Des chercheurs français, appartenant au CNRS, au CEA et à Météo France, prévoient notamment pour 2100 un réchauffement des températures terrestres plus important que les versions établies précédemment. Dans le scénario le plus pessimiste, l’augmentation de la température moyenne globale atteindrait 6 à 7 °C en 2100.

Selon les simulations,  l'augmentation des vagues de chaleur va se poursuivre en France
Selon les simulations, l'augmentation des vagues de chaleur va se poursuivre en France © AFP / Nicolas Guyonnet / Hans Lucas

En 2021 sera rendu public le sixième rapport d'évaluation du GIEC, le Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat. Ses conclusions sont élaborées à partir d'un exercice de simulations numériques du climat. Les scientifiques français impliqués dans ce travail, notamment au CNRS, au CEA et à Météo-France, ont déjà rendu leur copie (c'est la première fois depuis 2012 qu'ils se plient à cet exercice). Ils ont fourni deux nouveaux modèles climatiques qui prévoient notamment un réchauffement plus important en 2100 que les versions précédentes. 

Le programme mondial de simulation du climat actuellement en cours (CMIP6) rassemble plus d’une vingtaine de centres climatiques dans le monde, qui conçoivent une trentaine de modèles. Le précédent programme s'appelait CMIP5. Les deux modèles développés en France, sont celui de l'Institut Simon-Pierre Laplace et celui du Centre national de Recherches météorologiques.

Selon les chercheurs français, dans la communication qu'ils font aujourd'hui, "les deux nouveaux modèles français, mais également d’autres modèles étrangers déjà disponibles, simulent un réchauffement plus important à l’horizon 2100 que les versions précédentes établies en 2012, en particulier pour les scénarios les plus pessimistes en émissions". 

Météo France a réalisé une animation qui simule le changement de température à la surface de la terre entre 1850 et 2100,  selon les deux modèles français

Selon le scénario le plus "pessimiste", l’augmentation de la température moyenne globale atteindrait 6 à 7 °C en 2100, soit 1°C de plus que dans les précédentes estimations. 

Comparaison  entre les températures  moyennes du globe simulées  pour CMIP5 (traits tiretés et  couleurs pastels) et pour  CMIP6 (traits pleins et  couleurs vives) pour les  deux modèles français.
Comparaison entre les températures moyennes du globe simulées pour CMIP5 (traits tiretés et couleurs pastels) et pour CMIP6 (traits pleins et couleurs vives) pour les deux modèles français. / Insitut Pierre-Simon Laplace
Comparaison  entre les températures  moyennes du globe simulées  pour CMIP5 (traits tiretés et  couleurs pastels) et pour  CMIP6 (traits pleins et  couleurs vives) pour les  deux modèles français.
Comparaison entre les températures moyennes du globe simulées pour CMIP5 (traits tiretés et couleurs pastels) et pour CMIP6 (traits pleins et couleurs vives) pour les deux modèles français. / CNRM- CERFACS

Selon le scénario le plus optimiste : on peut encore respecter l'Accord de Paris mais à condition de retirer des quantités très importantes de CO2 de l'atmosphère. D'après cette simulation, on parvient à rester autour du 1,5°C à la fin du siècle mais "on ne reste pas sous cette barre de manière continue" explique le chercheur Olivier Boucher, chercheur CNRS à l'Institut Pierre-Simon Laplace, "on a d'abord un dépassement au-dessus de 2°C, avant de parvenir à un refroidissement". Et surtout ce scénario très vertueux "implique une diminution immédiate des émissions de CO2 jusqu'à atteindre la neutralité carbone à l'échelle de la planète vers 2060, ainsi qu'une captation de CO2 atmosphérique de l'ordre de 10 à 15 milliards de tonnes par an en 2100". C'est l'équivalent de ce que rejette la Chine chaque année. 

Pour retirer du CO2 de l'atmosphère, deux solutions : soit on compte sur les forêts pour absorber le CO2 : "On plante des arbres, de la biomasse, on la brûle, on récupère le CO2 et on le stocke dans les sous-sols" explique Olivier Boucher. "Sur le papier c'est faisable, mais on peut se poser la question de savoir si c'est réaliste" reconnait le chercheur. Autre solution, développer des technologies de captage et de stockage de CO2. Il existe des projets pour installer ce genre d'équipement sur des industries très émettrices de gaz à effet de serre (cimenteries, raffineries etc...). Mais pour l'instant, elles en sont au stade de prototypes. 

En France et en Europe de l’Ouest, l’augmentation des vagues de chaleur va se poursuivre

Les chercheurs progressent aussi dans leur description du climat à l’échelle régionale. Les modèles de climat servent aussi de base à la modélisation climatique à échelle plus fine sur la France métropolitaine et les départements d'Outre-mer. Ainsi, plusieurs simulations réalisées dans le cadre de CMIP6 ont été _"zoomées"_, sur l'Europe et l'Océan Indien. À ces échelles, les scientifiques ont notamment réussi à représenter de manière plus réaliste que précédemment, des phénomènes comme les vagues de chaleur, les cyclones ou le transport de poussières.

Une analyse des vagues de chaleur, à l’échelle de la France métropolitaine, montre que les modèles sont capables de simuler des vagues de chaleur d’intensité similaire aux vagues de chaleur déjà observées, même si la vague de chaleur de 2003 est exceptionnelle quant à sa durée. 

Les modèles confirment aussi que l’intensité et la fréquence des vagues de chaleur ont augmenté ces dernières décennies : on constate une élévation aussi bien de l’indice T3X (température moyenne sur trois jours consécutifs de canicule) que de l’indice T7X (température moyenne sur sept jours consécutifs de canicule). Les modèles prédisent aussi que cette tendance va se poursuivre au moins dans les deux décennies à venir, quel que soit le scénario considéré.

Ces résultats ont été obtenus grâce aux progrès des modèles de climat qui sont en fait de supercalculateurs. Leur résolution spatiale est plus fine, la modélisation des différents compartiments physiques du système climatique (océan, atmosphère, surfaces continentales, glaces...) est plus aboutie, et les évaluations en cours montrent que les modèles français simulent mieux les caractéristiques observées du climat que les anciennes versions. Une centaine de scientifiques (climatologues, océanographes, glaciologues, spécialistes de l’atmosphère, de la végétation et  des sols, experts en calcul intensif), ont travaillé sur ces nouveaux modèles. Cela représente 500 millions d’heures de calcul assurées par les supercalculateurs de Genci et de Météo-France, 20 Pétaoctets de données générées.

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