Quatre ONG annoncent qu'elles vont déposer un recours devant le Conseil d'État, alors que le seuil d'abattage des loups a été sensiblement relevé par un arrêté. L'animal est toujours considéré comme une espèce menacée.

Les bergers sont de plus en plus confrontés à des attaques de loups.
Les bergers sont de plus en plus confrontés à des attaques de loups. © AFP / Mohssen Assanimoghaddam

Une "trahison honteuse et scandaleuse" pour la biodiversité. Quatre associations de défense de l’environnement annoncent qu'elles vont déposer un recours au Conseil d’État, après la publication samedi d’un arrêté qui permet de tuer jusqu’à 90 voire 100 loups en 2019. Le plafond était jusqu'alors fixé à 53. Cela fait partie de la batterie de mesures annoncées au printemps par le gouvernement devant la colère des bergers, qui font face à une recrudescence d’attaques de leurs troupeaux

Le "seuil de viabilité démographique" dépassé

"Au lieu d’essayer d’organiser la cohabitation, la France ne trouve rien de mieux que de tuer de plus en plus de loups, qui est pourtant une espèce protégée par les conventions internationales", explique sur France Inter, Yves Verilhac, directeur général de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO), qui dit défendre "toute la biodiversité" : "On est passé de deux à quatre loups, puis à huit, puis à seize, et aujourd’hui on nous dit qu’on peut tuer jusqu’à 19% d’une population estimée à 530 loups." Dans le Plan Loup, adopté en 2018, le seuil de 500 était considéré comme le seuil de viabilité démographique

La population de loups en France dépasse désormais les 500 spécimens.
La population de loups en France dépasse désormais les 500 spécimens. © Visactu / Visactu

Les éleveurs soulagés

Les éleveurs, eux, saluent la mesure : "Il y avait urgence", s’est félicité dans un communiqué le collectif d’éleveurs Cercle 12. La Fédération nationale ovine, elle, s'est réjouie d'une _"reconnaissance de la pression de la prédation"_dans certains territoires. Rien qu’au mois de juillet, plusieurs attaques attribuées au loup ont été recensées en France. En Alsace, quatre brebis ont été tuées et deux autres blessées après deux attaques nocturnes. Près de Vézelay, dans l’Yonne, une éleveuse a perdu trois brebis, attaque qu’une experte a formellement attribuée au loup.  Et vendredi dernier, un loup a été abattu par un éleveur en Savoie, après un tir autorisé par la préfecture.

Des bergers alsaciens sur le qui-vive après l'attaque d'un troupeau ce mois-ci.
Des bergers alsaciens sur le qui-vive après l'attaque d'un troupeau ce mois-ci. © Radio France / Olivier Vogel

Yves Verilhac, directeur général de la LPO :

Il y a une crise économique sur l'élevage ovin, mais elle ne vient pas du loup.

"On respecte complètement les difficultés des éleveurs, mais _il ne faut pas tout mettre non plus sur le dos du loup_", estime Yves Verilhac. "On devrait parler du modèle économique et des importations. Il y a une crise économique sur l’élevage ovin mais elle ne vient pas du loup". Dans leur communiqué, les associations invitent notamment à mettre l'accent sur l’ingénierie de protection, avec de nouveaux moyens d'effarouchement comme "Fox light", dispositif lumineux pour éloigner les prédateurs des troupeaux

Les ONG déjà déboutées dans le passé

Les ONG ont à plusieurs reprises été déboutées par le Conseil d’État, qui soulignait que l’abattage était strictement encadré. "Nous avons deux mois pour faire notre recours. Nous sommes en train de le regarder attentivement, parce que _nous ne voulons pas créer de jurisprudence défavorable_", ajoute le directeur général de la LPO. 

En juin, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) a confirmé que le loup restait "une espèce menacée" en France. Le loup gris est classé "vulnérable" sur la liste rouge de l'UICN en France métropolitaine.

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