Une grande consultation nationale sur la gestion des déchets nucléaires se déroulera du 17 avril au 25 septembre 2019. La France stocke près de 1,5 million de mètres cubes de déchets radioactifs dont 90 % à faible activité. Faut-il autoriser le recyclage des moins contaminés ? Les Français pourront se prononcer.

Photo prise en juin 2009 de centaines de "big bags" renfermant des déchets nucléaires faiblement radioactifs entreposés dans les locaux de l'usine de Pierrelatte, en attendant leur évacuation
Photo prise en juin 2009 de centaines de "big bags" renfermant des déchets nucléaires faiblement radioactifs entreposés dans les locaux de l'usine de Pierrelatte, en attendant leur évacuation © AFP / CEA / Céline JANDAURECK

Des gravats, de la ferraille, de la terre, et même des vêtements de protection utilisés dans les centrales nucléaires. On les appelle les TFA les déchets de très faible activité dont la radioactivité est inférieure à 100 000 becquerels par kilo. Ce sont les déchets nucléaires les moins nocifs, mais de loin les plus volumineux. La France en stocke environ 500 000 mètres cubes à Morvilliers dans l'Aube, mais ce site arrivera à saturation dans une dizaine d'années. Faut-il l'agrandir ? Trouver de nouveaux lieux de stockage ? Ou bien, question beaucoup plus sensible, faut-il recycler certains déchets comme les aciers et les bétons du secteur du bâtiment par exemple

Des industriels plaident pour le recyclage de certains aciers ou bétons 

Pour la première fois les Français pourront donner leur avis. "Ce volume de déchets de très faible activité va considérablement s'accroître avec les opérations de démantèlement d'installations nucléaires à venir" explique Isabelle Harel-Dutirou présidente de la Commission indépendante en charge du débat public sur la gestion des déchets nucléaires. "Il faut réfléchir s'il convient de les conserver, comme ils le sont actuellement, ou de prévoir des optimisations de leur gestion".   

C'est une particularité française, tous les matériaux (terre, acier, gravats) qui sortent d'un site nucléaire sont systématiquement considérés et stockés comme des déchets potentiellement contaminés, même si certains ont des taux de radioactivité très faible voire inexistant. Cette doctrine fait aujourd'hui débat.  Dans un rapport publié en 2016, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) lui-même estime que le dispositif actuel a acquis "une bonne légitimité", mais il propose d'étudier des pistes d'évolution comme  "le recyclage par fusion de métaux à valeur ajoutée et très peu radioactifs" ou bien "le stockage des déchets les moins actifs dans certains centres conventionnels de stockage de déchets industriels"

Le rapport propose aussi d'étudier la création d'un "seuil de libération" en deçà duquel les déchets très faiblement contaminés pourraient être "libérés" dans le domaine public car les "contraintes technico-économiques sont parfois disproportionnées au regard des enjeux radiologiques" estime le rapport.   

Un risque de contaminer des biens de consommations courants ? 

L'idée de créer un tel seuil est jusqu'à présent rejetée par l'Autorité de sûreté nucléaire. Le maintien d'une filière spécifique permet "de s'assurer que ces déchets ne se retrouvent pas dans des biens de consommation grand public" estime Lydie Evrard commissaire à l'ASN : "or à partir du moment où l'on ne trace plus les filières de recyclage, on peut avoir ce risque." 

Du côté des associations, la Criirad s'inquiète d'un éventuel changement de réglementation et veut profiter de ce débat national pour alerter l'opinion publique sur le risque de "dissémination des matériaux contaminés dans les objets de notre environnement quotidien". 

Un risque de ratage en terme de traçabilité ? Il y a dix ans, l'Autorité de sûreté nucléaire avait dû faire retirer les boutons de 600 ascenseurs en France. Des traces de contamination au cobalt 60 (à très faible dose) avaient été décelées sur ces pièces en provenance d'Inde.   

  • Le débat public sur la gestion des déchets radioactifs se déroulera du 17 avril au 25 septembre 2019. Il a été retardé au printemps pour éviter un télescopage avec le débat national. Il traitera des questions de transports, d'économie, de santé, d'environnement, d'entreposage ou encore de stockage. Il doit permettre de préparer le 5e Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR). Cette consultation, la première du genre, est menée sous la houlette de la Commission nationale du débat public (CNDP). Le débat débutera par une réunion publique à Paris, à la Maison de la Mutualité le 17 avril. 7 réunions publiques générales et 16 rencontres du débat sont prévues un peu partout en France. Les Français pourront aussi donner leur avis sur un site internet dédié.
  • La France stocke actuellement près de 1,5 millions de mètres cubes de déchets radioactifs selon le dernier inventaire publié fin 2016 par l'Andra, l'Agence nationale qui gère ces déchets.  Ces déchets proviennent majoritairement des 54 réacteurs du parc nucléaire (environ 60%), mais aussi des activités de recherche (27 %) et de la défense nationale (9 %) et dans une moindre mesure du secteur médical.    90 % des déchets stockés sont faiblement ou très faiblement radioactifs (les TFA).  Les déchets nucléaires les plus dangereux représentent 3% du volume mais  99,8% de la radioactivité. On les appelle les produits de haute activité ou vie longue (ils sont radioactifs pendant des dizaines ou des centaines de milliers d’années). Ils sont destinés à être enfouis à Bure dans la Meuse (projet Cigeo). 
  • Greenpeace participera au débat national sur la gestion des déchets nucléaires, mais le réseau Sortir du nucléaire annonce d'ores et déjà qu'il boycottera cette consultation. "Ni EDF ni l'Andra n'ont l'intention de changer leur mode de gestion des déchets radioactifs et n'envisagent de réduire leurs déchets à la source" justifie Charlotte Mijeon, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire.  Autre argument avancé par le réseau Sortir du nucléaire : "nous n'envisageons pas de pouvoir débattre sereinement alors que les opposants au projet Cigeo font l'objet d'une répression extrêmement lourde". 
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.