferraille issue des chutes des usines Arcelor, des chantiers de démolition du bâtiment mais aussi du tri sélectif des particuliers (canettes et conserves) entre dans la fabrication de l'acier neuf. 

"Environ un million de tonnes d'acier usagé est enfourné dans l'acierie, le but est d'arriver à deux millions" explique Karine Permanne, manager logistique aciérie. En utilisant plus d'acier recyclé, on va produire et utiliser moins de fonte et donc on utilisera moins de carbone". L'enjeu est de pouvoir capter les gisements de ferrailles ( l'Europe en exporte 14 millions de tonnes par an) mais surtout de doser son incorporation dans la chaîne de fabrication sans altérer la qualité du produit final. 

"Ce  projet de recyclage d'acier usagé va contribuer à faire baisser de 8% nos émissions de CO2 d'ici 2030", précise Dominique Pair.  

Le parc à acier usagé du site de Dunkerque : aujourd'hui environ 15% de ferraille entre dans la fabrication de l'acier
Le parc à acier usagé du site de Dunkerque : aujourd'hui environ 15% de ferraille entre dans la fabrication de l'acier / ArcelorMittal

Deuxième méthode pour réduire l'empreinte carbone, le site de Dunkerque va expérimenter un système de captage de CO2 à la sortie des hauts fourneaux. Les travaux de construction d'un démonstrateur industriel dont le nom de code est 3D vont bientôt commencer. 

"Le principe de cette petite usine chimique est de récupérer le CO2, de le séparer des autres gaz et de le liquéfier", explique Pierre-Henri Orsini chargé de la feuille de route décarbonation d'ArcelorMittal.  

"Le dioxyde de carbone sera ensuite mis en cuves soit pour être transporté par bateau pour être stocker dans d'anciens réservoirs pétrolifères sous la mer du Nord, soit utilisé par d'autres industries". L'objectif une fois la phase industrielle enclenchée, est de capter 1 million de tonnes de CO2 par an, soit une réduction de 8% des émissions annuelles. 

ArcelorMittal mise également sur un troisième projet baptisé Igar qui consiste à modifier le fonctionnement des hauts fourneaux pour récupérer et réutiliser les gaz qui s'en échappent. 

Une première mondiale 

Ce troisième projet est "une petite révolution" selon Pierre-Henri Orsini. Aujourd'hui dans le haut fourneau, on utilise du charbon pour réduire le minerai de fer en fonte liquide. Ce processus dégage des gaz sidérurgiques riches en monoxyde de carbone. 

"L'idée de base est de faire recirculer ces gaz dans le haut fourneau et d'utiliser leur carbone pour réduire le minerai de fer à la place du charbon fossile". Avec cette innovation, présentée comme une première mondiale, ArcelorMittal espère économiser des tonnes de charbon et 17 % d'émissions de CO2.  Un investissement de 200 millions d'euros

Il faudra des milliards d'euros pour atteindre la neutralité carbone 

Si le défi est technologique, il est surtout financier. Les sommes en jeu sont astronomiques. A l'échelle du groupe, le géant de l'acier chiffre sa décarbonation dans une fourchette comprise entre 15 et  40 milliards d'euros. 

"ArcelorMittal n’y arrivera pas seul" prévient le dirigeant du site de Dunkerque, Dominique Pair. 

"On sera obligé de se faire donner un coup de main par les pouvoirs publics. C'est un juste retour car aujourd'hui nous payons des taxes CO2. Cet argent versé à l'État et à la Commission européenne doit servir à réinvestir dans nos projets de décarbonation."

Le Plan de relance post Covid de la France prévoit justement une enveloppe de plus d'un milliard d'euros d'ici 2022 pour aider l'industrie à se décarboner. Mais il risque d'y avoir plus de candidats que d'élus lors des appels d'offre. Autre préoccupation des dirigeants du site dunkerquois d'ArcelorMittal : il ne faut pas que le coût des investissements dans la décarbonation pénalisent les sidérurgistes européens face aux concurrents russe, chinois et turc qui exportent vers l'Union européenne.