Dans le cadre de notre deuxième "le plastique, non merci", trois questions à Jean Jouzel, climatologue et ancien vice-président du GIEC. Il participe actuellement à la rédaction d'un rapport sur le plastique avec ses collègues de l'Académie des Sciences.

Le climatologue Jean Jouzel
Le climatologue Jean Jouzel © AFP / Ludovic Marin

Le constat sur l'invasion des océans par le plastique est accablant, tout comme celui sur la faible part du plastique recyclé. Récemment, le Fonds mondial pour la nature (WWF) estimait que quelques 12 millions de tonnes de déchets plastiques finissent chaque année dans les océans. La quantité accumulée pourrait augmenter de 40% d’ici 2030.

Les membres du comité environnement de l'Académie des Sciences planchent actuellement sur l'état des recherches et des connaissances sur ce matériau si encombrant, si mal recyclé, et pourtant si essentiel aux activités humaines.

FRANCE INTER : La production du plastique ne cesse d'augmenter et le recyclage ne concernerait que 15% des emballages (40 ans après le lancement du logo bien connu du recyclage). Sommes-nous dans une impasse ?

JEAN JOUZEL : "Il y a un vrai dilemme. Certains disent que c'est une matière indispensable, pour l'alimentation, la médecine, la santé. Il y a bien des secteurs pour lesquels le plastique a été un progrès. Il faudrait donc préserver ses avantages, le remplacer quand c’est possible, et en prendre soin car on ne peut pas tout d’un coup l'abandonner. Le recyclage est insuffisant, c'est vrai, et notre capacité à trier est en question. Il faudrait recycler à 100%."

Quel est l'objet du rapport en cours d'élaboration ?

"Il nous faut mieux connaître les comportements des matières plastiques. C'est l'objet même de ce rapport : faire une synthèse des recherches en cours. Par ailleurs, nous sommes tous sensibilisés à l'invasion du plastique dans les régions côtières et en pleine mer, mais un des points soulevés par le comité environnement, c’est de voir comment se comportent les plastiques dans les sols. Tout n'est pas blanc ou noir, il existe des plastiques qui se décomposent rapidement, d'autres non. On pourrait aussi imaginer de la chimie verte, pour ne pas avoir à utiliser de combustibles fossiles dans la fabrication des plastiques. On examine toutes ces pistes."

Quelles solutions entrevoyez-vous ?

"Je crois qu'il y a d'abord une question de responsabilité individuelle dans cette affaire, c'est vrai. Je fais très attention au plastique et je suis loin d'être exemplaire. Lors d'une conférence en Ille-et-Vilaine récemment, les producteurs agricoles me disaient que les emballages plastiques leur étaient imposés par les consommateurs. C’est donc notre comportement individuel qui est important.

Je serais personnellement favorable à la consigne de plastique car il y a des pays où ça marche. On pourrait imposer des comportements,  comme ramener sa bouteille de lait en plastique pour pouvoir en acheter une autre. Vous savez, dans ma jeunesse, on ramenait les bouteilles. La consigne, on n'en mourait pas, quand même ! C'est vrai qu'il y a aussi un aspect économique à prendre en compte dans ce genre de transition, car on nous dit que ça coûte cher. Il faut, je crois, revenir vraiment vers des choses plus durables."

Les sigles des principaux types de plastiques

Les sigles des principaux types de plastique
Les sigles des principaux types de plastique / Fondation Ellen Mac Arthur

#leplastiquenonmerci

Dans le cadre de la Journée mondiale de l’environnement le mercredi 5 juin, France Inter et Konbini consacrent une deuxième journée au plastique, véritable fléau pour le climat, les écosystèmes marins et notre santé. 

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