L'activiste de 22 ans fait une pause dans ses études pour se consacrer à plein temps la cause écologique. Autrice d'une vidéo devenue virale en Europe où elle appelle la jeunesse à "se réveiller", la Savoyarde récemment invitée à l'université d'été du Medef, veut "profiter de la tribune pour crier".

Camille Étienne s'est faite connaître du grand public grâce à la vidéo "Réveillons-nous".
Camille Étienne s'est faite connaître du grand public grâce à la vidéo "Réveillons-nous". © Daniel Sicard

À 22 ans, Camille Étienne consacre désormais tout son temps à l'écologie. La jeune femme, étudiante à Sciences Po Paris, a décidé de prendre une pause, une césure au milieu de son master pour se consacrer à la cause qui l'anime depuis des années. "On vit un moment tel que je me suis dit que ça n'attendrait pas demain, expose-t-elle. Aujourd'hui, il y a un peu de lumière sur cette jeunesse dont je fais partie, et donc je profite de la tribune qu'on me donne pour crier. C'est important de saisir cette chance qu'on nous donne d'être entendus."

Car tout s'est accéléré pour elle en quelques mois. Elle rencontre d'abord l'équipe de Youtubeurs "On est prêt", devient leur porte-parole, rencontre la militante écologiste suédoise Greta Thunberg. Puis elle profite du confinement pour écrire et tourner la vidéo "Réveillons-nous" diffusée fin mai sur Youtube, qui atteint aujourd'hui 15 millions de vues, toutes plateformes confondues, et qui a été traduite en espagnol et en anglais.

S'en suivent des invitations régulières à débattre sur des plateaux télé, et même une invitation à l'université d'été du Medef pour une table-ronde sur les conflits de génération. "L'entreprise d’aujourd’hui est fatiguée, comme la démocratie d'aujourd'hui, comme la politique d'aujourd'hui, et peut-être nous faudrait-il travailler moins, mais avec un peu plus de sens", ose-t-elle devant une assemblée d'entrepreneurs, suscitant les ricanements de l'animatrice et de l'audience.

Enfance en Savoie et bac option montagne

Le premier combat de Camille Étienne, pourtant, n'était pas écologiste. Adolescente, elle s'intéresse d'abord à la délinquance juvénile et rêve de devenir juge pour enfants. Puis vient la crise migratoire. En seconde, elle crée dans son village de Savoie l'antenne régionale jeunes d'Amnesty International, démarche des associations et va passer deux semaines avec le secours catholique à Calais.

Si elle s'est intéressée sur le tard à la cause environnement, c'est parce qu'elle a toujours vu la défense de l'environnement comme une évidence. Originaire d'un village de haute-montagne savoyard, Camille Étienne grandit entourée de nature. Son père est guide et secouriste en haute-montagne et sa mère monitrice de ski et d'escalade, sportive de haut-niveau et ancienne de l'équipe de France. "Les deux n'ont pas le bac", insiste celle qui a suivi un double cursus d'économie à Sciences Po Paris et de philosophie à l'université Paris-Sorbonne après un bac option montagne, où elle faisait des randonnées autour du Mont-Blanc avec ses professeurs de lycée. 

C'est en arrivant à Paris, pour ses études, qu'elle réalise que ses camarades n'ont pas le même rapport qu'elle à la biodiversité. "Je pense qu'on fait l'erreur de croire que les gens sont au courant [de l'urgence climatique]", analyse-t-elle aujourd'hui. Son militantisme pour l'écologie débute ici.

Camille Étienne avec Greta Thunberg devant la Commission Européenne.
Camille Étienne avec Greta Thunberg devant la Commission Européenne.

Convaincre les grands patrons et les politiques

Et maintenant qu'elle sent qu'on l'écoute, elle se voit "comme un haut parleur ou un lanceur d'alerte". "On a une société nouvelle toute entière à faire advenir et chacun à un rôle à jouer. Il se trouve que je ne sais pas trop mal parler et qu'on m'invite, donc j'en profite", résume-t-elle. Depuis le déconfinement, elle multiplie les entretiens avec des scientifiques et lit des rapports qu'elle tente de vulgariser "comme un exposé à Sciences Po". Elle en discute ensuite avec les grands patrons ou les politiques qui la sollicitent, ou les interpelle en ligne.

"J'ai les codes pour m'adresser aux élites", avance Camille Étienne. "Je leur montre que mes idées ne sont pas un truc de mecs en sarouel qui vivent en Ardèche, mais que les vidéos font le buzz et qu'il y a des millions de personnes qui pensent comme moi. Et que ces idées méritent d'être discutées"

Ses combats ? "L'urgence climatique et la biodiversité, la justice climatique et la justice sociale, qui sont très liées dans un monde où les plus riches sont ceux qui polluent le plus. C'est une société entière qui ne fonctionne plus et il faut qu'on ose bousculer le vieux monde, et amener des nouvelles valeurs." Et si la jeune femme estime qu'elle fait de la politique "en amenant dans l'espace public des idées, comme je l'ai fait au Medef", elle refuse de faire de "politique partisane". Elle s'entretient régulièrement avec des personnalités politiques, "en on et en off" et se dit prête à rencontrer tous ceux qui la sollicitent. Récemment, elle était invitée à débattre avec Nicolas Dupont-Aignan, candidat déclaré à l'élection présidentielle 2022. "Même si c'est Marine Le Pen, je serai ravie de le faire parce qu'on aurait des discussions intéressantes. Je viens de faire une table ronde avec les géants de l'énergie fossile et pour moi, c'est particulièrement intéressant".

Et quand elle n'est pas en entretien ou en interview, elle participe aussi aux actions du mouvement Extinction Rebellion. "On éteint les lumières des grands magasins qui restent allumées la nuit malgré l'interdiction ou on débouche les bouchons de glyphosate ou de Coca-Cola dans les supermarchés pour qu'ils ne soient plus vendables", raconte la jeune femme. 

Quant à savoir où elle se voit dans dix ans, elle propose une version pessimiste et une plus optimiste. "J'aimerai beaucoup que dans les années à venir on n'ait plus besoin de temps et d'énergie pour alerter sur le constat et qu'on puisse se concentrer sur ce qu'on fait. La version pessimiste serait que rien n'ait changé et qu'on doive être plus offensif", débute-t-elle, en précisant qu'elle a refusé, pour le moment, toute action violente.

Et la version optimiste ? "Ce serait d'avoir une ferme en permaculture dans ma montagne parce que tout le monde a compris le constat et que les politiques font le boulot, sourit-elle. La télé n'est pas une vocation. Ce n'est pas que plaisant d'avoir de la notoriété, ça passe aussi par son lot d'insultes quotidiennes sur les réseaux sociaux et de faire un trait sur sa vie privée. C'est aussi stressant et fatigant."

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