La branche française de Greenpeace tire la sonnette d'alarme: il y a un risque de "saturation" des déchets nucléaires au niveau mondial. En France, à La Hague, il reste "entre 5 et 7 % de place" pour stocker ces combustibles, affirme l'ONG.

La France prévoit d'enfouir ses déchets nucléaires à Bure, dans le site Cigeo, mais des physiciens appellent à poursuivre la recherche pour réduire la nocivité des combustibles.
La France prévoit d'enfouir ses déchets nucléaires à Bure, dans le site Cigeo, mais des physiciens appellent à poursuivre la recherche pour réduire la nocivité des combustibles. © AFP / FRANCOIS NASCIMBENI

Chaque année, 12  000 tonnes de combustibles usés supplémentaires doivent être entreposés dans le monde, faute de technologies de recyclage satisfaisante de ces combustibles dangereux. Des stocks qui viennent s'ajouter aux 250 000 tonnes de déchets nucléaires hautement radioactifs qui sont déjà entreposés dans des sites de stockage qui sont proches de leurs capacités maximales.

La question hautement sensible du devenir des déchets nucléaires doit être discutée au printemps prochain dans le cadre du grand débat national et Greenpeace a annoncé son intention de participer à ce débat. En amont, la branche française de l'ONG a publié ce mercredi un rapport, intitulé La crise mondiale des déchets nucléaire, qui met en garde contre une possible "saturation" mondiale.

Ce stock mondial de déchets hautement radioactifs, réparti entre une quinzaine de pays, dont la France, les États-Unis, la Russie ou encore le Japon, est entreposé pour la plupart des combustibles dans des piscines de refroidissement, comme à La Hague, à la pointe du Cotentin.

Des piscines de stockage aux capacités limitées

Au micro de France Inter, le chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace, Yannick Rousselet, alerte sur la crise qui risque de survenir de cette accumulation de déchets : "Les piscines de la Hague, aujourd'hui, sont très proches de la saturation. Il reste entre 5 et 7 % de place" pour stocker ces combustibles, affirme-t-il.

"Il n'y a pas de risque de saturation des piscines de La Hague avant 2030", a assuré mercredi un porte-parole du groupe Orano (ex-Areva), en réaction à ce rapport, assurant disposer encore de 200 emplacements (chacun représentant 5 tonnes de combustible usé), et en utiliser 20 supplémentaires par an.

Toutefois, la France anticipe une saturation et a prévu d'enfouir ses déchets les plus dangereux à Bure dans la Meuse. Ce projet Cigeo prévoit de disposer les combustibles hautement radioactives à 500 mètres de profondeur dans une couche d'argile. Une solution fustigée par le rapport, notamment parce que ces déchets, une fois enfouis, ne pourront être récupérés simplement. 

Donnons à la recherche et aux physiciens [la possibilité de] développer des méthodes pour réduire la nocivité et la durée de vie des déchets."

Des hangars à fleur de colline ?

Le physicien nucléaire de formation Bernard Laponche, l'un des co-auteurs du rapport, prône, lui, une autre solution, qu'il présente comme la moins pire: stocker les déchets dans des entrepôts en subsurface, en creusant, par exemple, "des hangars à fleur de colline".

On pourrait ainsi continuer à accéder aux déchets, ce qui permettrait à la fois de garder un oeil sur eux et de permettre aux chercheurs de continuer à travailler sur des solutions pour accélérer l'élimination de la radioactivité : "On sait qu'il faudra surveiller les déchets un peu partout pendant au moins 300 ans. [Autant] donner cette période à la recherche et aux physiciens pour développer des méthodes pour réduire la nocivité et la durée de vie des déchets."

Le rapport de Greenpeace dénonce également l'escalade des coûts de la gestion des déchets nucléaires partout dans le monde, des coûts qui ne prennent pas toujours en compte la totalité du stockage à venir. 

Le gouvernement français a fixé en 2016 à 25 milliards d'euros le projet de stockage Cigeo dans la Meuse, mais l'ONG rappelle que l'Andra, l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, avait estimé ce même projet à 35 milliards d'euros.

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