Si rien n'est fait, il pourrait y avoir trois fois plus de déchets en plastique dans les océans d'ici 2040. C'est la conclusion d'une étude publiée par "Science", qui révèle des aspects également positifs. En cas de changement de politique, la tendance peut s'inverser considérablement.

Si rien n'est fait, la pollution palstique dans les mers et les océans pourrait tripler en 20 ans seulement.
Si rien n'est fait, la pollution palstique dans les mers et les océans pourrait tripler en 20 ans seulement. © AFP / ORLANDO SIERRA

Il y a deux façons de lire l'étude publiée dans "Science", la négative et l'optimiste. 

Pour ceux qui voient le verre à moitié vide, le statu quo conduira à faire étouffer les océans sous le plastique. Le panel de 17 experts  internationaux indique qu'à ce rythme, les rejets de plastique pourraient tripler d'ici 2040

En 2016, les rejets dans la mer étaient de 11 millions de tonnes par an. Ils devraient passer à près de 30 millions en 2040. La nappe de plastique qui flotte sur les océans aurait une surface quatre fois plus importante qu'aujourd'hui. Les dégâts, déjà visibles, seraient ravageurs pour la pêche, la santé, l’alimentation et les émissions de gaz à effet de serre.

Les mesures actuelles ne permettraient, selon les modélisations réalisées par les experts, de réduire l'ampleur de cette pollution majeure de 7% seulement. L’interdiction au niveau européen des plastiques à usage unique ou encore des microbilles de plastique ont été obtenus suite à une prise de conscience générale. Mais ces mesures sont loin d'inverser la tendance.

Une tendance que l'on peut pourtant inverser

C'est l'autre lecture possible de cette étude : la nappe de plastique qui navigue sur les océans peut se réduire. Avec un engagement fort de par le monde, l'objectif de 80% de réduction plastique est réalisable.

La pierre angulaire de toute politique ambitieuse est de réduire la production, la consommation, de plastiques inutiles. Dans la ligne de mire : les produits à emballage plastique à usage unique. Tant que leur niveau de production ne baissera pas et que des produits de substitution ne sont pas privilégiés, ce type de déchets continuera de souiller les océans.

Pour Jean-François Ghiglione, directeur de recherche CNRS à l’observatoire océanologique de Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), interrogé par France Inter, "c'est une étude importante. Si tout le monde travaille ensemble - pouvoirs publics, consommateurs et industriels - on pourrait venir à bout de cette pollution plastique. L'étude apporte la preuve qu'il n'y a pas besoin de nouvelles solutions. Elle a mis en calcul les différentes solutions existantes pour arriver à ce résultat. C'est réalisable."

Les experts soulignent la nécessité de déployer une véritable filière de retraitement, de recyclage 50% du plastique collecté en Europe est envoyé dans des pays où se sont développés des filières souvent informelles (Bangladesh, Chine). La convention qui régule ces flux a été récemment durcie : les pays pollueurs vont devoir gérer leurs déchets.

Le chercheur Jean-François Ghiglione entend faire de cette accélération des politiques le début d'une nouvelle ère. "Les plastiques vont durer pour des générations. On était dans l'ère du plastique", dit-il. "Si vraiment toutes les actions sont mises en œuvre, d'ici 2040 on pourrait arrêter ce marquage de l'ère géologique de la planète par cette pollution plastique". En résumé, cela pourrait nous faire passer à une autre époque, dans laquelle le plastique appartiendrait au passé. 

► DOCUMENT - L'étude complète sur le site de la revue Science

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.