Du fait de la pêche industrielle qui prélève toujours plus de poissons en mer, la consommation moyenne annuelle de nourriture des oiseaux marins a fortement diminué. C'est une menace pour les oiseaux.

Mouette
Mouette © Getty / Alexandra Wagner / EyeEm

Le constat est alarmant : la consommation moyenne annuelle de nourriture des oiseaux marins a diminué. Manchots, pélicans, océanites, frégates, pingouins, guillemots, algues, ne trouvent plus assez à manger, ont du mal à se reproduire et à nidifier. Pour les chercheurs du Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive il y a désormais urgence à protéger poissons et oiseaux, puisque leur sort va de pair. L’oiseau est un prédateur pour le poisson, tout comme le pêcheur l'est pour le poisson.

Une communauté des oiseaux marins en train de disparaître

Les scientifiques ont cartographié et observé pendant 40 ans les interactions entre pêche, population de poissons et d’oiseaux. Ils ont étudié l’évolution des oiseaux marins et leur disparition progressive en raison de la pêche excessive. "On a déterminé pour la majorité des d’oiseaux marins de la planète, précisément 276 espèces (soit 85% de tous les oiseaux marins de toute la planète), quel était le type de proie que ces oiseaux prenaient, où ils les prenaient et le volume de proies capturées, sur 4 décennies, de 1970 à 2010. Pour ces mêmes proies, on a calculé ce que prenaient les pêcheries, dans ces mêmes zones et à cette même période", explique David Gremillet, chercheur au CEFE (CNRS-Université Montpellier).

Bateau de pêche en Croatie
Bateau de pêche en Croatie © Getty / Daddo Daniela

L’activité de pêche toujours plus importante prive de ressources des oiseaux qui, de fait, peinent de plus en plus à se nourrir, si bien que, pour l'ornithologue, "au cours de ces décennies, les prises des oiseaux marins ont décliné, tout simplement parce que la population mondiale des oiseaux marins a décliné, mais les prises des pêcheries ont continué à augmenter. Bref, l’étau des pêcheries se resserre sur une communauté des oiseaux marins qui est en train de disparaître".

Des ressources en poisson qui terminent dans l'agroalimentaire

Les chiffres publiés par les scientifiques sont vertigineux : la population d’oiseaux marins a chuté de 70% depuis 1950, 38% de ces espèces sont en voie de disparition, la moitié des espèces est en déclin. David Grémillet :  "on a par exemple perdu ¼ des manchots, la moitié des sternes, certaines espèces d’albatros aussi sont particulièrement vulnérables, comme l’albatros d’Amsterdam. On remarque en particulier une diminution des espèces qui se nourrissent de petits poissons pélagiques (sardines, anchois). Ce sont des poissons collectés par les pêches minotières, qui ne servent pas à nourrir les humains directement, mais sont utilisés dans la fabrication de farines et d’huiles de poisson destinées à l’aquaculture et l’industrie agroalimentaire."

De fait, la consommation moyenne annuelle de nourriture des oiseaux a baissé de 70 à 57 millions de tonnes entre les périodes 1970 et 2010. Dans le même temps, la capture annuelle moyenne des petites proies des oiseaux par les pêcheries a augmenté de 59 à 65 millions de tonnes. L’océan Indien et le Pacifique sud sont les plus soumis à la surpêche, mais la diminution de nourriture pour les oiseaux concerne toutes les mers du globe.

La diminution des population d’oiseaux marins n’incitent nullement les entreprises de pêche à réduire leur ponction sur les poissons. Au contraire la pêche industrielle s’intensifie et menace de nombreuses espèces.

Evolutions comparées de la pêche et de la consommation de poissons par les oiseaux

D’autres contraintes agissent sur la communauté mondiale des oiseaux marins, comme le changement climatique, les pollutions, mais avant tout, "ce que démontre l’étude c’est que la pression de la compétition pour la ressource entre oiseaux et pêcherie n’est pas négligeable et d’une ampleur mondiale."

Pour mettre un frein à ce phénomène les chercheurs estiment qu’il faudrait réglementer les eaux internationales, et même les mettre en réserve, car pour l’instant les eaux internationales sont pillés par tous. Une politique de gestion des ressources marines réclamée d’urgence, avec une amélioration des outils déjà existants de surveillance.

L'exemple de l'Albatros

Albatros au large de la Nouvelle-Zélande
Albatros au large de la Nouvelle-Zélande © Getty / .

Le WWF a décrété l'albatros comme espèce prioritaire à sauvegarder. Cette espèce passe 80% de son temps en mer.  Il est menacé par certaines techniques de pêche, les pollutions d’origine humaine et la prédation et concurrence d’espèces invasives sur ses lieux de ponte. "L'une des menaces les plus graves, pour toutes les espèces d’albatros, est de se retrouver piégé dans les lignes d’une palangre en chassant de la nourriture. L’irrésistible appât pousse ces oiseaux à plonger mais une fois dans l’eau, ils se retrouvent prisonniers ou gravement blessés par les hameçons et se noient.", explique le WWF.

Un plan international de sauvegarde de l'albatros existe depuis 2003. 

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