Les Alpes ont perdu environ un mois d'enneigement depuis les années 70 en basse et moyenne montagne, d’après une nouvelle étude sur le réchauffement climatique menée dans cinq pays : France, Italie, Suisse, Allemagne et Slovénie.

Vue du Mont Ventoux en partie enneigé (photo d'illustration)
Vue du Mont Ventoux en partie enneigé (photo d'illustration) © AFP / ALAIN ROUX / Biosphoto

Cette étude publiée dans la revue Cryosphère le confirme : depuis 50 ans, l'enneigement se raréfie à moyenne et basse altitude. La période durant laquelle il y a de la neige au sol chaque hiver s'est réduite, en moyenne, dans une fourchette comprise entre 22 et 34 jours entre 1971 et 2019.

Une trentaine de chercheurs ont analysé 2000 stations de mesure sur tout l'arc alpin. Parmi eux, Samuel Morin, directeur du Centre national de recherches météorologiques, un laboratoire commun à Météo France et au CNRS : "Sur 50 ans, on a de plus en plus d’hivers peu enneigés, et de moins en moins d’hivers bien enneigés.  Cette tendance de fond correspond presque à un mois de baisse d’enneigement en moyenne à basse et moyenne altitude (donc jusqu’à 1500 – 2000 mètres d’altitude)." Cette raréfaction avait déjà été constatée dans des sites ponctuels dans les Alpes mais "là, on vraiment une vision d’ensemble qui nous donne des résultats très robustes. Ça nous a permis de forger une analyse beaucoup plus complète."

Une saison de neige raccourcie par les deux bouts 

Sous l’effet du réchauffement climatique, la saison des neige se réduit au début de l'hiver, au moment de la constitution du manteau neigeux, mais aussi et surtout au printemps, au moment de la fonte des neiges, explique Samuel Morin : "La constitution du manteau neigeux est liée aux précipitations. Plus il fait chaud, plus les chutes de neiges ont tendance à se faire sous forme de pluie, notamment à moyenne et basse altitude, plutôt que sous forme de neige. Ce qui fait que le début d’enneigement est beaucoup plus tardif. Et en fin de saison, sous l’effet du réchauffement, la fonte est accélérée au printemps."

En-dessous de 2000 mètres d’altitude, cette réduction de la saison des neiges se fait dans une proportion d’un tiers en début de saison, et deux tiers en fin de saison. Alors qu’à haute altitude, l’effet est principalement observé au printemps.

Et quand il y a de la neige, il y en a moins : sous 2000 mètres d'altitude, la hauteur de neige a perdu près de 3 cm par décennie dans les Alpes du Nord, encore plus dans les Alpes du Sud (avec une érosion de 4 cm tous les 10 ans).

Impact sur la ressource en eau

Cette étude sur l’enneigement naturel peut nourrir la réflexion sur l’avenir de certaines stations de ski de moyenne et basse altitude. Mais Samuel Morin nuance : ce n’est pas une étude sur l’impact du changement climatique sur l’activité des sports d’hivers. "L’enneigement naturel, c’est l’un des déterminants du tourisme du ski, mais ce n’est pas le seul. La neige dans les stations de ski, elle est gérée, elle est damée, elle est en partie produite."

L’étude a surtout une pertinence pour réfléchir à la façon dont on va devoir gérer la ressource en eau dans les vallées alimentées par les montagnes, par exemple dans les territoire du bassin versant du Rhône. "Le fait que l’enneigement soit réduit et que la fonte des neiges soit accélérée au printemps modifie le débit des rivières et leur saisonnalité. Le pic de la fonte arrive plus tôt aujourd’hui", explique Samuel Morin. Il y a donc des conséquences non seulement sur les écosystèmes, mais aussi sur la gestion de l’eau pour les agriculteurs, les gestionnaires de barrages ou encore les producteurs d’hydroélectricité... Et peut-être même sur l'eau potable.