De l’eau d’iceberg dans vos bouteilles… C’est un business juteux qui s’est développé sur l’île de Terre-Neuve, à l’est du Canada. Des chasseurs d’icebergs partent à la conquête de ces grosses masses, puis les transforment en eau « de luxe ».

 A la pêche aux icebergs dans la baie de Bonavista, au Canada. Leur eau pure est une matière première très lucrative.
A la pêche aux icebergs dans la baie de Bonavista, au Canada. Leur eau pure est une matière première très lucrative. © AFP / Johannes Eisele

Plusieurs coups de fusil pour décrocher un morceau de glace, puis un coup de pelle mécanique. Avec cette technique, Edward Kean, un Canadien de 60 ans, broie 1 tonne de glace par pelletée. Il y a plus de vingt ans, il est devenu chasseur d’icebergs. Chaque matin, le capitaine du bateau de pêche Green Waters prend le large, accompagné de trois marins. Ils parcourent souvent plusieurs dizaines de kilomètres jusqu’à leur cible en or blanc, repérée par satellite. 

Il faut dire que ce n’est pas n’importe quelle eau qu’ils récupèrent. C’est l’une des plus pures au monde. Congelée bien avant la révolution industrielle du XIXe siècle, elle a été largement épargnée par la pollution. 

Une clientèle fortunée à l’étranger

Cette eau « de luxe » est revendue 1 dollar le litre à des entreprises locales. Elle est embouteillée ou bien mélangée avec de l’alcool, pour en faire de la bière ou de la vodka.

L'eau d'iceberg peut se vendre une dizaine d'euros la bouteille dans les épiceries de luxe.
L'eau d'iceberg peut se vendre une dizaine d'euros la bouteille dans les épiceries de luxe. / Berg

Pour une bouteille d’eau, il faut compter environ 11 euros, et le prix peut monter jusqu’à 60 euros pour de la vodka. Pas de quoi arrêter la clientèle fortunée qui en consomme bien au-delà du Canada. L’entreprise Dyna-Pro, une cliente du capitaine Kean qui met l’eau en bouteille, exporte ses produits jusqu’en Asie et au Moyen-Orient.

Un impact environnemental discuté

Si les exploitants d’icebergs se défendent d’une quelconque incidence sur l’accélération de la fonte des glaces, l’impact environnemental n’est pas nul, selon Gaël Durant, glaciologue au CNRS : 

Écologiquement, c'est une aberration de transporter de l'eau sur des milliers et des milliers de kilomètres, depuis les Pôles jusqu'aux consommateurs. Mais 800 000 litres, ce n'est rien par rapport à la taille des icebergs au Groenland.

Le capitaine Edward Kean est donc loin d’entamer l’immense réserve d’icebergs qui dérivent chaque année du Groenland jusqu’aux côtes canadiennes.

Toutefois, cette affluence des blocs de glace près de l’île de Terre-Neuve est bien un symptôme de l'accélération des changements climatiques dans l'Arctique, qui se réchauffe trois fois plus vite que le reste de la planète. De quoi nous faire hésiter avant de tremper nos lèvres dans ce breuvage centenaire. 

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