Notre empathie et notre compassion face aux organismes vivants varient de manière très importante d'une espèce à l'autre. Plus on est cousin, plus le sort d'un animal nous touche, d'après une nouvelle étude. Elle dresse une carte "affective" du vivant.

Voici une tique gorgée de sang... ne vous étonnez pas qu'elle ne soit pas l'un de nos "animaux préférés"
Voici une tique gorgée de sang... ne vous étonnez pas qu'elle ne soit pas l'un de nos "animaux préférés" © Maxppp / KEYSTONE / Sigi Tischler

Si vous aviez le choix, vous sauveriez un panda ou une araignée en danger ? Tout est parti d'un jeu, d'un sondage informel entre amis avant que les trois chercheurs du Muséum national d'histoire naturelle et de l'Université de Montpellier ne décident de mener une étude rigoureuse à plus grande échelle, publiée dans la revue Scientific Reports.  

"Le sort du grand singe nous touche plus que celui d'un poisson".  

3 500 internautes ont répondu à un questionnaire en ligne. Ils ont dû regarder des paires de photos tirées au hasard parmi des milliers d'organismes vivants. Des combinaisons aléatoires du type : un éléphant et un serpent, un humain et un champignon, une plante et un crabe. Puis ils ont été soumis à un dilemme parfois un peu "sadique" reconnait Aurélien Miralles, chercheur au Muséum national d'histoire naturelle co-auteur de l'étude. "Les internautes pouvaient être confrontés à la photo d'un écureuil et d'une tortue et on leur demandait si l'un de ces animaux était en danger imminent, lequel ils sauveraient en priorité". 

Si ces deux individus étaient en danger de mort, lequel sauveriez-vous en priorité ? Le crabe ou la grenouille ?
Si ces deux individus étaient en danger de mort, lequel sauveriez-vous en priorité ? Le crabe ou la grenouille ? / © MNHN – A. Miralles

Les chercheurs ont ainsi mesuré l'empathie, c'est à dire la capacité de comprendre les émotions de l'autre et la compassion. Autrement dit :  "je ressens la détresse de l'autre et je veux y remédier".  L'écureuil obtient ainsi un meilleur score que la tortue. L'explication ? D'après l'étude,  c'est parce que c'est un cousin un peu plus proche des humains explique Aurélien Miralles : "Plus les espèces sont éloignés de nous dans l'arbre de l'évolution, moins on a d'empathie pour elles, et parce qu'on a moins d'empathie, on a moins de compassion à leur égard. Ainsi, on a plus d'empathie pour un orang-outan que pour un macaque. On a plus d'empathie pour un macaque que pour une souris. Pour une souris, que pour un lézard, ainsi de suite".

Un mécanisme que l'on retrouve d'ailleurs dans les campagnes de préservation de la biodiversité où, pour nous émouvoir, on met en avant des espèces emblématiques comme les grands singes et rarement des espèces tout aussi menacées que sont poissons, reptiles ou insectes. 

Première carte "affective" du monde vivant  

Les chercheurs ont publié une cartographie du monde du vivant à travers le prisme de nos affects, que l'on peut retrouver ici. Dans le palmarès dressé par les chercheurs, l'organisme vivant que l'on a le moins envie de sauver est la tique, devant le cactus ou la méduse. À l'inverse, et plus surprenant, l'orang-outan est l'organisme qui suscite le plus de compassion, juste devant (presque ex-aequo) les humains.  Cela veut dire qu'à la question : entre un orang-outan ou un humain en danger lequel faut-il sauver en priorité ?  une petite majorité (mais une majorité tout de même) d'internautes a choisi le grand singe.

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