Quasi inconnus en France aujourd'hui, les mouvements écoféministes émergent pourtant dans le débat public. Alors que la COP24 bat son plein, ces mouvements se proposent de "détruire le pouvoir de ceux qui sont au pouvoir" comme le dit Starhawk, activiste altermondialiste.

Forêt amazonienne en Colombie
Forêt amazonienne en Colombie © AFP / LUIS ROBAYO

Les mouvements écoféministes émergent dans le débat public à la faveur de deux tendances : un nouveau développement pour le féminisme, avec la lutte contre les violences faites aux femmes, et la prise de conscience de la gravité du réchauffement climatique. L'urgence écologique et la puissance des réseaux sociaux contribuent aujourd'hui à faire mieux connaître l'écoféminisme.

Lors de la COP24, EarthSpark International, une entreprise dirigée par des femmes en Haïti, a été récompensé par l'ONU Changements climatiques. Ces projets d'accès à l'énergie sont pensés sous l'angle du genre, en parlant d'"électrification féministe".

Si ce sont des hommes qui, en général, dirigent les grandes organisations écologistes, les chercheurs qui se sont penchés sur les combats environnementaux constatent un engagement majoritaire des femmes dans les rangs militants. Car ce sont les femmes - et ceux/celles dont elles s'occupent - qui sont les premières victimes des pollutions et des dérèglements du climat. "Elles ne s'engagent pas pour ravir le pouvoir, mais pour rétablir des équilibres, pour "détruire le pouvoir de ceux qui sont au pouvoir" comme le dit Starhawk, activiste altermondialiste. Au fond, c'est le patriarcat qui est remis en cause par les mouvements écoféministes. 

Emilie Hache : "De nouvelles images pour se protéger du catastrophisme"

L'écoféminisme enrichit aujourd'hui la réflexion des philosophes de l'environnement et désormais, il inspire leurs travaux.

Emilie Hache a dirigé la publication de plusieurs textes écoféministes (Reclaim, recueil de textes écoféministes éditions Cambourakis). Ce livre permet de voir les multiples aspects de la pensée écoféministe, que ce soit l'histoire du lien entre les femmes et la nature, le rapport à la maternité ou les formes de lutte.  

Selon elle, "les écoféministes semblent avoir senti avant tout le monde notre besoin vital d'avoir de nouvelles images à l'esprit, de nous aventurer dans un paysage transformé, de raconter de nouvelles histoires pour nous protéger des récits catastrophistes menant à l'abandon de toute résistance". 

Il y a, selon elle, une ressemblance frappante entre les circonstances dans lesquelles sont nés les combats écoféministes et notre époque, y compris dans le sentiment d'impuissance face à l'ampleur de la menace. 

Les mouvements des femmes engagées pour l'environnement depuis les années 70 ont été repérés et nommés par des intellectuelles sous le terme d'écoféminisme.  

La philosophe française Françoise d'Eaubonne a été la première à nommer ces mouvements, sous ce terme. C'est sous cette étiquette que furent désignés des combats comme celui des anti-nucléaires après la catastrophe de Three Mile Island ou plus tard le mouvement Chipko des Indiennes luttant contre la déforestation pour sauver leurs familles et leur travail. 

L'écoféminisme vise le capitalisme et le patriarcat

Emilie Hache montre que les "combats gagnants" ont été ceux qui ont réussi à intégrer des préoccupations environnementales et des cultures différentes, dites périphériques. Un éclairage précieux au moment de grands rendez-vous comme celui de la COP24, dont Emilie Hache précise qu'elle n'en attend rien. "Je n'attends rien d'un événement comme celui-là. Ces accords sont toujours bien trop peu ambitieux et ne sont surtout jamais contraignants, c'est pour cela que les gens s'y intéressent peu. L'espoir est du côté de la société civile : regardez la victoire inimaginable il y a encore quelques années des habitant.e.s de Notre-Dame-des-Landes".    

Elle repère dans les luttes écoféministes, un autre féminisme, un autre environnementalisme et une autre forme de politique. 

Pour Emilie Hache, il est essentiel de comprendre comment le rapprochement entre les femmes et la nature a été établi, comment il a été défait et pourquoi : "Aujourd'hui alors qu'on se questionne sur notre rapport au monde vivant, alors que nous ressentons de manière collective un manque immense de connexion avec ce monde-là, que les sciences modernes, qui ont contribué immensément et violemment à disqualifier cette nature sensible et détruire nos liens avec elle, y reviennent aujourd'hui, nous avons besoin de comprendre cette histoire-là."

S'il y avait une grève du ventre dans le monde, le capitalisme s'effondrerait

"Les problèmes de production et ceux de reproduction se posent simultanément. Cultiver, pour ne par dire imposer le désir d'enfants chez les femmes comme chez les hommes, c'est s'assurer le renouvellement de générations de main d'oeuvre" explique Emilie Hache.

Défaire cette logique pourrait donc revenir à défaire l'infernale sur-production et sur-activité qui asphyxient la planète et ses habitants. Pour autant, s'il s'agit de renouer un lien perdu avec la nature, les femmes, féministes et écologistes, ne tiennent pas à se laisser enfermer dans une proximité qui leur serait plus évidente avec la Nature.  

En lisant Reclaim, on se dit qu'il y a mille autres façons d'inventer le monde, et surtout les modes de production, comme le font des milliers d'initiatives citoyennes. Toutes n'ont pas souci d'en finir avec le patriarcat comme le souhaitent les écoféministes. C'est là que le chemin reste à faire. 

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