Alors que la COP24 se termine et que les grands pays ont eu du mal à montrer leur détermination dans la lutte contre le réchauffement climatique, le Prix des Nations Unies pour l'action climatique a récompensé 15 initiatives originales issues de 14 pays.

'Yalla let's bike' a été récompensée à la COP24 pour le développement du vélo à Damas par les femmes
'Yalla let's bike' a été récompensée à la COP24 pour le développement du vélo à Damas par les femmes © Yalla let's bike

Alors qu'aucun des grands pays européens n'atteint les objectifs fixés par l'Accord de Paris, que les émissions de CO2 et de gaz à effet de serre continuent d'augmenter, des milliers d'initiatives sont prises, notamment par des petits pays, des entreprises ou des groupes de citoyens. Quinze d'entre elles ont été récompensées à Katowice en Pologne. Patricia Espinosa, secrétaire exécutive de l'ONU Changements climatiques, a salué leur originalité, lors de la remise des prix. 

Voici un choix de six initiatives sur les 15 récompensées qui ont reçu un soutien financier de l'ONU Changements Climatiques. 

Sauver les mangroves du Sri Lanka

Forêt de mangroves au Sri Lanka
Forêt de mangroves au Sri Lanka © Getty / Bettina David

Les mangroves sont des écosystèmes végétaux vivant dans les marais maritimes. Ce sont des forêts littorales vivant dans l'eau  des régions côtières, tropicales et subtropicales, caractérisée par la présence de palétuviers, arbres dont les racines en forme d'échasses s'enfoncent dans des vases ou des limons des estuaires et des lagunes saumâtres. 

Au cours des 50 dernières années, le monde a perdu la moitié de ses forêts de mangroves, à raison de 1% par an, en raison de la conversion en fermes de crevettes ou de la déforestation pour la production de bois de feu et de charbon de bois.

Si les taux actuels de déforestation des mangroves persistent, presque toutes les mangroves non protégées pourraient disparaître au cours des 100 prochaines années. Le projet de conservation des mangroves du Sri Lanka  récompensé lors de la COP24, est dirigé par Seacology, une ONG de protection de l'environnement qui aide le Sri Lanka à devenir la première nation de l'histoire à préserver et à replanter toutes ses mangroves. Le Sri Lanka est ainsi en passe de devenir un modèle pour les autres pays qui souhaitent renforcer leurs capacités de conservation de la nature et leur prospérité économique. Le programme de formation aux moyens de subsistance et de microcrédit permet aux bénéficiaires de créer ou de développer des entreprises durables. Il en résulte une meilleure nutrition, une meilleure santé des populations et une sécurité économique accrue des familles. 703 800 plants de mangrove ont été plantés. Plus de 7 900 femmes et jeunes ont été formées à la conservation de la mangrove et 2 893 ont reçu un microcrédit afin de créer ou de développer des entreprises durables. 

En Syrie, des femmes pour développer l'usage du vélo

En Syrie "Yalla Let's Bike" a été lancé en 2014 par des femmes pour développer les transports en vélo. Elles l'ont fait, malgré les difficultés de circuler en raison de la présence de militaires. Elles l'ont fait alors que les normes sociales sont extrêmement conservatrices.  Lorsque la crise a frappé la Syrie, les citoyens étaient confrontés à des problèmes graves en matière de santé et de droits de l'homme. Une fois les combats terminés, "Yalla Let’s Bike" a entrepris de donner un exemple positif de jeunesse et de rendre les femmes autonomes.  

"Yalla Let’s Bike” a organisé des promenades à vélo pacifiques et non discriminatoires dans la ville détruite de Homs sous le slogan: “Même sous les débris, nous nous réveillerons et nous révolterons”.  

Pour changer encore les comportements, "Yalla Let’s Bike" a publié des photos d’hommes et de femmes faisant du vélo côte à côte sur Facebook afin de faire changer les mentalités à l’égard des femmes cyclistes. En 2018, leur page Facebook comptait plus de 36 580 abonnés.  Plus de 4 000 filles et femmes ont participé aux événements cyclistes "Yalla Let’s Bike". Selon les magasins de vélos à Damas, les femmes et les filles représentent 40% des acheteurs. Les ventes de vélos ont augmenté de 60% à Damas.

Un gouvernement à empreinte carbone zéro

En 2010, la Colombie-Britannique (Canada) est devenue le premier gouvernement provincial, territorial ou d'État en Amérique du Nord à assumer l'entière responsabilité des émissions de gaz à effet de serre par ses 128 organismes publics. Ils doivent atteindre la "neutralité carbone", en réduisant au maximum leurs émissions de CO2. 

Ils doivent aussi compenser les émissions restantes et rendre compte au public de ces efforts chaque année. Les investissements de la Colombie Britannique dans des projets de compensation entre 2008 et 2014 se sont élevés à environ 50 millions d'euros. Cet investissement a permis de générer une contribution estimée de 370 millions d'euros au produit intérieur brut provincial. Réduire considérablement l’empreinte carbone du gouvernement aide à soutenir la transition de l'État provincial vers une économie à faibles émissions de carbone, stimule le secteur des technologies propres, crée des emplois et contribue aux engagements internationaux du Canada en matière de changement climatique, tout en réalisant de réelles économies de coûts en énergie et en services publics. 

Un projet d'électrification pour et par les femmes

La pauvreté, le manque d'accès aux services énergétiques modernes, affecte de manière disproportionnée les femmes des zones rurales en Haïti, par rapport aux zones urbaines. EarthSpark International, une entreprise dirigée par des femmes, relève ce défi en abordant tous ses projets d'accès à l'énergie avec une perspective de genre, ce que l'on appelle "l'électrification féministe".

EarthSpark International travaille actuellement à la mise au point de 80 micro-réseaux en Haïti, qui bénéficieront directement à 200 000 personnes raccordées à ces micro-réseaux et au-delà à à 400 000 autres par l'intermédiaire de services alimentés en électricité. 

Les avantages de l'électrification pour les femmes sont énormes. En termes d'utilisation d'énergie domestique, l'énergie propre réduit l'exposition des femmes et de leurs familles à la pollution de l'air intérieur causée par le kérosène. 

De plus, EarthSpark collabore avec les coopératives de femmes pour introduire de nouvelles utilisations productives de l’électricité pour la transformation agricole. À ce jour, ils ont mis en place un moulin à maïs électrique, une batteuse à maïs et une friteuse électrique avec plusieurs moulins en route. 

Une compagnie d'électricité qui fait boule de neige

Fjordkraft, deuxième plus grand distributeur d’électricité de Norvège, utilise son pouvoir d’achat pour inciter tous ses fournisseurs à faire preuve de neutralité climatique d’ici 2019.  Fjordkraft est climatiquement neutre depuis 2007, mais a décidé en juin 2016 de faire plus, en lançant son projet Kilimanjaro pour inciter ses fournisseurs à s'engager résolument dans la lutte contre le changement climatique : mesurer les émissions de gaz à effet de serre (GES), les réduire et compenser le reste. 

Résultat : les émissions de GES des quelques 30 000 employés seront réduites ou compensées d'ici 2019. Les entreprises  qui sont dans la boucle vont mesurer leur empreinte climatique, réduire les émissions autant que possible, et compenser ce qui ne peut pas être réduit. Fjordkraft pense que son projet peut être reproduit par toute entreprise de n'importe quel secteur du monde. Pour simplifier les choses, elle a publié un guide détaillé expliquant comment atteindre la neutralité climatique.

OLIO, l’application contre le gaspillage alimentaire

OLIO est la seule application de partage d'aliments entre voisins au monde. Elle a été cofondée par des femmes et les deux tiers des utilisateurs sont des femmes. Elle permet à toute personne de proposer de la nourriture à ses voisins. 40% de tous les aliments répertoriés sur l'application sont demandés en moins d'une heure et 75% en 24 heures.

Les déchets alimentaires constituent la troisième source d'émission de gaz à effet de serre et l'un des problèmes environnementaux les plus importants. 

À l'échelle mondiale, un tiers des aliments que nous produisons sont jetés et l'impact environnemental est énorme : le gaspillage représente l'équivalent d'une masse terrestre plus grande que la Chine et lorsque les aliments sont envoyés à la décharge, ils produisent des émissions toxiques de méthane. Dans les pays développés, la moitié des déchets alimentaires sont produits à la maison. 

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À l'occasion de la COP24, retrouvez toutes les émissions et les chroniques sur le changement climatique, par les antennes de Radio France. Quel est l'impact du réchauffement climatique sur l'environnement ? Quels dangers, quelles solutions ? À retrouver sur iTunes, sur Deezerou en fil RSS.

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