Est-ce la fin d’une aventure inédite de plus d’un an ? En tout cas c’est une page qui se tourne pour les 150 citoyens tirés au sort. Leur mission se termine. Et ils viennent de juger très sévèrement le gouvernement avec des notes de 3 sur 10 à 5 sur 10 selon les thèmes. Ce camouflet est à la hauteur de leur déception.

La mission des 150 citoyens tirés au sort se termine. Il est temps pour eux de regarder dans le rétroviseur et d'établir un bilan
La mission des 150 citoyens tirés au sort se termine. Il est temps pour eux de regarder dans le rétroviseur et d'établir un bilan © Radio France / Célia Quilleret

Leur mission était ardue : rédiger des propositions visant à "réduire les gaz à effet de serre de 40% d’ici 2030, dans un esprit de justice sociale". Pas question en effet, pour le gouvernement, de traverser à nouveau une crise comme celle des "gilets jaunes" !

Cette mission, les 150 l’ont acceptée. Ils ont travaillé d’arrache-pied pendant plusieurs mois, ils se sont formés, ils ont planché durant sept longs week-ends, certains se sont même investis au quotidien, en plus de leur vie professionnelle. En juin, ils ont formulé 150 propositions, et aujourd’hui ils regardent avec une certaine amertume le projet de loi qui en résulte. 

Ce dimanche 28 février, pour leur ultime journée de travail, ils ont été invités à noter le gouvernement avec des appréciations de 1 à 10 et le résultat est très médiocre : les notes tournent autour de 3/10 sur le logement et les transports, elles ne dépassent pas 4 sur 10 sur les mesures qui concernent la consommation et la nourriture. Un exemple est frappant : à la question, le projet de loi "Climat et résilience permettra-t-il de limiter les effets néfastes du transport aérien", la note moyenne des citoyens est 2,8 sur 10 ! Une très mauvaise évaluation qui en dit long sur la faiblesse du projet de loi à leurs yeux. Seule bonne note, 6/10 sur la modification de l'article 1 de la Constitution, tout simplement parce que le président a accepté de soumettre cette modification à référendum.

Emmanuel Macron, à l’origine de cette Convention, leur avait promis de transmettre leurs propositions, sans filtre; au Parlement. Finalement, des mesures ont été rabotées, d’autres ont disparu, et le projet de loi final, s’il comporte de grandes avancées, n’est selon eux, pas à la mesure de leur travail et de l’enjeu. 

Sylvain Burquier : "On n’y est pas"

"Ma seule question, s'interroge Sylvain Burquier, c’est pourquoi on nous 'bassine' les oreilles avec l’urgence climatique pour mettre en place des mesures de petits bras ?' Et d’ajouter : "L’interdiction des terrasses chauffées par exemple, ce n’est pas le sujet, c’est plutôt comment on va gérer les 300 millions de réfugiés climatiques qui vont arriver si on ne fait rien". Il ne veut pas que les 150 soient déçus à la sortie parce que les "mesures sont au rabais".

À l'issue de cet ultime week-end de travail, ils vont pouvoir publiquement et collectivement dire ce qu’ils pensent de cette loi. Ils vont même pouvoir discuter de l'utilité même de cette convention. Il n'est pas étonnant que les ministres n'aient pas eu la moyenne si l'on en croit Agnès Catoire. "Il y a eu plusieurs avis négatifs, émanant du Cese (Conseil économique, social et environnemental), du Haut Conseil pour le climat, ou du Conseil d’État ", détaille-t-elle. "Tous allaient dans notre sens, ils disaient que ce projet de loi en l'état serait insuffisant pour réduire les gaz à effet de serre de 40%, et malgré tout le gouvernement n’a rien fait de plus. C'est donc bien qu’il ne veut pas aller plus loin", conclut-elle.

William Aucant : "Les premiers pas sont franchis, mais il manque la feuille de route complète"

S’il "voit le verre aux trois quarts vide", s’il a "besoin de plus d’engagements", William Aucant, un autre citoyen désormais engagé en politique, est "mal à l’aise" pour noter le gouvernement. Il regrette surtout que l’une des mesures les efficaces pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, à savoir l’obligation de rénovation globale des bâtiments, ait été écartée. Pour lui, "on passe à côté d’un magnifique levier et on remet à plus tard quelque chose qui est nécessaire et qui aurait permis de créer des emplois".

Parmi les citoyens, certains sont plus indulgents, ils ont appris à être compréhensifs et ils ne sont pas insensibles aux messages des ministres qui leur ont dit de ne pas donner une mauvaise image de leur travail et de ne pas sous-estimer les résultats.

Mélanie Cosnier : "Je comprends le gouvernement : toutes nos mesures ne pouvaient pas passer"

La vice-présidente de l'association "les 150" ne veut pas noircir le tableau. "Les lobbies, on les a rencontrés", raconte-t-elle, "on ne peut pas changer de système du jour au lendemain et on a rendu notre rapport en juin". Pour elle, "il faut continuer à sensibiliser la population". "Si tous les Français avaient été formés comme nous, il aurait été plus facile de faire passer les mesures", ajoute-t-elle. Mais "c’est un travail de longue haleine, un travail de fourmi". Pour elle, l’aventure n’est pas du tout terminée, c’est une autre page qui s’ouvre et elle ne regrette pour rien au monde cette "super expérience".  

Les citoyens veulent désormais convaincre les députés et les sénateurs de porter le flambeau pour améliorer le projet de loi qui sera examiné en séance plénière à partir du 29 mars. Des milliers d'amendements sont en préparation. Le débat pourrait durer trois semaines.