C'est une innovation technique majeure qui est peut-être une révolution pour les pêcheurs. Dans le Var, ils peuvent désormais installer des balises satellite sur leurs filets de pêche ou leurs palangres pour éviter de les perdre. 20 % de la pollution plastique en mer provient des pertes à bord des bateaux.

Pierre Moreira a tout de suite été volontaire pour tester ces balises satellites sur son bateau. Pour lui, l'intérêt est vital.
Pierre Moreira a tout de suite été volontaire pour tester ces balises satellites sur son bateau. Pour lui, l'intérêt est vital. © Radio France / Célia Quilleret

"Restez à l'arrière, moi je travaille à l'avant". Au large de Carqueiranne (Var), sur son bateau, Pierre Moreira, président du comité local des pêches, remonte son filet avec énergie comme d'habitude. Il trouve des dorades, des rascasses ou même une raie. La nouveauté, c'est cette balise satellite qui est installée sur son filet. Reliée à un réseau satellite français, elle lui permet de surveiller sa dérive et de le retrouver s'il part trop loin. Il lui suffit de surveiller les positions de ce filet sur son application et de partir le récupérer, tout seul, ou à l'aide d'un robot articulé sous-marin, un ROV.  

"Il n'y a pas pas de limite, on travaille jusqu'à 500 mètres de profondeur, le système est très performant, c'est une petite révolution à l'échelle locale", se félicite Pierre Moreira. "Cela va permettre de réduire les risques, le temps passé en mer, l'impact carbone", détaille-t-il. "L’intérêt est vital, car le jour où on perd nos filets, ce sont des poissons qui vont mourir pour rien et c'est un drame." Il va donc convaincre ses collègues varois de s'équiper dans les jours qui viennent car "l’intérêt est vital". 

Gaëtan Fabritius, responsable de l'innovation pour CLS, travaille sur des balises adaptées à différents matériels de pêche.
Gaëtan Fabritius, responsable de l'innovation pour CLS, travaille sur des balises adaptées à différents matériels de pêche. © Radio France / Célia Quilleret

Une technologie accessible à la pêche artisanale

C'est l'entreprise CLS, Collecte localisation satellites, filiale du Cnes, le Centre national d'études spatiales, qui a mis au point ces balises. Pour Gaëtan Fabritius, responsable de l'innovation, la réelle avancée est "de rendre accessible cette technologie de marquage satellitaire pour la pêche artisanale, comme ici pour Pierre en Méditerranée". 

"S'il a déployé beaucoup d'engins de pêche, il peut tout suivre de chez lui, lorsqu'il est rentré au port", ajoute-il. Et en effet l'intérêt est double, permettre aux pêcheurs de retrouver leurs filets ou leurs palangres perdus au fond de l'eau (un filet peut coûter 2000 euros) et surtout lutter contre cette pollution plastique, très néfaste pour les mers et l'océan.  

Pierre Moreira veut aussi montrer qu'il pratique une pêche responsable, or les filets perdus piègent des poissons pour rien pendant plusieurs mois.
Pierre Moreira veut aussi montrer qu'il pratique une pêche responsable, or les filets perdus piègent des poissons pour rien pendant plusieurs mois. © Radio France / Célia Quilleret

Des filets fantômes qui pêchent pendant plusieurs mois dans les fonds marins

"Des tortues ou des dauphins peuvent se retrouver piégés dans ces filets pour rien", regrette enfin Jacques Sacchi, du réseau des tortues marines de Méditerranée. "Un filet perdu est en effet un filet où l'animal ne peut pas se libérer", ajoute-t-il, espérant que cette nouvelle technique par satellite permettra de réduire la mortalité des mammifères marins.  

Le but est à terme est que tous les filets soient suivis. Il s'agit également de lutter contre les filets fantômes qui, perdus au fond des eaux, pêchent pendant plusieurs mois. S'ils sont retrouvés, ils pourront même être recyclés, dans une filière dédiée. 

Cette expérimentation a un intérêt économique pour les pêcheurs, mais également environnemental.
Cette expérimentation a un intérêt économique pour les pêcheurs, mais également environnemental. © Radio France / Célia Quilleret

Pour le moment, cette expérimentation concerne uniquement le Var et la Guyane, mais en principe, ces balises, qui coûteront quelques dizaines d'euros chacune, seront déployées plus largement en 2023.  Elles pourront être adaptées en fonction des matériels et des types de pêche.  "Il y a encore un à deux ans de travail", concède Gaëtan Fabritius, mais l'enjeu est international car il faut combattre "un drame écologique".

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