Sous la menace d'une réglementation plus stricte et de la pression des consommateurs, de plus en plus de grandes marques d'eau minérale, de shampoing, de lessive promettent des emballages fabriqués à partir de plastique recyclé. Une directive européenne veut les y obliger.

Quelques grandes marques commencent à incorporer plastique de récupération dans leurs emballages
Quelques grandes marques commencent à incorporer plastique de récupération dans leurs emballages © Radio France / Julien Mougnon

Cette bouteille de liquide vaisselle en plastique ressemble à une bouteille standard, même forme, même transparence. Sauf qu'en la regardant de plus près, elle a un léger reflet gris. C'est le seul indice indiquant qu'elle est fabriquée à 100% en plastique recyclé. 

La bouteille en plastique recyclé de liquide vaisselle Rainett
La bouteille en plastique recyclé de liquide vaisselle Rainett © Radio France / Sandy Dauphin

Faire des emballages neufs avec du vieux, c'est devenu un argument de vente pour le fabricant de produits d'entretien ménagers écologiques Rainett. 

Les marques n'osaient pas trop le dire il y a encore quelques années, explique Joséphine Copigneau, marketing manager chez Werner & Mertz, propriétaire de Rainette. 

"Avant, mettre des produits en matière recyclée sur le marché n'était pas forcément vu positivement. Les gens avaient l'impression qu'on leur vendait quelque chose avec du déchet, avec cette notion négative. Or, aujourd'hui, ce plastique recyclé leur semble être une garantie d'éthique", dit-elle. 

Car si l'on utilise moins de plastique vierge, on utilise moins de pétrole, et on produit donc moins de CO2. Réutiliser le plastique permet aussi d'éviter qu'il ne finisse en centre d'enfouissement ou dans un incinérateur comme c'est majoritairement le cas aujourd'hui.

Quelques grandes marques commencent à incorporer du plastique de récupération dans les emballages, conscientes de l'impact désastreux de pollution plastique sur leur image. Evian (1,8 milliards de bouteilles en plastique produites chaque année sur son site d'Evian-les-Bains en Haute-Savoie) annonce un objectif de 100% plastique recyclé en 2025. Le géant cosmétique L'Oréal s'y met aussi avec par exemple l'utilisation de 100 % de PET recyclé pour sa marque Kiehl's aux Etats-Unis.  

Pénurie de plastique recyclé de bonne qualité

Mais encore faut-il trouver du plastique recyclé de bonne qualité et surtout en quantité suffisante. Un paradoxe lorsqu'on regarde les montagnes de déchets plastiques générés en France. Pour fabriquer ses bouteilles en PE-HD (polyéthylène haute densité) translucide à partir de matière recyclée, la marque Rainett se fournit en Allemagne, pays en pointe en matière de récupération et de recyclage des emballages ménagers. Frédéric Bourbon, responsable Recherche et Développement chez Werner et Mertz (Rainett) explique qu'il y a un problème de gisement, même pour du plastique très répandu comme le polypropylène qui sert à fabriquer des bidons de lessive ou les détergents : 

Il y a beaucoup de qualités diverses de polypropylène sur le marché du recyclé. Il y a souvent des mélanges de résines lors de la récupération. Or, si l'on a une trop grande source de polymères différents, c'est difficile de refaire un plastique de qualité.

La solution ? Travailler sur une meilleure éco-conception des emballages. Réfléchir sur leur "fin de vie" avant leur mise sur le marché afin de les rendre plus faciles à recycler. Cela va du choix d'étiquettes décollables, à une sélection d'encres non toxiques (sans métaux lourds ni colorants chlorés) mais surtout au type de résine plastique employé. La Fédération française des industries du recyclage, Federec, tente de convaincre la grande distribution d'utiliser moins de résines et surtout moins de mélanges dans les packagings. Pas évident, car si le plastique plaît autant aux équipes de marketing, c'est justement parce qu'il se décline sous toutes les couleurs et textures. 

Nous disons : posez nous la question en amont pour savoir si le produit que vous allez vendre est recyclable in fine et donc réincorporable dans la chaîne de production

Christophe Vian préside la branche plastique de Federec (la Fédération française des industries du recyclage) qui représente 1 100 entreprises en France. Pour lui, tous les maillons de la chaîne - marketeurs, fabricants de plastique, recycleurs - doivent désormais travailler ensemble pour rendre cette économie circulaire : "Aujourd'hui, seuls 26% des emballages sont collectés et recyclés en France. Or, plus il va y avoir une demande pour le plastique recyclé, plus il va y avoir d'entreprises pour aller chercher ce plastique de récupération. Ce qui permettra d'avoir un modèle économique qui tienne la route". 

Un bonus-malus pour les emballages 

Reste à convaincre les fabricants de plastique. Pendant longtemps, ils n'ont pas vu l'intérêt d'investir dans ce plastique recyclé beaucoup plus cher à produire que le plastique vierge et peu demandé par leurs clients. Mais aujourd'hui, sous la menace d'une réglementation plus stricte et sous la pression des consommateurs, la filière ne peut plus ignorer ce nouveau débouché. 

"C'est une question de survie", reconnait Marc Madec, directeur développement durable de la Fédération de la Plasturgie et des Composites qui regroupe 1 300 entreprises en France, dont beaucoup de PME.  

"C'est un défi technologique pour elles, car la matière recyclée n'est pas tout à fait comme le plastique d'origine vierge. Il va falloir faire des efforts d'investissement en recherche et développement. C'est aussi un défi économique car ces matières recyclées peuvent être plus chères que la matière vierge". Aujourd'hui, la filière française de plastique se fixe comme objectif 1 million de tonnes de plastique recyclé en 2025 sur les cinq millions de produits en France pour le marché domestique et pour l'exportation (emballages, industrie automobile, équipements électroniques).  

Développer l'usage du plastique recyclé, c'est l'un des objectifs de la secrétaire d'Etat à la transition écologique, Brune Poirson, qui prépare une loi sur l'économie circulaire. Elle envisage de mettre en place un système de bonus-malus pour inciter les industriels à utiliser plus de plastique recyclé dans leurs bouteilles, bidons, ou autre flacon. Toutes les marques versent une contribution à un éco-organisme baptisé Citeo chargé du recyclage des emballages, sur le principe du pollueur-payeur. Plus une bouteille contiendra de plastique recyclé par exemple, moins cette contribution sera élevée, et inversement. 

L'Europe aussi tape du poing sur la table. Une nouvelle directive européenne sur le plastique prévoit que toutes les bouteilles en plastique devront contenir 30% de matière recyclée en 2030. 

On en est encore très loin en France. Seules 300 000 à 350 000 tonnes de plastique sont recyclées et réincorporées dans de nouveaux produits chaque année (chiffre du ministère de la Transition Écologique). 

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