La France veut convaincre les autres pays riverains de la Méditerranée d'instaurer une zone de restriction des émissions des navires (ECA) à l'horizon 2022. 1 730 vies pourraient être épargnées chaque année d'après l'étude d'impact commandée par le gouvernement français.

 Si les bateaux qui circulent en Méditerranée utilisaient un carburant moins polluant et étaient équipés de moteurs aux normes environnementales, la pollution de l'air diminuerait de 70 %.
Si les bateaux qui circulent en Méditerranée utilisaient un carburant moins polluant et étaient équipés de moteurs aux normes environnementales, la pollution de l'air diminuerait de 70 %. © AFP / BERTRAND LANGLOIS

De la suie, des métaux lourds, des particules fines, d'oxyde de soufre et d'azote, le transport maritime est une source importante de polluants atmosphériques. En 2007, une étude épidémiologique, publiée par Corbett et al., estimait qu'environ 60 000 décès prématurés, survenant chaque année près des côtes d'Europe, d'Asie et de l'Est et d'Asie du Sud, pourraient être imputés aux émissions des navires. 

Le gouvernement français défend la création d'une zone de réduction des émissions des navires (ECA) à l'horizon 2022. L'étude d'impact vient d'être publiée, elle montre les bénéfices à limiter les émissions d'oxyde de soufre (SOx) et d'azote (NOx). 

Si les milliers de navires qui croisent en Méditerranée utilisaient un carburant avec une teneur en soufre beaucoup plus faible (0,1% contre 3,5% aujourd'hui) et si les moteurs étaient plus propres (la norme Tier III), la qualité de l'air serait nettement meilleure sur les côtes, explique Laurence Rouïl, experte à l'Institut national de l'environnement et des risques, l'Ineris qui a co-réalisé cette étude avec le Citepa, le Cerema et Plan bleu. "Si on équipe 100% de la flotte de systèmes qui limitent les émissions d'oxyde d'azote, on obtiendra une réduction des concentrations ambiantes, en moyenne annuelle, de près de 70 %. La majorité des villes portuaires seraient impactées par ces bénéfices", en France, mais aussi en Italie, en Égypte, en Grèce ou encore en Algérie. Un enjeu considérable. En 2050, environ 470 millions de personnes vivront sur les rives de la Méditerranée, soit une augmentation de 291 millions d'habitants par rapport à en 2005.   

Une ECA en 2022 ?

L'étude estime aussi que la création de cette ECA en Méditerranée permettrait d'économiser des milliards d'euros en dépense de santé publique. Un argument économique non négligeable, estime Charlotte Lepitre de l'association France Nature environnement : "L'étude montre que la création de cette zone coûterait aux alentours de 2 milliards d'euros d'investissements par an aux armateurs, toutefois, on éviterait des coûts sanitaires dans une fourchette comprise entre 8 et 14 milliards d'euros."

La France espère la création d'une zone de réduction des émissions des navires à l'horizon 2022 en Méditerranée, mais il faut d'abord convaincre les autres pays riverains et surtout l'Organisation maritime internationale. Pas évident car l'étude d'impact recommande de prendre des mesures plus strictes que celles consenties jusqu'à présent par les armateurs. Pour l'instant, l'OMI vise une réduction de la teneur en soufre des carburants à 0,5 % en 2020, le scénario de l'étude d'impact met la jauge à 0,1 %.   

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