C’est un débat qui monte : faut-il autoriser, ou au contraire réglementer les plantes, fruits et légumes issus de nouvelles pratiques de modifications génétiques, appelés "nouveaux OGM" ? Le ministre de l’Agriculture est pour leur autorisation, les défenseurs des OGM y voient un progrès, mais les ONG s'inquiètent.

Le colza peut devenir plus résistant grâce aux nouvelles techniques d'édition génomique.
Le colza peut devenir plus résistant grâce aux nouvelles techniques d'édition génomique. © Getty / .

Un colza plus résistant, un soja avec moins d’acides gras, des tomates plus sucrées, des champignons qui noircissent moins quand on les coupe… Ces nouvelles variétés existent dans le monde. Elles sont issues de techniques très récentes d’édition génomiques. Ces "nouveaux OGM" sont en effet obtenus en modifiant un gène déjà présent dans la plante (mutagénèse) alors que les OGM "anciens modèles" sont conçus en ajoutant un gène extérieur (transgénèse) .

Cette nuance est très importante pour leurs défenseurs comme Georges Freyssinet de l’association française des biotechnologies du végétal. Pour lui, la France doit autoriser ces technologies car elles "permettent d’aller plus vite pour trouver de nouvelles variétés, de réduire les coûts pour les agriculteurs, d’améliorer la tolérance aux virus, aux maladies ou aux ravageurs".

Et il insiste sur la rapidité des recherches en cours : "Au lieu de mettre dix ans pour sélectionner une nouvelle variété, vous allez en mettre six ou sept !" Ce défenseur des OGM a envoyé des propositions de réglementation de ces produits au gouvernement français et à la Commission européenne qui a rouvert le débat.

"Ne jouez pas aux apprentis-sorciers" : le message des ONG

Mais en face, certaines ONG s’inquiètent et appellent le gouvernement à l’extrême prudence. Dans une tribune publiée dans le Monde, ces organisations sont d’ailleurs rejointes par des syndicats d’agriculteurs également vent debout. Suzanne Dalle, responsable du secteur agriculture pour Greenpeace ne mâche pas ses mots : "À cause du vide juridique sur le sujet, le consommateur peut se retrouver aujourd’hui avec de nouveaux OGM dans son assiette sans le savoir."

Et elle détaille : "On a eu des exemples aux États-Unis avec le développement de vaches sans corne, en France on voit apparaître du colza rendu résistant à des herbicides et il pourrait y avoir d’autres applications."

Des risques pour l’environnement ?

En effet, si la Cour de Justice de l’Union européenne a coupé court au débat en 2018 en disant clairement que ces nouveaux OGM devaient être interdits, la France n’a toujours pas publié de décret pour les encadrer. Du colza issu de ces nouveaux OGM est donc commercialisé en France et "demain, ajoute-t-elle, cela pourrait concerner plein d’autres produits". Or pour Suzanne Dalle, "les industriels sont prêts, ils n’attendent qu’un feu vert pour les commercialiser massivement en Europe"

Or ces cultures présentent des risques pour leurs opposants. "Si on les cultive", précise Suzanne Dalle, "on les dissémine dans l’environnement et c’est un vrai risque en matière de biodiversité puisqu’on peut avoir des croisements entre des plantes sauvages et des plantes génétiquement modifiées".  Sans oublier les risques sanitaires. Pour certains opposants, le développement de ces nouveaux OGM peut amener à la production de toxines ou d’allergènes. "Les développer sans les évaluer et les réglementer, c’est vraiment jouer aux apprentis sorciers !", conclut-elle.

Le gouvernement est-il prêt à ouvrir la voie ?

De son côté, le gouvernement n’est pas très clair. Le ministre de l’agriculture Julien Denormandie  a récemment expliqué sa position, dans une interview à la presse. Pour lui, "_ces NBT ("new breeding techniques", NDLR, autrement dit nouvelles techniques de sélection végétale) ne sont pas des OGM. Ce sont des technologies qui permettent d'accélérer la sélection végétale. Cette technologie permet de faire apparaître plus tôt une variété qui aurait pu apparaître naturellement à un moment donné, et c'est très bien. C'est très différent d'un OGM._" Pour lui, le "cadre juridique européen n'est plus compatible avec le cadre scientifique". Il ouvre donc la voie à une autorisation de ces "nouveaux OGM", mais les autres ministres ne se sont pas prononcés.

Le gouvernement attend en effet la sortie fin avril d’un nouveau rapport de la Commission européenne sur le sujet. Elle doit se prononcer sur l’utilité ou non de rouvrir la réglementation sur les OGM. Les lobbies ont encore quelques semaines pour agir en coulisses.