Alors qu’il voulait défendre le monde paysan, le ministre de l’Agriculture a évoqué, mercredi matin sur France Inter, la durabilité de l'agriculture française et la réduction de l'usage des pesticides en commettant plusieurs erreurs ou imprécisions. Vérification.

Didier Guillaume, ministre de l'agriculture invité de la matinale de France Inter.
Didier Guillaume, ministre de l'agriculture invité de la matinale de France Inter. © Radio France / Anne Audigier

L’agriculture française n’est pas la “plus durable du monde” 

Je rappelle, malgré les polémiques qu’il y a pu avoir, que l’agriculture française est l’une des plus durables du monde, si ce n’est la plus durable du monde, pour la troisième année consécutive. Il y a un critère dans l'ensemble sur lequel on n’y est pas, mais enfin voilà quoi : aujourd’hui notre alimentation est sûre, saine et tracée” a assuré le ministre de l’Agriculture. Une nouvelle fois, Didier Guillaume avance une information erronée, comme l’ont déjà démontré franceinfo ou le Journal du dimanche

Il se base en réalité sur le Food Substainability Index (palmarès de l'alimentation durable), un rapport publié chaque année par le magazine britannique The Economist, qui classe, cette année, 67 pays, sur trois critères : gaspillage alimentaire, qualité de la nutrition et agriculture durable. Voilà effectivement trois ans que la France se retrouve en tête du palmarès, mais nous décrochons cette place car grâce à de très bonnes notes sur le gaspillage alimentaire (1re place) et la qualité de la nutrition (8e place)

En revanche, la France est loin d’être performante sur l'agriculture durable (21e place) et notamment dans sa gestion de l’eau, la superficie consacrée à l’agriculture biologique, l’impact du commerce, de la productivité, ou encore l’utilisation des pesticides.

Le glyphosate dangereux : Didier Guillaume le sait très bien

Le ministre a été interrogé par un auditeur sur le glyphosate, “à propos d’un reportage diffusé sur France 5 et qui montrait qu'il y avait du glyphosate dans les aliments d’origine animale, en particulier du soja OGM traité au glyphosate et importé du Brésil” signale l'auditeur “Ingérer de faibles quantités de glyphosates engendre des cancers : quand allez-vous stopper l'importation de ce soja traité au glyphosate ou permettre au consommateur de savoir que les aliments viennent d’animaux nourris aux OGM ?”, interroge Arnaud. 

Évoquant la mise en place d’un étiquetage “très clair” sur les matières premières, le ministre a soigneusement évité de se positionner précisément : “Quand cette personne dit que ça provoque des cancers… C’est une assertion mais je ne sais pas, il faut regarder ce que pensent les scientifiques et les docteurs”, poursuit le ministre. Or, il y a débat sur la dangerosité pour la santé du glyphosate et le ministre le sait très bien. Le Centre international de recherche sur le cancer estime que la substance est “cancérogène probable” mais pas l’agence de sécurité sanitaire française, l'Anses. L'impact du glyphosate sur les sols et la qualité de l'eau est par ailleurs éludée par le ministre. 

“On sort du glyphosate au 1er janvier 2021” : pas tout à fait

Le président de la République a dit, 'le 1er janvier 2021 on sort du glyphosate'” lance Didier Guillaume sûr de lui. Or l'Europe a, en 2017, autorisé la molécule pour cinq ans de plus, soit jusqu’en 2022. De plus, le 25 janvier 2019, Emmanuel Macron renonçait à se passer totalement de l’herbicide controversé dans cette échéance, contredisant un engagement pris personnellement, notait Le Monde

Quant à la diminution par deux de tous les produits phytosanitaires vantée par le ministre (“Je veux aller plus loin : il y a tellement d'autres produits que nous allons réduire de 50 %, l'utilisation de tous les produits phytosanitaires en 2025”), mais ce n'est hélas qu'une promesse… et qui date. Elle avait été faite à l’issue du Grenelle Environnement de 2007. Or, l'objectif fixé par le plan Ecophyto n'ayant pas été atteint en 2018, comme prévu, les autorités ont repoussé l'échéance à 2025. Il faut noter en plus une augmentation globale de l’usage des pesticides depuis dix ans, comme le souligne France Culture alors que la France est le deuxième consommateur de pesticides en Europe avec 3,7 kg par hectare.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.