L'aventurier explorateur présente le Polar Pod, un navire laboratoire d'un nouveau genre conçu pour une nouvelle campagne océanographique dans l'océan austral fin 2023.

Le Polar pod va dériver dans l'océan austral pendant près de 3 ans pour recueillir des données le maximum de données sur le climat, la biodiversité et divers polluants
Le Polar pod va dériver dans l'océan austral pendant près de 3 ans pour recueillir des données le maximum de données sur le climat, la biodiversité et divers polluants © POLAR POD Expédition

Haut de 100 mètres, avec une partie immergée de 80 mètres, le Polar Pod est à mi-chemin entre une plateforme océanographique et un navire.   Une sorte de "culbuto des mers" selon Jean-Louis Etienne, capable d'affronter les vagues géantes des cinquantièmes hurlants, cette zone de l'Océan austral qui borde l'Antarctique.  

Il aura fallu dix ans pour que ce nouveau vaisseau digne d'un roman de Jules Verne sorte des cartons. L'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer, l'Ifremer, partenaire et maître d'ouvrage, vient de lancer les appels d'offre pour sa construction dont le budget n'a pas été révélé. Reste aussi à boucler les financements, un partenariat public-privé.  

Trois ans pour faire deux fois le tour de l'Antarctique 

Ce laboratoire flottant, "véritable arbre de noël bardé de capteurs" va effectuer deux tours du monde pendant trois ans, en dérivant lentement sur l'océan austral, porté par le courant circumpolaire antarctique.  "C'est un bateau qui n'a pas de moteur, sa vitesse devrait tourner en moyenne autour de 1 km/heure" détaille Jean-Louis Etienne. Il sera autonome en électricité grâce à six éoliennes.   

L'objectif de cette expédition scientifique, coordonnée par le CNRS, en partenariat avec l'Ifremer et le Centre national d'études spatiales (CNES), est de recueillir le maximum de données sur la biodiversité, la pollution et le climat. L'océan austral, 22.000 km de circonférence est une formidable pompe à CO2. Le carbone se dissout dans ses eaux froides.  On estime que l'océan austral absorbe à lui seul la moitié de l'ensemble du CO2 absorbé par les océans.  

L'aventure du Polar Pod - imaginé ici en cas de tempête - sera suivi par des scolaires
L'aventure du Polar Pod - imaginé ici en cas de tempête - sera suivi par des scolaires / POLAR POD Expédition

Etudier la biodiversité, la pollution et le climat

Le Polar Pod va compléter les moyens existants de recueil de données par satellite, mouillage et robots autonomes. Une contribution bienvenue car les chercheurs manquent de mesures in situ de longue durée dans cet océan de l'extrême, difficilement accessible : "comme beaucoup de mes collègues, j'étais désespérément à la recherche de mesures de terrain dans cette région", explique Séverine Alvain, directrice du programme de médiation et valorisation sociétale du Polar Pod. Cette chercheuse au CNRS développe des outils d'observation par satellite, "je vois des signaux dans cette zone que je suis incapable de nommer parce qu'on n'y va pas suffisamment". 

Par rapport aux autres bateaux laboratoires traditionnels le Polar Pod, une plate forme présente plusieurs avantages pour la collecte de données estime le directeur scientifique de l'expédition, David Antoine, directeur de recherche CNRS à l’Observatoire océanologique de Villefranche-sur-Mer et professeur à Curtin University en Australie : "_Contrairement à un navire ballotté par les flots, cette plateforme  sera plus stable, ce qui a un intérêt pour un certain nombre de mesure_s". Autre avantage ? Le Polar Pod est silencieux, il dérive, il n'y a pas de bruit de moteur "ce qui permet  des mesures acoustiques dans de bonnes conditions" précise David Antoine,  "cela permet aussi de perturber le moins possible par le bruit le milieu océanique". 

"Recueillir du son de l'océan austral qu'on n'a jamais entendu"

Au total, 80 scientifiques devraient se relayer à bord de laboratoire flottant pendant la durée de l'expédition prévue pour durer environ trois ans. L'équipage composé de trois marins et de quatre scientifiques sera relevé tous les deux mois. Un vrai défi dans ces mers agitées,  explique Jean-Louis Etienne, qui y voit des points de comparaison avec la Station spatiale internationale SSI. 

L'expédition doit partir de Port Elizabeth en Afrique du Sud au mois de décembre 2023. Le Polar Pod devrait achever ses deux tours du monde en décembre 2026  pour les 80 ans de Jean-Louis Etienne. L'infatigable aventurier compte bien être l'un des premiers à embarquer sur ce bateau vertical.