Nées au zoo de Beauval, Mayombé et Kiumba quittent le Loir-et-Cher pour s'installer définitivement dans une forêt équatoriale du Gabon. Les deux primates font l'objet d'un programme de réintroduction dans leur milieu naturel. C'est une première pour des gorilles nés en France.

Mayombé est née il y a 12 ans au zoo de Beauval
Mayombé est née il y a 12 ans au zoo de Beauval © Radio France / ZooParc de Beauval

Mayombé, 12 ans, et Kiumba, 9 ans, deux sœurs gorilles nées à Beauval (Loir-et-Cher), ont quitté lundi les plaines du centre de la France pour le parc national des plateaux Batéké au Gabon. Un long voyage, de Paris à Libreville, puis en avion présidentiel du Gabon et en hélicoptère pour les emmener jusqu'au plateau de Batéké au Gabon

Une équipe de cinq personnes du zoo de Beauval les accompagne et doit rester une dizaine de jours sur place. Un périple préparé depuis plusieurs années par l'équipe du ZooParc de Beauval en association avec la fondation britannique Aspinall qui oeuvre à la réadaptation d'animaux né en captivité à la vie sauvage.

Une sélection scrupuleuse

Pour être choisies pour ce projet de réintroduction, les femelles gorilles ont d'abord été scrutées minutieusement : leur patrimoine génétique doit permettre d'assurer une certaine diversité au sein de la communauté de quelques dizaines de gorilles qu'elles rejoignent au Gabon, afin d'améliorer la reproduction de l'espèce

Par ailleurs, leur personnalité a été déterminante : il fallait des primates ni trop agressifs, pour bien s'intégrer à la communauté de singes, ni trop effacés, pour ne pas se faire soumettre. "Kiumba est débrouillarde, très joyeuse, elle n'a peur de rien. Mayombé est plus calme, plus posée, plus réfléchie" raconte Delphine Leroux, cheffe animalière adjointe au ZooParc de Beauval.

Leur arrivée à deux devraient aussi faciliter leur insertion : elles ont vécu dans un groupe familial stable, assisté à des accouplements, à des naissances : elles ont donc tous les codes pour pouvoir bien vivre dans la nature.

Kiumba
Kiumba © Radio France / ZooPar de Beauval

Un entraînement de plusieurs mois pour le vol

Il a d'abord fallu anticiper le transport, puisque Mayombé et Kiumba passent plusieurs heures en avion, avec même un vol en hélicoptère dans la dernière ligne droite. Pour que ce périple les perturbe le moins possible, une caisse de transport, similaire à celle dans laquelle elles sont placées en vol, a été installée dans leur box de nuit à Beauval. Pendant plusieurs mois, on les a habituées à venir y jouer, manger des gourmandises, passer du temps pour éviter d'être surprises en embarquant. 

Depuis quatre mois, les deux primates ont aussi progressivement changé leurs habitudes alimentaires. Elles mangent désormais du branchage, des feuilles, de l'écorce pour coller à ce qu'elles trouveront en Afrique. Elles ont également passé des analyses médicales pour s'assurer qu'elles ne ramènent pas de maladies inconnues au Gabon. Elles prennent aussi un traitement antipaludique. 

Reste que leur changement d'habitat va constituer pour elles un énorme bouleversement puisqu'elles étaient jusque là habituées à voir beaucoup d'humains, et à être prises en charge. 

Un protocole de réintroduction millimétré 

La première phase s'est donc faite en amont, à Beauval, avec tout le travail de préparation. La deuxième phase commence sur une île de 3,5 hectares sur les plateaux Batéké, pour les protéger, les observer, les surveiller, tout en les accompagnant vers l'autonomie. Cette étape va durer six mois à un an ; un gorille mâle venu d'Angleterre va les rejoindre. 

L'équipe de Beauval qui fait le déplacement va dormir les deux premiers jours face à l'île pour continuer à parler avec Mayombé et Kiumba pour qu'elles gardent des repères et soient rassurées. L'équipe gabonaise prend ensuite le relais. Tout est fait très progressivement, avec une surveillance médicale.

Mayombé
Mayombé © Radio France / ZooParc de Beauval

Lors de la troisième et dernière phase, des ponts sont mis en place afin que les gorilles rejoignent la communauté de primates du parc national, et trouvent leur place en son sein. Le suivi se poursuivra. 

"Jamais je n'aurais imaginer pouvoir accompagner des grands primates en milieu naturel"

"Pour toute l'équipe du zoo, c'est un événement. Ça fait trente ans que je travaille dans ce milieu, et jamais je n'aurais imaginer pouvoir accompagner des grands primates en milieu naturel" s'émeut Delphine Leroux. "Quand on va quitter les gorilles, j'aurais deux sentiments complètement contraires : une joie intense parce que ce sera un aboutissement dans mon travail, et en même temps, évidement je suis très attachée à ces animaux." 

Victimes des conflits armés et du braconnage

Les gorilles avaient presque disparu du Gabon, massacrés il y a une vingtaine d'années, victimes du braconnage,  et dans d'autres régions voisines de conflits armés. Aujourd'hui, la région est protégée, et plusieurs gorilles ont déjà été réintroduits en provenance d'un parc zoologique en Angleterre. Ils y sont plusieurs dizaines. 

"Pour nous, pour tous les soigneurs, c'est un moment d'espoir pour la conservation", s'enthousiasme Rodolphe Delord, le directeur général du ZooParc de Beauval, "c'est l'occasion de montrer que l'on peut vivre en harmonie avec la nature et le monde sauvage."

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