Ce mardi matin sur France Inter, Bruno Retailleau a affirmé que l'Allemagne émettait dix fois plus de CO2 par kilowatt-heure produit que la France. C'est vrai et cela s'explique par les choix énergétiques de l'Allemagne.

Depuis les bords de Seine, vue sur les cheminées de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine dans l'Aube
Depuis les bords de Seine, vue sur les cheminées de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine dans l'Aube © Radio France / Caroline Caldier

"Je suis favorable à ce que de plus en plus d'énergies renouvelables puissent prendre le relais ; en revanche je dis attention, car le nucléaire,  (...) c'est beaucoup moins de gaz à effet de serre rejeté. L'Allemagne, pour le kilowatt-heure produit, c'est dix fois plus de gaz à effet de serre, c'est dix fois plus de particules" : ce mardi matin sur France Inter, le président du groupe Les Républicains au Sénat Bruno Retailleau s'est appuyé sur l'exemple de l'Allemagne pour proposer qu'on ne ferme pas de façon précipitée les centrales nucléaires. 

En Allemagne, où la fermeture des centrales nucléaires a été accélérée (avec une fermeture totale à l'horizon 2022), les énergies renouvelables ont effectivement été largement poussées par les autorités. Aujourd'hui moins de 15% de l'électricité allemande vient du nucléaire quand près d'un tiers est le fruit de ces énergies, essentiellement l'éolien et le solaire. Cela a-t-il vraiment causé une telle explosion des émissions de gaz à effet de serre ? 

Plus de charbon et de gaz en Allemagne

Le chiffre avancé par Bruno Retailleau est vrai : "Il y a effectivement un facteur 10 sur le taux d'émission de CO2 par KWh : la France est autour de 50 grammes, l'Allemagne entre 400 et 600 selon les années", explique Sylvain David, chercheur du CNRS à l'institut de physique nucléaire d'Orsay. "Mais ce n'est pas dû aux énergies renouvelables : c'est lié au fait que l'Allemagne continue à faire beaucoup de son électricité avec du charbon et du gaz", précise-t-il. 

"L'Allemagne a fait le choix d'augmenter massivement les renouvelables, de façon assez impressionnante, pour compenser la fermeture de centrales nucléaires plutôt que de centrales au charbon et au gaz : de fait, les émissions de CO2 ne baissent pas très vite.

Les émissions "grises" ont peu d'influence

C'est donc la répartition des énergies plutôt que le passage au renouvelable qui explique cette différence énorme entre la France et l'Allemagne. Car à l'inverse, la France a accordé une place considérable (plus de 70% de l'énergie consommée) au nucléaire qui, bien que dangereux et producteur de déchets nocifs, ne génère pas du tout de CO2 : "A la production, le nucléaire comme le photovoltaïque et l'éolien ne font pas d'émissions de CO2 : il n'y a aucune combustion de charbon, de gaz ou de pétrole pendant la production d'électricité", explique Sylvain David. 

Quid de ce que l'on appelle les émissions "grises", c'est-à-dire celles qui sont associées non pas directement à la production d'électricité mais à la construction des équipements. "Pour le nucléaire et l'éolien elles sont très faibles, autour de 10g/KWh. Le photovoltaïque est plus élevé, de l'ordre de 80g/KWh - mais souvent, les panneaux photovoltaïques sont produits en Chine, pas en France ni en Allemagne. Tout cela reste malgré tout très loin du gaz et du charbon, qui produisent respectivement 500 et 1000g de CO2/KWh environ". 

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