Les enjeux environnementaux retrouvent un écho en France, avec les récents succès des marches pour le climat et de la pétition "L'affaire du siècle". Mais lors qu'ils ne sont plus audibles, les militants écologistes cherchent de nouveaux moyens pour mettre leurs préoccupations sur le devant de la scène.

Une marche pour le climat, à Paris, en octobre 2018.
Une marche pour le climat, à Paris, en octobre 2018. © Radio France / Nathanaël Charbonnier

Décrocher les portraits d'Emmanuel Macron dans les mairies pour dénoncer l'inaction climatique de l'État français. Voilà le dernier fait d'arme de militants écologistes. Un acte salué par le porte-parole d'Europe Écologie-les Verts, Julien Bayou, mais qualifié "d'atteinte aux symboles de la République" par le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, sur Twitter. Faut-il toujours en arriver là pour défendre pour défendre la cause environnementale ? Tour d'horizon des différents moyens d'actions.

Les moyens d'expression traditionnels

Un vent nouveau souffle depuis l'été 2018. Le climat fait un retour en force sur le devant de la scène médiatique. Sans doute faut-il y voir un électrochoc créé par la démission de Nicolas Hulot, en direct sur France Inter, le 28 août dernier. Les collectifs de citoyens se mobilisent et se structurent pour organiser, dans 175 villes de France, une grande marche pour le climat, le 8 septembre. Une manifestation, moyen d'expression le plus classique qui soit. Une volonté affichée de l'un des organisateurs, Maxime Lelong, pour mobiliser le "plus grand nombre" et pour "rappeler au gouvernement que le climat n'est pas une option". Cette grande marche est un succès. Elle mobilise des milliers de Français, qui décident de continuer le mouvement, au coup par coup. Le modèle s'exporte même en Belgique et rencontre une certaine aura chez les jeunes.

Autre manière de sensibiliser des plus classiques, celle choisie par Greta Thunberg, une Suédoise de 16 ans qui est à l'origine d'un mouvement sans précédents. Le 21 août dernier, au lieu d'aller en cours, elle s'est posée devant le Parlement de son pays avec une petite pancarte "En grève scolaire pour le climat". Son appel à l'école buissonnière, les vendredis, est entendu aux quatre coins du monde. La militante s'est même rendue à Paris, le 22 février, pour participer à la marche pour le climat aux côtés des jeunes français. Elle a été reçue, à sa demande, par Emmanuel Macron.

Preuve d'un réel engouement pour la cause environnementale, la pétition "L'affaire du siècle" lancée en décembre par quatre ONG dépasse aujourd'hui les deux millions de signatures. Du jamais vu en France. Cette pétition vise à assigner l'État en justice pour inaction climatique. 

La désobéissance civile

La désobéissance civile est aussi l'un des moyens d'expression utilisés par les militants écologistes pour faire entendre leur cause. L'exemple le plus marquant est sans aucun doute la zone à défendre (ZAD). Le terme n'est apparu qu'au début des années 2010, mais le mode d'action est un héritage de la lutte du Larzac. Dans l'Aveyron, dans les années 70, des élus, citoyens et riverains s'étaient unis contre l'extension d'un camp militaire, finalement abandonné, une décennie plus tard. 

Notre-Dame-des-Landes, par la suite, va populariser la notion de ZAD. Des militants écologistes se mobilisent contre un vaste projet d'aéroport. Ils s'installent sur les lieux pour empêcher les expropriations et le début du chantier. Une occupation illégale sur des parcelles parfois privées qui attire l'attention des médias et des pouvoirs publics. Le pari est réussi et le projet d'aéroport lui aussi enterré, en 2018.

Cette désobéissance civile se voulait, à la base, non-violente. Mais à l'instar de la ZAD de Bure, en Meuse, contre le projet d'enfouissement de déchets nucléaires, elle sera entachée d'affrontements entre zadistes et forces de l'ordre, lors de l'évacuation du site de Notre-Dame-des-Landes.

L'évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes a eu lieu en avril 2018.
L'évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes a eu lieu en avril 2018. © Visactu / Infographie

Les méthodes plus radicales

Un visage illustre les actions coup de poing menées par les écologistes. Celui de José Bové. Opposant à l'extension du camp militaire du Larzac et à l'implantation d'un restaurant McDonald's à Millau, l'agriculteur va mener un autre combat à la fin des années 90 : la lutte contre les OGM, qu'il décide de médiatiser par des opérations de fauchage de champs minutieusement orchestrées. Ces actions lui ont valu plusieurs condamnations.

Les associations anti-nucléaires, à l'image de Greenpeace, sont elles aussi coutumières des actions radicales. En 2011, deux militants parviennent à entrer sur le site de la centrale de Cruas, en Ardèche, pour démontrer "la vulnérabilité et la dangerosité de la centrale". Rebelote en octobre 2017 sur le site de la centrale de Cattenom dans la Moselle, où huit militants parviennent à déjouer la sécurité des lieux.  "Ces actions, on ne les fait pas de gaieté de cœur, mais on est obligés de franchir la ligne jaune, disait l'un des activistes à franceinfo. L’action permet de montrer une détermination". Et surtout de faire parler. Sur ce point, l'objectif est atteint. Quatre mois plus tard, les militants de Greenpeace sont condamnés à des peines allant de cinq mois de prison avec sursis à deux mois ferme.

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