Une enquête réalisée auprès de 10 000 jeunes de 16 à 25 ans dans dix pays, du Nord au Sud, révèle l’anxiété chronique de cette génération vis-à-vis de la crise climatique. Les trois quarts d'entre eux pensent que le futur est « effrayant » et 60% estiment que les gouvernements ignorent leur détresse.

Des jeunes participent à une grève scolaire pour le climat, à la Haye le 24 juin 2021
Des jeunes participent à une grève scolaire pour le climat, à la Haye le 24 juin 2021 © AFP / BART MAAT / ANP MAG / ANP VIA AFP

L’ "éco-anxiété", le mal du siècle ? 59% des jeunes sont "très inquiets" voire "extrêmement inquiets" à propos du changement climatique. Plus de 50% se sentent "anxieux, en colère, impuissants ou impuissants et coupables", selon les résultats de cette étude menée dans dix pays, "la plus vaste" auprès des jeunes à ce jour sur le sujet. 

Réalisée par des chercheurs britanniques, finlandais et américains, elle sera publiée prochainement dans la revue Lancet Planetary Health. Elle établit pour la première fois un lien entre la perception de l'inaction des gouvernements et la détresse psychologique des jeunes.

Plus de la moitié des jeunes terrifiés par le changement climatique

Je me souviens avoir été si anxieuse qu'il m'était difficile d'aller travailler ou de me lever le matin

Ils sont 45% à avoir déclaré que leurs sentiments à propos du changement climatique avaient un impact négatif sur leur vie quotidienne et leur fonctionnement, avec « un nombre élevé de pensées négatives sur le changement climatique ».

C’est le cas de Lotta, une finlandaise de 24 ans engagée dans la lutte pour l'écologie, interrogée par France Inter. "Quand je pense au changement climatique, les premières émotions qui me viennent à l'esprit sont l'anxiété et la tristesse. L'avenir est si incertain et j'ai l'impression d'avoir été privée d'une vie normale."

"Il y a eu un pic de mon niveau d'anxiété en 2018, après la publication du célèbre rapport du GIEC", poursuit Lotta. "Je me souviens avoir été si anxieuse qu'il m'était difficile d'aller travailler ou de me lever le matin. Je me sentais mal de continuer à vivre normalement après cela."

L'enquête, financée par l’ONG Avaaz, a été réalisée en Australie, au Brésil, en Finlande, en France, en Inde, au Nigéria, aux Philippines, au Portugal, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.

En France, 77% des 16-25 ans pensent que nous avons échoué à prendre soin de la planète (contre 83% au niveau mondial) et 61% qu'ils auront moins d'opportunités que leurs parents. Près de la moitié considèrent qu'ils ont été trahis par le gouvernement, et seulement un quart estime que celui-ci fait "assez pour éviter une catastrophe" écologique.

Ils hésitent à avoir des enfants

"Nous ne mesurons pas seulement ce qu'ils ressentent, mais ce qu'ils pensent. Quatre [jeunes] sur dix hésitent à avoir des enfants" pour des raisons écologiques, précise Caroline Hickman, chercheuse à l’université de Bath et co-autrice de l’étude, dans une interview à BBC News. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Ophélie, une française de 23 ans, ne veut pas de descendance, elle explique pourquoi : "Moi-même, je ne suis même pas sûre de survivre jusqu’à la fin, donc je me dis que si j'en avais un, il mourrait peut-être à 40 ans...Ce qui n'a pas de sens.

Pour elle l'éco-anxiété a débuté avec la dernière publication du GIEC le 9 août dernier. "Il y avait vraiment écrit noir sur blanc que quand les enfants nés en 2021 auraient 30 ans, la vie humaine telle que nous la connaissons aujourd'hui serait inévitablement transformée."

Les jeunes des pays du Sud, plus inquiets

75% des jeunes jugent le futur "effrayant" dans les dix pays étudiés, taux qui monte à 92% aux Philippines, à 86% Brésil et à 80% en Inde. Selon les auteurs du rapport, les niveaux d'anxiété semblent être les plus élevés dans les pays où les politiques climatiques gouvernementales sont considérées comme les plus faibles, et où le changement climatique est le plus visible.

"J’ai grandi avec la peur de me noyer dans ma propre chambre", lâche Mitzi Jonelle Tan, une militante philippine pour l'écologie âgée de 23 ans, dans une vidéo de l'ONG Avaaz. Dans son pays, régulièrement touché par des typhons, 93% des jeunes considèrent que nous avons échoué à protéger la planète. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Les jeunes brésiliens sont eux les plus nombreux à se sentir "trahis par leur gouvernement" (77%) sur la question climatique, et 78% à penser que celui-ci ment sur l'impact des mesures prises pour le climat. 

La Finlande est au contraire le pays où les jeunes apparaissent comme les moins abattus (seulement 56 % déclarent le futur effrayant). Globalement, on s’inquiète plus dans l’hémisphère Sud, et le Portugal, particulièrement sujet aux feux de forêt, est le pays du Nord le plus inquiet.