La Sibérie arctique a connu des chaleurs exceptionnelles ces six derniers mois. Une nouvelle étude scientifique internationale fait le lien entre cette vague de chaleur et le réchauffement climatique.

Incendies en Sibérie en juillet 2020
Incendies en Sibérie en juillet 2020 © Getty / TASS / Contributeur

Le 20 juin 2020, la ville russe de Verkhoïansk située au-delà-du cercle polaire, a enregistré un pic de température à 38°C. Ce record fait suite à plusieurs mois de chaleur exceptionnelle au cœur de la Russie Arctique.

Des chercheurs de huit instituts dont Météo France ont analysé cet évènement en prenant en compte les six mois allant de janvier à juin 2020. Selon leurs calculs, la vague de chaleur en Sibérie est 600 fois plus probable avec le réchauffement climatique que sans lui.

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Les Sherlock Holmes du climat 

Cette étude fait partie d’un projet baptisé World Weather Attribution (WWA), un réseau international de chercheurs créé en 2015 qui analyse en temps réel les évènements météo extrêmes, ouragans, canicules, sécheresse, feux de forêts dans le contexte du réchauffement climatique. "Nous essayons de déterminer si, et dans quelle mesure le changement climatique anthropique [d’origine humaine] a joué un rôle dans les récents évènements météorologiques extrêmes", explique Frederike Otto, directrice de l’Institut du changement climatique de l’université d’Oxford (Grande-Bretagne), co-fondatrice du World Weather Attribution.

Le WWA a déjà établi un lien entre le réchauffement climatique et l’ouragan Harvey qui a frappé le Texas en 2017 ("trois fois plus de probabilité de se produire avec le changement climatique que sans"), avec les incendies géants en Australie, ou encore avec la canicule de juillet 2019 en France. Les experts du WWA estiment que le risque de subir un tel coup de chaud dans l'Hexagone est désormais cinq fois plus probable que si le climat n’avait pas été modifié par l’Homme.

Pour ce nouveau cas d’étude sur la chaleur extrême enregistrée en Sibérie, les chercheurs ont utilisé 70 modèles différents de simulation du climat ainsi que les données d’observation.

"Les vagues de chaleur et les pics de température sont des phénomènes naturels. Mais l’influence humaine peut changer la probabilité qu’ils surviennent et leur intensité."

Résultat ? La canicule prolongée sur l’ensemble de la Sibérie aurait été pratiquement impossible dans un climat non modifié par l’Homme, explique Andrew Ciavarella du Met Office, le service national britannique de météorologie (l’équivalent de Météo France), auteur principal de cette étude : "Sans le changement climatique provoqué par l’homme, un tel évènement [les six mois très chauds enregistrés en Sibérie entre janvier et juin 2020] se produirait une fois tous les 80.000 ans. Dans le climat actuel, ce sera probablement tous les 130 ans."

Avec des conséquences à court terme désastreuses dans cette région du cercle polaire. La vague de chaleur a favorisé des feux de forêts monstres, qui libèrent encore plus de CO2 dans l’atmosphère, mais elle a aussi accéléré la fonte du permafrost qui relâche aussi des gaz à effet de serre. Ce dégel des sols pourrait également être à l’origine de la pollution aux hydrocarbures survenue près de la ville de Norilks en mai dernier après un affaissement de terrain. Un scénario très probable d’après Sara Kew, chercheuse à l’Institut royal météorologique des Pays-Bas (KNMI) : "La fonte du permafrost a eu pour conséquence l’effondrement d’une partie de l’infrastructure, un réservoir d’hydrocarbures, ce qui a provoqué l’une des pires marées noires qu’ait connu la Russie arctique".

L’étude n’a pas encore été évaluée par les pairs, elle a été réalisée rapidement, en l’espace de deux semaines, le temps de faire tourner des ordinateurs hyper puissants. Mais Frederike Otto, co-fondatrice du World Weather Attribution, explique : "Nous employons exactement la même méthodologie pour ces études rapides que celles utilisées pour des recherches plus longues, une méthodologie évaluée par les pairs". Et de rappeler aussi que les chercheurs ont mené cette enquête sur leur temps libre.

La Sibérie, du fait de sa position géographique dans les hautes latitudes nord, est l'une des régions les plus touchées par le réchauffement climatique... Déjà  2°C de plus par rapport à l'ère pré-industrielle.

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