A mesure que le nombre des malades touchés par le Sars-CoV-2 progresse en France et en Europe, les contours de la maladie provoquée par ce nouveau virus se dessinent de plus en plus précisément.

detox : perte de goût et d'odorat, des signaux avant-coureurs du covid19 ?
detox : perte de goût et d'odorat, des signaux avant-coureurs du covid19 ? © Getty / Deborah Turbeville

La « petite grippette » – telle qu’elle était qualifiée par certains politiques ou experts occidentaux au début de l’épidémie – se révèle être une infection multiforme dont certains symptômes s’avèrent très surprenants aux yeux des médecins. C’est le cas de la découverte d’une perte de l’odorat et du goût chez nombre de personnes touchées.

Toux, fièvre, fatigue, courbatures… Il faut reconnaître que pour plus de 4 malades sur 5, lorsque l’infection se manifeste, elle se limite à de légers symptômes pas franchement originaux. Difficile dans ces conditions de savoir si l’on souffre alors du Covid-19 ou d’une autre maladie bénigne. Voilà précisément pourquoi les médecins sont à l’affût de tout ce qui pourrait les aider à mieux diagnostiquer le Covid-19 aux prémices de l’infection. Or, autour de vous, ceux qui ont été victime du virus sont nombreux à pouvoir en témoigner. Soudain, alors que leur nez n’était pas bouché, ils ont eu l’impression désagréable que tout ce qu’ils mâchaient ressemblait à du papier mâché et que leurs parfums favoris n’émettaient pas plus d’effluve qu’un verre d’eau.

Ce sont les médecins occidentaux, en particulier français qui ont été les premiers à réellement faire le lien entre cette anosmie souvent doublée d’agueusie —noms savants donnés respectivement à la disparition de l’odorat et celle du goût— et le Covid-19. 

Pourquoi eux ? 

« Peut-être parce que les spécialistes chinois ou asiatiques n’ont d’abord pas eu le temps d’y prêter attention ou que les populations de ces pays sont moins sujettes à ces symptômes, ou encore que les malades s’en plaignent plus rarement »

avance Jérôme Golebiowski, directeur du Groupement de recherche CNRS « Odorant, Odeur, Olfaction » et coordinateur d’une vaste étude internationale qui vient d’être lancée pour mesurer la pertinence de ce symptôme dans le diagnostic et mieux faire la distinction entre la survenue de l’anosmie et de l’agueusie chez les malades. 

Le principe est simple : un questionnaire traduit dans une trentaine de langue différentes sera soumis à des volontaires touchés par la maladie dans une cinquantaine de pays, répartis sur tous les continents. 

« Il nous faut quelques centaines de réponse par pays pour que l’analyse puisse débuter », poursuit Jérôme Golebiowski. Les premiers résultats sont attendus d’ici quatre à cinq semaines.

Cela ne signifie pas que nous ne savons rien de ce phénomène. Déjà une petite étude coordonnée par le professeur Jérôme Lechien, médecin ORL, en collaboration avec l’université de Mons en Belgique donne une première idée sur la perte de goût et d’odorat chez les patients. « Nous pouvons déjà dire que chez certains patients, cette perte survient avant même l’apparition de tout autre symptôme. Et que s’il n’y a pas de sinusite ou d’autres troubles ORL préexistants, cela doit être considéré comme un signe spécifique du Covid-19 », prévient Jérôme Lechien. Dans cette étude réalisée sur 417 patients touchés par une forme sans gravité de Covid-19 et examinés dans 12 hôpitaux européens, l’anosmie et l’agueusie toucheraient respectivement 86% et 88% des malades. A noter que près de la moitié de ces patients ont récupéré leurs sens dans un délai de 15 jours. 

Mais comment expliquer ce symptôme ? Deux hypothèses sont à l’étude. Toutes deux concentrent sur l’odorat. Mais la première évoque une infection limitée aux seules cellules chargées de capter les odeurs dans le nez, tandis que la deuxième parie sur une capacité plus large du Sars-CoV-2 à s’attaquer aux neurones de l’olfaction. Cette deuxième hypothèse ne surprendrait pas Pierre Talbot, virologue canadien à l’INRS-Institut Armand-Frappier et l’un des rares spécialistes mondiaux du « neurotropisme » des coronavirus. Au cours des années 2000, le chercheur l’a démontré chez l’animal : « les coronavirus communs, ceux qui causent des rhumes, peuvent parfaitement atteindre le système nerveux en pénétrant par le nez, en infectant les cellules nerveuses de l’odorat puis remonter le long du nerf olfactif pour rejoindre le centre de l’odorat situé dans le cerveau ». Dans le cas du coronavirus responsable de la pandémie de Sras en 2003, des échantillons prélevés sur quelques malades ont également montré la présence du virus dans les neurones du cerveau. Pour le Sars-Cov2, une seule étude pointe sa présence dans le système nerveux central.

Ces données sont donc encore bien trop parcellaires pour trancher sur la réalité du « neurotropisme » du virus. Et la perte de l’odorat et du goût n’est encore à ce stade qu’une simple piste qu’il faut encore explorer avant d’aller plus loin. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.