Le 15 septembre 1971, quatorze militants pacifistes fondaient au Canada l’organisation Greenpeace, devenue depuis l’une des plus influentes ONG agissant dans le domaine de l’environnement. Connue pour ses opérations très visuelles, l’association a marqué les esprits grâce à des actions coups de poing.

Banderoles, alpinistes, lieux interdits : les ingrédients efficaces des campagnes Greenpeace
Banderoles, alpinistes, lieux interdits : les ingrédients efficaces des campagnes Greenpeace © AFP / Pierre Larrieu / Hans Lucas

"Greenpeace a commencé avec l’idée que les individus pouvaient changer le monde avec une idée et un peu d’espoir" : voilà comment la directrice exécutive de Greenpeace, Jennifer Morgan, résume l'idée de l'ONG Greenpeace, cinquante ans après que 14 militants pacifistes et écologistes ont renommé leur association "Don’t make a wave committee" en "Greenpeace", du nom d'un navire qu'ils ont envoyé en mer pour tenter d’interrompre un essai nucléaire américain en Alaska. 

En cinquante ans d’existence, Greenpeace a obtenu des avancées souvent historiques dans la lutte pour la protection de la planète et pour la biodiversité. "Je pense qu’en 50 ans, Greenpeace a réalisé des choses vraiment miraculeuses" se réjouit Jennifer Morgan. Elle ne parle toutefois pas de célébration : "Il n’y a pas grand-chose à célébrer en ce moment, nous sommes dans une situation d’urgence climatique", rappelle-t-elle. Mais avec ses actions très visuelles, Greenpeace n'a pas seulement poussé des gouvernements à agir : l'ONG a aussi largement marqué les esprits. Voici huit opérations "coup de poing" qui ont forgé l'identité de l'association au célèbre logo manuscrit.

1978-1985 : Le premier Rainbow Warrior

Le premier Rainbow Warrior de Greenpeace, échoué à Auckland
Le premier Rainbow Warrior de Greenpeace, échoué à Auckland © AFP / PATRICK RIVIERE

En 1978, l’association rachète le chalutier Sir William Hardy, autrefois utilisé par le Royaume-Uni. Elle le rénove pour en faire le Rainbow Warrior, un navire marqué d’un arc-en-ciel qui se déplace sur les lieux d’essais nucléaires - c’est la première vocation de l’ONG, dont les actions initiales consistaient à aller tenter d’empêcher des essais nucléaires en pleine mer. En 1985, alors qu’il est à quai en Nouvelle-Zélande, il est coulé par les services secrets français, avec l’aval du président François Mitterrand. Aujourd’hui, les militants de Greenpeace sont toujours "sous le choc de ce que les gouvernements sont prêts à faire", et "marquent cette date chaque année depuis", explique Jennifer Morgan. Depuis, deux autres navires ont utilisé le nom mythique du Rainbow Warrior. 

2002 : Le Christ du Corcovado habillé d’une banderole Greenpeace

Le Christ Rédempteur habillé d'une banderole Greenpeace
Le Christ Rédempteur habillé d'une banderole Greenpeace © AFP / ANTONIO SCORZA

C’est l’un des lieux les plus mythiques du monde, et aussi l’un des plus difficiles d’accès : la statue du Christ rédempteur de Rio de Janeiro, au Brésil, n’a pas résisté aux activistes de Greenpeace. En 2002, les militants et militantes parviennent à y accrocher un filet indiquant "Rio 10 = second chance", en référence au sommet du développement durable qui doit alors s’y dérouler. Ils réitèrent en 2006, là encore pour interpeller les participants à un sommet sur la biodiversité. 

2009 : Une intrusion à l’Assemblée nationale

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En décembre 2009, à l’approche d’un sommet sur le climat à Copenhague, des activistes de Greenpeace interviennent à l’Assemblée nationale. En pleine séance, installés dans les bancs du public, ils sortent des affiches et banderoles jaunes, l’une des marques de fabrique de l’ONG, interpellant les dirigeants. 

Si cette intervention fait grand bruit, Greenpeace rappellera plus tard qu’elle n’a rien fait d’illégal, ses membres ayant, comme il se doit, demandé une invitation à un député et présenté une pièce d’identité à l’entrée de l’Assemblée. 

2010 : L’eau verte à Buenos Aires

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En 2010, Greenpeace s’associe à un artiste reconnu dans le domaine du Land Art, Nicolas Garcia Uriburu, dont la spécialité est de colorer de grands cours d’eau. Ainsi, ils colorent de vert le fleuve Matanza-Riachuelo, au large de Buenos Aires, connu pour être le cours d’eau le plus pollué d’Argentine. Les bateaux de Greenpeace circulent sur ce fleuve vert fluo avec un drapeau "Riachuelo : 200 ans de pollution".

2013 : Assaut sur le Tricastin

La centrale du Tricastin investie par les militants de Greenpeace
La centrale du Tricastin investie par les militants de Greenpeace © AFP / SEBASTIEN BOZON

C’est sans doute l’une des plus mémorables interventions de Greenpeace, et un très bon exemple du savoir-faire de ses militants en termes d’infiltration : à plusieurs reprises, ceux-ci ont réussi à entrer dans l’enceinte de centrales nucléaires, pourtant ultra-sécurisées, pour y porter leurs messages. Ainsi, en 2013, ils réalisent un assaut en plusieurs temps sur la centrale du Tricastin dans la Drôme : au petit matin, 29 personnes entrent sur le site. Il faut 50 minutes aux services de sécurité pour se rendre compte de l’intrusion. Ils commencent par y projeter, de nuit, des messages, avant d’y accrocher des banderoles.

Quand les forces de l’ordre interviennent, elles doivent parfois faire face à des militants suspendus dans le vide par des cordes. Pour Greenpeace, cette action démontre que les centrales nucléaires présentent de grandes failles de sécurité. 

2013 : Greenpeace parasite un grand prix de Formule 1

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Ce n’est pas l’intervention la plus marquante, mais sans doute l’une des plus inventives. En 2013, Greenpeace intervient sur le grand prix de Formule 1 de Spa (en Belgique), dont la compagnie pétrolière Shell est le principal sponsor. Pour protester contre ses projets de forage en Arctique, l’ONG n’a pas seulement déployé des banderoles sur les tribunes, elle a aussi… piégé le podium. En effet, au moment où les champions sont montés sur le podium, une petite banderole portant le slogan "save the Arctic" est sortie de la devanture du podium. Cette banderole télécommandée avait été placée là deux semaines plus tôt par les militants. Et comme ceux-ci ne manquent pas d’humour, sitôt un officiel venu ôter la banderole, une deuxième a surgi. 

2017 : Intervention éclair sur la Tour Eiffel

L'intervention en 2017 devant la Tour Eiffel
L'intervention en 2017 devant la Tour Eiffel © AFP / Jacques DEMARTHON

Même le monument le plus célèbre du monde n’a pas échappé à Greenpeace : en 2017, à quelques jours du second tour de la présidentielle française, l’ONG mène une action à la fois très polémique et très politique. En plein climat de risque terroriste, des militants parviennent à entrer sur le site de la Tour Eiffel avant son ouverture, et pendant qu’une partie de l’équipe rassure les agents de sécurité sur le caractère pacifique de leur intervention, une autre partie escalade les piliers de la Tour pour y accrocher une immense banderole "Liberté, égalité, fraternité", comme une réponse à la présence du FN au second tour de la présidentielle.

2021 : Un atterrissage… en plein Euro de foot

L'intervention échouée dans le stade Allianz Arena de Munich
L'intervention échouée dans le stade Allianz Arena de Munich © AFP / FRANCK FIFE / POOL

Le 16 juin dernier, avant le match France-Allemagne de l’Euro 2020, un pilote équipé d’un paramoteur a manqué de s’écraser sur une tribune du stade Allianz Arena de Munich. Son engin a rencontré le câble portant la caméra qui survole le stade. Deux personnes ont été blessées, mais le pire a été évité, car les tireurs d’élite, qui ne connaissaient pas la nature de l’intervention, ont failli tirer. Le militant portait un message "Kick out oil" ("Dehors le pétrole") sur son paramoteur.