Ce n’est encore qu’une piste thérapeutique. Mais c’est sans nul doute l’une de celles qui pourraient aboutir le plus rapidement à un traitement sûr et facilement disponible contre le Covid-19, la maladie provoquée par le nouveau coronavirus Sars-Cov2.

Les patients guéris du Covid-19 font don de leur plasma (Thaïlande)
Les patients guéris du Covid-19 font don de leur plasma (Thaïlande) © Getty / Sopa Images

Son principe est simple : utiliser le sang de personnes guéries du Covid-19 pour aider les malades à combattre l’infection. Autrement dit, puiser une partie des défenses immunitaires naturelles des uns pour aider les autres.

En France, les premiers essais menés par l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris (APHP) avec l’Inserm et l’Etablissement Français du Sang (EFS) ont débuté le 7 avril. Dans le détail, il ne s’agit pas d’utiliser directement le sang des personnes guéries mais d’en extraire le plasma, cette partie liquide du sang qui transporte notamment les anticorps. Ce sont ces derniers qui sont fabriqués pour combattre spécifiquement un microbe. Et ce sont précisément eux qui nous font défaut lorsque nous affrontons un virus émergent. Comme il se répand dans la population pour la première fois, aucun d’entre nous n’a développé d’immunité « acquise » contre lui. Nous n’avons pas gardé en « mémoire » les anticorps capables de se mobiliser rapidement contre lui. Et face à un virus inconnu comme le Sars-CoV-2, les défenses immunitaires ont besoin d’environ quatorze jours pour se mettre en ordre de bataille, soit environ sept jours de plus que d’ordinaire. Les toutes premières victimes du virus, les patients guéris du Covid-19, ont donc un sérieux avantage sur les autres : elles ont déjà développé ces fameux anticorps, elles ont développé une « mémoire », et elles peuvent donc partager en partie de leur anticorps avec des malades pour tenter de leur faire gagner du temps dans leur combat contre la maladie.

Dans l’essai français, deux cents patients des régions Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté et Ile-de-France guéris depuis au moins 14 jours vont être prélevés pour permettre de tester l’efficacité de leur plasma sur une soixantaine de patients. Une première évaluation contre un groupe recevant un placebo pourra être rendue deux à trois semaines après le début de l’essai clinique, sans doute avant la fin du mois d’avril.

Si la mise en place de l’étude semble si rapide, c’est parce que la méthode est en réalité très ancienne. L’un des pionniers n’est autre qu’Emile Roux, élève de Pasteur, qui la développera pour mettre au point, en 1894,  le premier remède efficace contre la diphtérie. Le grand médecin Robert Debré l’utilisera également dans les années 1920 pour sauver des enfants gravement malades de la rougeole. Pourtant, si cette méthode semble resurgir du passé, il faut savoir qu’elle est toujours utilisée comme base de traitement contre le tétanos et les morsures de serpents.  Surtout, le regain d’intérêt pour le transfert de plasma a commencé lors de l’épisode du Sras en 2003, première pandémie du XXIème siècle provoquée, déjà, par un coronavirus. A l’époque, des résultats préliminaires — finalement laissés de côté avec l’extinction de la flambée épidémique — ont montré une certaine efficacité. Ce sont eux qui permettent d’espérer une solution rapide.

Les médecins Français ne sont évidemment pas les seuls à s’être lancés sur la piste du plasma contre le Sars-CoV-2. L’agence américaine du médicament, la Food and Drug Administration, a également donné son feu vert pour des tests et des essais ont également été menés en Chine ces dernières semaines.

Reste que plusieurs questions sont en suspens. La première d’entre d’elles porte sur le niveau de protection réellement conféré par la production des anticorps contre le nouveau coronavirus. Tous les patients ne sont pas égaux devant ces protections. Certains patients —pourtant infectés puis guéris— n’en possèdent pas et surtout leur quantité est très variable d’un patient à un autre.

Autre question, celle du profil des patients qui pourraient le plus bénéficier d’un don de plasma. Sur ce point, les stratégies divergent. Certaines équipes cibles des patients en phase aigüe de la maladie, lorsque le malade souffre d’une pneumonie sévère et risque d’avoir besoin d’une réanimation. A l’inverse, d’autres misent sur une utilisation « prophylactique » du plasma, c’est à dire pour prévenir le développement de l’infection chez des personnes fragiles. Ce pourrait être par exemple le cas pour les seniors logés dans les Ehpad lorsqu’un premier cas est déclaré.

Enfin, l’une des interrogations essentielles porte sur la disponibilité du traitement si ce dernier s’avérait efficace. L’utilisation d’un plasma directement extrait du sang des anciens malades, comme c’est le cas au stade des essais cliniques, présente des inconvénients : la nature, la concentration et le pouvoir neutralisant des anticorps sont très variables d'un donneur à l'autre. De plus, il existe un risque lié à la transmission potentielle d'agents infectieux ou au transfert de molécules inflammatoires. Pour standardiser les traitements, l’Académie de médecine a donc recommandé que le laboratoire de production de l’Etablissement Français du Sang commence dès maintenant à constituer des réserves de plasma en utilisant le prélèvement issu de plusieurs patients guéris pour assurer la mise à disposition d’un grand nombre de lots contenant les anticorps concentrés. Histoire d’éviter que, si les résultats de l’étude sont positifs, cette technique ne puisse être rapidement mise en œuvre faute de stocks.

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