Plus de 40% des titres détenus par les banques françaises dépendent des services rendus par la nature, autrement dit de la biodiversité. Si elle continue de s'effondrer, le système financier est en grande partie menacé. Une nouvelle étude rendue publique au Congrès mondial de la nature alerte le monde de la finance.

Les marchés financiers sont en fait très dépendants de la bonne santé de l'environnement
Les marchés financiers sont en fait très dépendants de la bonne santé de l'environnement © AFP / Nanako Sudo / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun

Cette étude, intitulée "Un printemps silencieux pour le système financier", vient tout juste d'être publiée par la Banque de France, l'agence française de développement et l'office français de la biodiversité. Le risque climatique est déjà connu pour le système financier. Désormais, c'est l'érosion de la biodiversité qui inquiète les économistes.

42% du volume des titres détenus par les banques françaises dépendent en effet de la biodiversité, et plus précisément des services écosystémiques rendus par la nature. Si elle s'effondre, c'est près d'un titre sur deux, action ou obligation, qui est ainsi menacé. "L'économie est dépendante de la biodiversité", insiste Pierre Dubreuil, le directeur de l'office français de la biodiversité, une agence du ministère de la Transition écologique et solidaire, "le risque financier est donc important".

Les ressources naturelles vitales pour certaines entreprises

La raison est assez simple : ces actifs financent des entreprises qui dépendent en grande partie de ressources naturelles, comme l'eau. Si elle vient à manquer, des entreprises de différents secteurs risquent d'être en grande difficulté, notamment dans la chimie ou la construction. "Nous montrons pour la première fois que ces titres sont dépendants de la nature", explique Julien Calas, auteur de cette étude pour l'Agence française de développement". "Des entreprises de l'industrie chimique et des hydrocarbures sont concernées au premier chef", précise-t-il, "car elles sont dépendantes de la fourniture d'eau, des nappes phréatiques, et elles pourraient être touchées durement". D'ailleurs, tous les secteurs économiques n'ont pas été étudiés, "notre estimation (42%) est basse, c'est probablement plus que ça", complète-t-il.  Le prix des aliments, la production des médicaments peuvent également être affectés.

Et "cet effondrement est l'affaire de tous" insiste Julien Calas. "C'est un risque pour le système financier, les banques, mais aussi l'épargne-retraite ou les petits épargnants ", ajoute-t-il.

Réorienter des investissements vers la sauvegarde de la biodiversité

Or la finance est responsable en partie de cet effondrement de la biodiversité. C'est un autre résultat de cette étude : si on regarde globalement la valeur des titres détenus par les banques françaises, "ils contribuent par leurs financements à l'artificialisation du quart du territoire français", précise Julien Calas. L'impact annuel de l'activité des entreprises françaises contribue même à l'artificialisation d'un département équivalent à la Loire chaque année.

Pour les auteurs de cette étude, dont la Banque de France, la solution est donc de réorienter certains investissements vers des actions positives pour la biodiversité. "C'est une bonne nouvelle", conclut Pierre Dubreuil, de l'office français de la biodiversité. Preuve que ce congrès de la nature n'est plus seulement l'affaire des défenseurs de la biodiversité. "J'espère qu'on est en train de vivre un moment historique", ajoute Julien Calas, "le secteur financier va commencer à être un acteur, cela peut orienter des financements vers l'innovation et créer des emplois verts". Presque le discours des ONG !