Alors que le dérèglement climatique menace sérieusement la biodiversité, qu'en est-il du modèle de préservation de la forêt française, défini par l'Office national des forêts (ONF) ? Retrouvez les propos du biogéographe, Paul Arnould, au micro de Jean Lebrun, dans "La Marche de l'histoire".

Au cœur de la forêt tropicale en Indonésie
Au cœur de la forêt tropicale en Indonésie © Getty / Martin Puddy

La forêt française et l'Office national des forêts (ONF)

"L'ONF joue un rôle moteur depuis son invention, en 1964, par Edgar Pisani. Ses missions consistent tout à la fois, à gérer, protéger la forêt, valoriser la ressource en bois et accueillir le public en forêt

L'Office national des forêts a totalement transformé le paysage institutionnel de la forêt française, aussi bien publique que privée, en créant des centres régionaux de la propriété forestière". En effet, il n'oublie pas de rappeler qu'il existe, en France, deux types de forêts : 

  • La forêt privée. L'essentiel de la forêt française, soit 4 millions de parcelles forestières, appartient à des propriétaires privés. 
  • La forêt publique. Les 46 000 communes françaises sont propriétaires forestières, directement gérées par l'Office national des forêts, et soumises au régime forestier. 

Sur les 15 millions d'hectares de la forêt française, précise-t-il, l'ONF n'en couvre que 10 %, soit 1,5 millions d'hectares. 

Toutefois, cet agent public est parvenu à imposer "les plans simples de gestion" pour toutes les forêts privées possédant plus de 25 hectares. Ces plans présentent les caractéristiques de la forêt telles que le type de bois et les préconisations en termes de coupes et de travaux, pour permettre de réaliser le bilan périodique de la forêt.

Les forêts de l'Etat disposent, elles, d'aménagements forestiers, depuis le XIXe siècle. Avant même la naissance de l'office public, l'Etat prévoyait déjà la gestion de la forêt sur le long terme, avec ce souci, toujours, de faire bouger les lignes entre le privé et le public. En effet, les nombreuses contraintes qui sont celles de la forêt privée sont également calquées sur le modèle d'une forêt publique qui semble bien marcher". 

Faut-il remplacer les arbres vieillissants ?

D'après le géographe, "il existe de nombreux conflits à propos des vieux arbres, entre leur conservation et leur remplacement. En effet, les espérances de vie des arbres sont très variables, entre, par exemple, les peupliers et les bouleaux qui dépassent rarement la centaine d'année, et puis d'autres qui peuvent être multicentenaires, voire multimillionnaires, tels que les châtaigniers ou les vieux oliviers". 

Des conflits qui, selon lui, résident dans l'idée que l'écologie veut garder ces arbres comme support de biodiversité, pendant que d'autres estiment principalement la valeur marchande avec des arbres qui valent énormément. Notamment lorsqu'ils sont utilisés à des fins matérielles, pour le secteur de la tonnellerie.

Quant au devenir des arbres vieillissants, il affirme que "la fin est inévitablement écologique puisque le replacement de ces derniers, par des arbres jeunes, contribue au renouvellement du dioxyde de carbone (CO2). Un arbre vieillissant ne stocke plus de CO2, là où un jeune arbre présente une activité de photosynthèse extrêmement forte. Ce qui n'est donc pas mauvais écologiquement. 

L'ONF et l’institut national de la recherche agronomique tiennent un programme commun de recherche intitulé "Giono" - en référence à l'auteur qui avait écrit "l'homme qui plantait des arbres" - dont le travail est de connaitre les essences qui auraient leur place dans la forêt française pour remplacer celles qui risquent d'être menacées par le dérèglement climatique. 

Mais il est important, estime alors le géographe, d'avoir aussi à l'idée qu'il existe une grande quantité d'arbres - des écotypes - qui arrive à faire face à des sécheresse prolongées ou à des gels extrêmes. C'est pourquoi, selon lui, vouloir à tout prix anticiper des changements d'essence, peut aussi présenter un risque car un certain nombre d'arbres arriveront à s'en sortir". 

Les forêts d'exception : production, accueil et protection

En tant que membre du comité de l'office national des forêts qui labellise "les forêts d’exception", Paul Arnould estime que "celles-ci sont, dans tous les cas, exploitées d'une manière ou d'une autre". 

Il est important de rappeler, au passage, que le label "forêt d'exception" n'est pas synonyme d'attribution d'une protection réglementaire. "C'est une nouvelle gouvernance, définit-il, qui permet aux randonneurs, aux chasseurs, aux associations de la protection de la nature de se réunir pour discuter et trouver le meilleur compromis de préservation et de gestion possible. D'ailleurs, précise-t-il, les écologistes ne s'opposent pas forcément à l'exploitation du bois si elle ne perturbe pas la faune. 

Ces forêts dites "d’exception" sont, par exemple, ces grandes forêts littorales de protection contre le vent et contre le sable dans les Landes - le bassin d'Arcachon à plus grande échelle ; en montagne, souvent menacée par l'érosion, l'office a crée ce qu'elle appelle la restauration des terrains de montagne (RTM) qui a permis de créer des forêts protectrices comme sur le massif de la Grande-Chartreuse ; citons encore, la forêt de Fontainebleau ; de Verdun ou du Val Suzon... 

Un modèle de prévention "multifonctionnel"

"Grâce à ce label, l'office national des forêts traduit, selon le biogéographe, ce modèle qu'il qualifie de "multifonctionnel" qui permet de discuter, de débattre, de trouver un compromis, sur les interactions avec la forêt, si diverses soient-elles, même si cela n'est jamais simple".

Car les agents forestiers, ajoute-il, répondent à une devise : 

Produire, accueillir, protéger dans un souci d'intégration de toute préoccupation émise

"A la différence de nombreux industriels qui pensent, de leur côté, que l'ONF doit avoir la grande exploitation et la productivité comme priorité ; des milieux écologistes radicaux qui affirment que l'agent forestier devrait uniquement se cantonner à protéger et rien d'autre, l'office, conclut-il, entend répondre à un "modèle multifonctionnel" qui se comprend dans l'objectif de réunir, au mieux, les intérêts et soucis de chacun : concilier la fréquentation des endroits faunistiques, leur protection, comme la production du bois". 

🎧 ÉCOUTER ► L'Etat et la forêt (La Marche de l'histoire)

📖 LIRE ► Paul Arnould, Au plaisir des forêts (Fayard)

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