À Rouen l'adjoint EELV Jean-Michel Bérégovoy dénonce les dysfonctionnements dans la gestion de crise lors de l'incendie de l'usine Lubrizol. Il demande à ce que le préfet vienne s'expliquer devant les 71 élus de l'agglomération dès lundi, et que l'État enquête.

L'usine Lubrizol à Petit-Quevilly près de Rouen, au lendemain de l'incendie
L'usine Lubrizol à Petit-Quevilly près de Rouen, au lendemain de l'incendie © AFP / Lou Benoist

Odeur entêtante entraînant parfois des vomissements, galettes d'hydrocarbures sur la Seine, agriculteurs en plein désarroi : l'incendie spectaculaire de l'usine Lubrizol est éteint mais continue d'inquiéter malgré la mobilisation du gouvernement pour rassurer.

Au moins cinq personnes ont décidé de porter plainte contre X, selon les informations de France Bleu Haute-Normandie recueillies auprès de l'avocat de deux des plaignants. Leur action fait suite à des vomissements et malaises survenus au moment de l'incendie. 

Les derniers résultats d'analyses effectuées à Rouen "sont attendus pour aujourd'hui", selon le maire de la ville Yvon Robert.

Dans un entretien accordé à Jeanne Daucé de France Inter, son adjoint EELV, Jean-Michel Bérégovoy revient sur la gestion de crise à partir de jeudi à 2h40, lorsque l'incendie dans l'usine Lubrizol s'est déclaré. 

Trop de retard dans l'information des élus et des populations

Jean-Michel Bérégovoy estime que l'alerte n'a pas été donnée assez rapidement, et que les élus ont manqué d'informations en provenance des autorités préfectorales. 

"L’usine s’enflamme vers 2h40 et les sirènes n'ont donné l’alerte que cinq ou six heures après le déclenchement de l’incendie. Et pas dans toute la métropole.", explique-t-il

"La plupart de ceux qui devaient intervenir n’avaient ni informations, ni matériels suffisants", accuse l'adjoint au maire, "_moi j’ai été prévenu vers 5h, et on me dit qu'on n’a pas d’instruction précise. Bien sûr avec le maire, on a tenu un pc de crise, les services se sont mis en action, mais  les informations complémentaires venant de l’_État n’étaient pas assez précises ; de nombreux maires aujourd’hui disent cela aussi"

Certains maires n’ont pas eu d’informations avant 14 h dans la journée de jeudi. Soit 12 heures après le déclenchement de l'incendie. Des écoles sont donc restées ouvertes. Jeudi et vendredi. À Rouen, ce sont les chauffeurs de bus qui ont fait valoir leur droit de retrait. 

"J’ai déjà été dans ce genre de situation,  sur des incendies, et dans ces cas-là on anticipe des plans d’évacuation. Je rappelle qu'on a affaire à une usine Seveso niveau haut... ce n'est pas rien", renchérit Jean-Michel Bérégovoy.

Il y a eu un manquement de l'État

"C'est criminel"

Quarante-huit heures après l'incendie, Jean-Michel Bérégovoy constate que "les élus responsables du Plan de Prévention des Risques Technologiques n'ont toujours pas été contactés par les autorités préfectorales . Soit c’est de la négligence et c’est grave, soit c’est volontaire et c’est inadmissible." 

24 heures de manque d’information et de transparence, c’est criminel. À quoi ont servi les années de travail d’élus et de citoyens pour la mise en place de plans de protection ?  

Les élus verts de Rouen demandent donc que le préfet soit auditionné lors du conseil d'agglomération qui se déroule lundi, pour savoir ce qui a dysfonctionné. "Je suis inquiet quand je vois comment ce qui s'est passé sur cette catastrophe, car je me demande ce que ça serait sur un accident encore plus dangereux ? ", s'interroge l'élu.

Pour lui, au nom du principe de précaution, il aurait fallu attendre les résultats d'analyses encore en cours, avant de permettre aux gens de circuler à nouveau à proximité de l'usine. 

Mais on comprend bien qu'il y a un "modèle à la française", que Jean-Michel Bérégovoy entend dénoncer : "Si on alerte les gens, on va les faire paniquer et montrer que c’est dangereux. En France on préfère donc minimiser les impacts sur nos vies et sur la santé, mais désormais les gens ne veulent plus de cela". 

C’est pour ça que les ministres sont venus en masse pour dire que tout va bien. Ils savent que ce n’est pas vrai et que la polémique va enfler, il va y avoir enquête, on le souhaite et on le demande

Jean-Michel Bérégovoy demande que l'État enquête et "fasse en sorte que ceux qui ont fait qu’il y a eu dysfonctionnement, ne soient pas en première ligne dans une situation identique à l’avenir." 

La pollution, "ça va durer"

"La ville est vide, les gens ne savent pas ce qui leur arrive. Ils apprennent de manière peu précise l’état des pollutions", explique Jean-Michel Bérégovoy, qui constate que certaines personnes se déplacent avec des masques, car les yeux et la gorge piquent encore. 

Les pollutions constatées depuis jeudi ne sont pas finies. Pollution dans la Seine, débordements des bassins de rétention de l’usine, pollution sur les terres agricoles,  "Ça va durer longtemps très longtemps" estime Jean-Michel Bérégovoy.  Selon des habitués de l'usine, 8 000 m² de l'usine sont équipés d'un toit en fibrociment, matériau reconnu pour ses qualités isolantes mais qui contient de l'amiante.

"Bien sûr que ce n’est pas un danger létal. Mais dans les 6 mois ou 5 ans, ça va donner quoi cette pollution.  On nous dit qu'il n'y a pas de toxicité aiguë, ce qui veut dire que c'est n'est pas létal. Ok, on sait que ce n'est pas mortel, mais c'est quoi une pollution normale ?" Pour l'élu vert, "toute pollution a un incidence et l'accumulation finit par être dangereuse pour notre santé".

Il y a déjà eu un incendie dans cette usine il y a six ans, et les élus écologistes de Rouen demandent à ce qu'on s’interroge sur le maintien de cette entreprise à côté des silos à grains et à sucre. "Quand on pense que la métropole travaille à un projet de quartier d'habitation au pied de l’usine Lubrizol, c'est hallucinant ! Imaginez la même catastrophe dans 5 ans, avec 5 000 habitants dans le voisinage de l'usine."

Ces usines ne devraient plus exister au cœur des agglomérations.

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