Et si l’on prenait le temps en cette période de confinement de comprendre en quoi l’homme est responsable de la pandémie ? Pour Isabelle Autissier, présidente du WWF, le fonds mondial pour la nature, les atteintes à la biodiversité sont à l’origine de cette crise. Elle espère que les États sauront en tirer les leçons.

Pour Isabelle Autissier, présidente du WWF, le fonds mondial pour la nature, les atteintes à la biodiversité sont à l’origine de cette crise
Pour Isabelle Autissier, présidente du WWF, le fonds mondial pour la nature, les atteintes à la biodiversité sont à l’origine de cette crise © AFP / Joël SAGET

FRANCE INTER : En quoi le rapport de l’homme à la nature est-il responsable de cette pandémie ?

ISABELLE AUTISSIER : "Pour nous, au WWF, le message qui s’impose, c’est que le rapport des hommes à la nature est fondamental. Or il n’y a pas d’homme en bonne santé sur une planète malade, que ce soit à cause du réchauffement, de la pollution ou de l’écroulement de la biodiversité. Les scientifiques le disent. Quand on regarde les pandémies des dizaines d’années qui viennent de s’écouler, Ebola, le SRAS, le VIH et vraisemblablement ce coronavirus, on voit bien que des milieux naturels ont été détruits par nos modes de consommation et de production. Et surtout on a laissé faire le braconnage d’espèces sauvages. De ce fait, on a rapproché les hommes d’une nature et d’animaux qui en étaient très éloignés. Avec ce rapprochement, on a favorisé le passage de micro-organismes des animaux vers les hommes et inversement. C’est le cas avec les pangolins ou les chauves-souris. On le sait déjà, la destruction de la nature favorise l’apparition de pandémies nouvelles."

Justement, l’année 2020 devait être une année cruciale pour la biodiversité, avec la COP15 prévue en Chine fin octobre. Or cette conférence mondiale, aussi importante que les COP sur le climat, est reportée. Le regrettez-vous ?

"Non, car je pense que cette COP 15 se tiendra en 2021 sur  une toute autre base. Il faut que les décideurs, les gouvernements en comprennent l’enjeu. En tout cas, nous, au WWF, on sera très attaché à faire en sorte que toute la relance de l’économie- on va mettre des centaines de milliards sur la table - ne permette pas de revenir au 'business as usual', ce système basé sur l’économie des profits qui nous a enfoncé dans la crise. Nous allons donc réfléchir à des propositions pour favoriser certains comportements vertueux et imposer des conditions à certains secteurs de l’économie. Le but est de la faire évoluer vers un modèle plus stable plus résilient et plus sûr pour les êtres humains. Car la destruction de la nature ne peut qu’être nocive. Cette nature abîmée, détruite, nous porte moins bien et nous en subissons les conséquences." 

Qu’attendez-vous alors des États ?

"Qu’ils saisissent cette opportunité ! Essayons de tirer le meilleur du pire pour changer de modèle. Sinon, nous allons repayer d’une manière ou d’une autre, que ce soit avec une pandémie ou des événements extrêmes. 

Durant cette COP 15, qui aura lieu de toutes façons, il y aura des décisions à prendre pour les 10 prochaines années. Nous attendons des engagements des collectivités, des États des citoyens. La décennie qui s’ouvre est cruciale. 

Le WWF mesure tous les deux an l’empreinte de l’homme. On a détruit en 40 ans 60% des vertébrés sauvages de la planète. Nous en perdons 2 ou 3% par an ! Ce n’est pas possible de continuer ainsi. Cette COP est décalée, ce n’est pas gravissime, mais il faut que cette crise agisse comme un révélateur. 

En attendant, les internautes peuvent aller sur le site "Earthhour.fr" pour se documenter sur la nature, voir des vidéos, ou participer à un débat public sur l’agriculture de demain. Il s'agit de la plus grande mobilisation citoyenne pour la planète organisée par le WWF. Elle avait lieu samedi soir dans une vingtaine de pays."

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