La jeune activiste suédoise a annoncé qu'elle refusait un prix décerné par le Conseil Nordique visant à récompenser son engagement pour la planète. Greta Thunberg considère que les pays nordiques, en dépit de leur bonne réputation mondiale, sont loin d'être exemplaires.

Greta Thunberg lors d'un événement Fridays for Future, le 11 octobre 2019 dans le Colorado (États-Unis)
Greta Thunberg lors d'un événement Fridays for Future, le 11 octobre 2019 dans le Colorado (États-Unis) © Maxppp / Bob Pearson

"Nous faisons partie des pays qui ont la possibilité d'agir le plus. Mais concrètement, nos pays ne font toujours rien." C'est via un message posté sur son compte Instagram que Greta Thunberg a annoncé, mardi 29 septembre, qu'elle déclinait le prix environnemental décerné par le Conseil Nordique, un forum de coopération entre la Suède, le Danemark, la Finlande, l'Islande, la Norvège, les îles Féroé, le Groenland et l'Åland.

"L'action climatique n'a pas besoin d'autres prix"

"Je veux remercier le Conseil Nordique pour cette récompense. C'est un grand honneur", commence-t-elle. "Mais l'action climatique n'a pas besoin d'autres prix. Ce dont nous avons besoin, c'est que les hommes politiques et les personnes au pouvoir commencent à écouter les scientifiques. 

Les pays nordiques ont une excellente réputation dans le monde, lorsque l'on parle de climat et d'environnement. On ne manque pas de vantardise à ce sujet. On ne manque pas de belles phrases. Mais lorsque l'on en vient à nos émissions de gaz à effet de serre, et notre empreinte écologique individuelle - si l'on inclut notre consommation, nos importations, l'aviation et les transports - alors c'est une tout autre histoire." 

"L'écart entre ce que la science dit et les politiques menées dans les pays nordiques est gigantesque"

"En Suède, nous vivons comme si nous disposions de quatre planètes Terre, selon le WWF et le Global Footprint Network. Et c'est à peu près la même chose pour toute la région nordique.

En Norvège par exemple, le gouvernement a récemment accordé un nombre record de permis pour l'exploration de ressources de pétrole et de gaz. 'Johan Sverdrup', le champ pétrolier récemment ouvert [début octobre], devrait produire du pétrole et du gaz naturel pour 50 ans, ce qui devrait générer 1,3 tonnes d'émissions de CO2 au niveau mondial. 

L'écart entre ce que la science dit - la nécessité de limiter l'augmentation de la température entre 1,5 et 2 degrés - et les politiques menées dans les pays nordiques est gigantesque. _Et il n'y a toujours aucun signe de changement_.

Nous faisons partie des pays qui ont la possibilité d'agir le plus. Mais concrètement, nos pays ne font toujours rien. Alors jusqu'à ce que vous commenciez à agir en accord avec ce que dit la science, je choisis de ne pas accepter le prix environnemental du Conseil nordique, ni la récompense de 500 000 couronnes suédoises." Soit l'équivalent d'environ 46 000 euros.

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I have received the Nordic Council’s environmental award 2019. I have decided to decline this prize. Here’s why: “I am currently traveling through California and therefore not able to be present with you today. I want to thank the Nordic Council for this award. It is a huge honour. But the climate movement does not need any more awards. What we need is for our politicians and the people in power start to listen to the current, best available science. The Nordic countries have a great reputation around the world when it comes to climate and environmental issues. There is no lack of bragging about this. There is no lack of beautiful words. But when it comes to our actual emissions and our ecological footprints per capita - if we include our consumption, our imports as well as aviation and shipping - then it’s a whole other story. In Sweden we live as if we had about 4 planets according to WWF and Global Footprint Network. And roughly the same goes for the entire Nordic region. In Norway for instance, the government recently gave a record number of permits to look for new oil and gas. The newly opened oil and natural gas-field, ”Johan Sverdrup” is expected to produce oil and natural gas for 50 years; oil and gas that would generate global CO2 emissions of 1,3 tonnes. The gap between what the science says is needed to limit the increase of global temperature rise to below 1,5 or even 2 degrees - and politics that run the Nordic countries is gigantic. And there are still no signs whatsoever of the changes required. The Paris Agreement, which all of the Nordic countries have signed, is based on the aspect of equity, which means that richer countries must lead the way. We belong to the countries that have the possibility to do the most. And yet our countries still basically do nothing. So until you start to act in accordance with what the science says is needed to limit the global temperature rise below 1,5 degrees or even 2 degrees celsius, I - and Fridays For Future in Sweden - choose not to accept the Nordic Councils environmental award nor the prize money of 500 000 Swedish kronor. Best wishes Greta Thunberg”

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Sur internet, les réactions sont partagées. Une internaute salue "l'âme incorruptible" de Greta Thunberg, "chez qui l'égo, le pouvoir et l'argent ne dictent pas les actions. Si seulement les adultes au pouvoir agissaient sur les faits et pas sur l'avidité et l'égo, ce poids ne retomberait pas sur les épaules des enfants du monde", déplore-t-elle. D'autres reprochent à la jeune activiste de ne pas utiliser ce prix alors qu'elle pourrait le faire à bon escient. "C'est beaucoup d'argent. Pourquoi ne pas le prendre et l'utiliser pour lutter contre le changement climatique ?" demande un internaute.

Le Conseil nordique "respecte la décision" de Greta Thunberg

De son côté, le Conseil nordique a publié un communiqué sur son site internet, expliquant respecter la décision de la Suédoise. "Le mouvement mené par Greta influence et inspire toute une génération. Cela vaut le respect et c'est une bonne raison pour chacun, y compris en-dehors de la coopération nordique, de l'écouter."

Le président du Conseil nordique, Hans Wallmark, explique enfin que le Conseil "va maintenant se pencher avec attention" sur la manière dont l'argent du prix pourra être dépensé.

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