L'année s'achève sur une décennie de chaleur exceptionnelle, de recul des territoires de glace et de hausse record des niveaux de la mer. Selon l'Organisation météorologique mondiale, 2019 est sur le point d'être la deuxième ou troisième année la plus chaude jamais enregistrée.

Au Népal, villageois contraints de quitter leur village en raison de l’impossibilité de faire pousser les cultures, en raison des fontes de glaces
Au Népal, villageois contraints de quitter leur village en raison de l’impossibilité de faire pousser les cultures, en raison des fontes de glaces © Getty / Taylor Weidman

2019 restera comme l'une des trois années les plus chaudes depuis la moitié du XIXe siècle. La température moyenne de la planète a été environ 1,1 degré supérieure à celle de la période préindustrielle, a annoncé ce mardi l'Organisation météorologique mondiale (OMM), à l'occasion de la COP 25 à Madrid. 

Météo extrême, pollution record et océans plus acides

"La décennie actuelle est la plus chaude depuis 1850 et l'enregistrement des valeurs de températures. On est sur la tendance du réchauffement continu", détaille Omar Baddour, l'un des auteurs du rapport de l'OMM. À l'échelle des individus, cela se traduit par des conditions météo extrêmes et anormales. Les vagues de chaleur et les inondations, qui se produisaient auparavant "une fois par siècle", deviennent de plus en plus fréquentes. Des pays tels que les Bahamas, le Japon et le Mozambique ont subi les effets dévastateurs de cyclones tropicaux ; les feux de forêt ont dévasté l'Arctique et l'Australie. 

Les concentrations de dioxyde de carbone dans l'atmosphère ont continué à augmenter en 2019. Le CO2 stagne dans l'atmosphère pendant des siècles et dans l'océan encore plus longtemps. Selon le rapport, l'élévation du niveau de la mer s'est accélérée depuis le début des mesures satellitaires en 1993 en raison de la fonte des inlandsis (calotte polaire) au Groenland et en Antarctique.   

L'océan, qui absorbe la chaleur et le dioxyde de carbone et fait tampon, paie un lourd tribut. Sa température atteint des niveaux record et les vagues de chaleur marine ont été généralisées. L'eau de mer est 26 % plus acide qu'au début de l'ère industrielle. Les écosystèmes marins vitaux sont en train de se dégrader.   

La diminution de l'étendue des glaces de mer dans l'Arctique en septembre 2019 a atteint elle aussi un record en octobre. En Antarctique les étendues de glace ont reculé de manière spectaculaire en quelques mois. "Si nous ne prenons pas des mesures urgentes pour le climat, nous nous dirigeons vers une augmentation de la température de plus de 3°C d'ici la fin du siècle, avec des conséquences toujours plus néfastes pour le bien-être humain", selon le secrétaire général de l'OMM, Petteri Taalas. 

Carte des évolutions de température sur la planète entre la période 1981-2010 et l'année 2019
Carte des évolutions de température sur la planète entre la période 1981-2010 et l'année 2019 / .

Agriculture et alimentation en recul

L'un des principaux impacts du changement climatique est une structure plus irrégulière des précipitations de pluie. Cela représente une menace pour les rendements agricoles et, associé à l'augmentation de la population, cela causera des problèmes considérables de sécurité alimentaire aux pays vulnérables à l'avenir. 

L'instabilité climatique, les sécheresses et les inondations, sont l’un des principaux facteurs de la récente montée de la faim dans le monde et l’une des principales causes de graves crises. Après une décennie de baisse constante, la faim a de nouveau augmenté : plus de 820 millions de personnes en souffraient en 2018.

Parmi les 33 pays touchés par des crises alimentaires en 2018, la variabilité du climat et les phénomènes météorologiques extrêmes constituent un facteur aggravant, ainsi que des chocs économiques et des conflits en 26 pays. Ils en sont le principal pilote dans 12 des 26.

Globalement, environ 12,3 millions de personnes souffrent d'insécurité alimentaire dans la Corne de l'Afrique. Entre octobre et novembre 2019, la Somalie a encore été touchée par des inondations intenses. Associées aux pires inondations enregistrées en mars 2019 dans certaines régions de l'Afghanistan, 13,5 millions de personnes vivent dans l'insécurité alimentaire dans le pays, et 22 des 34 provinces se remettent encore de la grave sécheresse de 2018. 

La santé mise à mal 

En 2019, les températures record enregistrées en Australie, en Inde, au Japon et en Europe ont eu un impact sur la santé et le bien-être. Les fortes chaleurs, d'abord : au Japon, une vague de chaleur majeure a touché le pays de fin juillet à début août 2019, faisant plus de 100 morts et 18 000 hospitalisations supplémentaires. 

L'Europe a connu deux vagues de chaleur importantes durant l'été 2019 : la première en juin a provoqué de nombreux décès en Espagne et en France. La seconde, plus importante, a eu lieu fin juillet et a touché une grande partie de l'Europe centrale et occidentale. Aux Pays-Bas, cette vague de chaleur a été associée à 2 964 décès, soit près de 400 de plus que pendant une semaine d'été normale. 

Autre danger : la dengue, qui menace la moitié de la population. Les changements climatiques intervenus depuis 1950 facilitent la transmission du virus à l'espèce de moustique Aedes, ce qui augmente le risque d'apparition de la maladie. Parallèlement, l'incidence mondiale de la dengue a considérablement augmenté au cours des dernières décennies et environ la moitié de la population mondiale est maintenant exposée au risque d'infection. En 2019, le nombre de cas de dengue a fortement augmenté dans le monde par rapport à la même période en 2018.   

Les catastrophes augmentent les déplacements de population

Inondations, tempêtes et sécheresse ont poussé des millions de personnes hors de leurs foyers. Plus de 10 millions de nouveaux déplacements dans l'intérieur des pays ont été enregistrés entre janvier et juin 2019, dont sept millions à la suite de catastrophes telles que le cyclone Idai en Afrique du Sud-Est, le cyclone Fani en Asie du Sud, l'ouragan Dorian dans les Caraïbes, les inondations en Iran, aux Philippines et en Éthiopie. Ces déplacements de population sont aussi associés à de lourds besoins humanitaires et de protection.

L’Asie et le Pacifique restent la région du monde la plus exposée aux déplacements de population en raison de catastrophes soudaines et à évolution lente. Le nombre de nouveaux déplacements liés aux conditions météorologiques extrêmes pourrait plus que tripler pour atteindre environ 22 millions de déplacés d'ici fin 2019, selon le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés et Organisation internationale pour les migrations.

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