Déverser du fer dans les océans, les recouvrir d'une mousse réfléchissante : un rapport international sur les océans publiéce jeudi met en garde contre certaines techniques d'ingénieurs, certes tentantes, mais ni très au point, ni parfois très écologiques.

Quelles pistes pour éviter le réchauffement des océans ?
Quelles pistes pour éviter le réchauffement des océans ? © AFP / Richard Bouhet

Et si certaines des pistes les plus innovantes pour préserver les océans du monde étaient de très mauvaises idées ? Ce jeudi, un rapport international sur les océans met en garde contre une partie des techniques dites de "géo-ingénierie" qui ont beau être tentantes, peuvent parfois s'avérer pas très au point, et surtout pas du tout écologiques. 

Quinze chercheurs issus de plusieurs institutions scientifiques dont le CNRS, l'Iddri et Sorbonne Université se sont réunis dans le groupement "Oceans Solutions Initiative" qui a mené cette enquête, publiée dans la revue Frontiers in marine science

Déverser de la mousse sur les océans ?

Exemple : mobiliser des bateaux pour déverser une mousse blanche à la surface des océans, pour refléter les rayons du soleil et éviter le réchauffement de l'eau. Une technique de manipulation des radiations solaires imaginée par des ingénieurs, qui inquiète les auteurs du rapport. Chacune des 13 solutions analysées ont été évaluées selon huit critères, dont l'efficacité potentielle, le coût, l'éco-bénéfice mais aussi les inconvénients.

"Ce serait distribué par des systèmes placés à l'arrière des bateaux, _cette mousse serait agitée par les hélices : on se doute bien que ce n'est pas une solution neutre pour les organismes_, les plantes et les animaux marins", explique Jean-Pierre Gattuso, chercheur au laboratoire d'océanographie du CNRS à Villefranche-sur-Mer. "Ces mousses sont soi-disant non toxiques, mais elles risquent de réduire beaucoup trop la lumière", alors que de nombreux organismes sous-marins en ont besoin", ajoute-t-il. 

Fertiliser les océans ?

Le rapport met aussi en garde les décideurs politiques contre une autre solution soi-disant-miracle : la fertilisation de nos océans. L'idée de basse : puisque les océans absorbent un quart de nos émissions de CO2, ne pourrait-on pas booster cette pompe à carbone

Trop compliqué, trop énergivore : encore une mauvaise idée, selon le chercheur. "La photosynthèse, qui absorbe le CO2, est limitée dans certaines zones de l'océan, il manque du fertilisant. Si on rajoute du fer, on va augmenter la photosynthèse", reconnait-il. Mais même si cette fertilisation "a un potentiel énorme", selon lui, "on voit mal comment on pourrait créer des mines de fer sur les continents et transporter ce fer", explique-t-il.

Rendre les nuages plus réflectifs ? 

Parmi les autres idées, celle d'augmenter la réflectivité des nuages : "Au lieu que les radiations solaires traversent les nuages, on les rend plus efficaces pour renvoyer ces radiations", explique le chercheur. Une technique consiste à vaporiser de l'eau de mer en haute altitude pour faire augmenter la densité des nuages, l'autre à envoyer des particules soufrées vers les nuages. 

Or, augmenter la réflectivité des nuages "c'est aussi ne pas agir sur l'augmentation de l'acidité de l'eau de mer, ce n'est pas quelque chose qui est désirable", d'autant qu'aucune expérience grandeur nature n'a montré l'efficacité de la technique. 

Quelles solutions retenir ?

Finalement, la solution la plus convaincante, on la connait depuis plusieurs années, conclut le rapport : c'est le développement des énergies renouvelables marines, notamment l'utilisation du vent pour les éoliennes offshore, de la houle et des courants marins : un immense potentiel insuffisamment exploité. "Elles sont extrêmement efficaces, leur coût est modéré et elles peuvent être mises en application dès aujourd'hui, "explique Jean-Pierre Gattuso. 

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