Selon le bilan établi à la mi-journée par le ministère de l'Intérieur, les inondations dans l'Aude ont fait dix morts et plusieurs blessés graves. Des précipitations exceptionnelles liées à un phénomène difficile à prévoir : les "épisodes méditerranéens".

Pont emporté dans la nuit du 14 au 15 octobre dans les inondations qui ont frappé Villegailhenc, dans l'Aude.
Pont emporté dans la nuit du 14 au 15 octobre dans les inondations qui ont frappé Villegailhenc, dans l'Aude. © Radio France / Alain Gastal

À la mi-journée ce lundi, le bilan provisoire des inondations dans l'Aude établi par le ministère de l'Intérieur s'élève à dix morts et plusieurs blessés graves, un bilan encore "susceptible d'évoluer" car "les précipitations sont qualifiées d'exceptionnelles et ont généré localement l'équivalent de trois mois de pluie concentrées sur quelques heures", d'après la place Beauvau. Dans la matinée, 8 000 personnes étaient privées d'électricité dans l'Aude et l'Hérault.

La crue de l'Aude a atteint en un temps record des niveaux historiques : d'après Vigicrues, dans la ville de Trèves située dans la vallée de l'Aude, le fleuve a atteint 7,68 m. Une crue "proche mais inférieure à la crue de 1891", ajoute le service : à l'époque, l'Aude avait atteint 7,95 m.

Rencontre d'air chaud et d'air froid

Comment la météorologie analyse-t-elle cet événement ? Le phénomène est bien connu des spécialistes, pourtant il continue à poser problème : il s'appelle "épisode méditerranéen" ou parfois "orage cévenol" (même si la situation ne se limite pas du tout aux Cévennes) et se produit en général à l'automne. 

À cette saison, l'eau de la mer Méditerranée est en général plus chaude et s'évapore plus facilement, et entre donc, une fois dans l'atmosphère, avec des masses d'air plus froides, car l'air, lui, a tendance à se refroidir en automne. C'est cela qui provoque l'apparition d'orages particulièrement violents. Ils sont encore renforcés quand la masse d'air vient heurter une chaîne montagneuse ou une bulle d'air encore plus froide.

Des phénomènes difficiles à prévoir

Conséquence : des cumuls de précipitations considérables accompagnés d'orages violents, qui peuvent provoquer de vastes dégâts. En juin 2010, par exemple, près de Draguignan dans le Var, il était tombé 461 mm de pluie en 12 h, soit l'équivalent de la moitié de ce qui tombe en une année entière

La difficulté, c'est que ces phénomènes sont extrêmement difficiles à prévoir. Météo-France estime qu'ils se produisent trois à six fois par an en moyenne, mais les modèles climatiques sont conçus à trop grande échelle : "À cette échelle, les spécificités du climat ne peuvent pas être correctement représentées", explique l'institut météo. Un programme de recherche international porte sur ce type de phénomènes, dont la fréquence reste aléatoire.

L'influence du réchauffement en question

Le passage de l'ouragan Leslie au Portugal a-t-il pu provoquer cet épisode ? "Cela n'a rien à voir", a rappelé sur franceinfo Jérôme Lecou, prévisionniste à Météo-France, précisant que "la tempête Leslie n'existe plus en tant que telle" et dénonçant "un amalgame douteux". 

Faut-il, alors, l'imputer au réchauffement climatique ? C'est difficile à dire si l'on regarde cet épisode méditerranéen comme un événement isolé. En revanche, les projections envisagent que les précipitations moyennes seront en baisse à partir du milieu du XXIe siècle, et qu'en revanche, la fréquence de ce type d'événements violents devrait s'accentuer. 

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