L'un des poumons verts de l'Europe se trouve en Roumanie mais il est menacé par une déforestation trop féroce et souvent illégale. Pour lutter contre la corruption et la mafia, la Roumanie vient de se doter d’une justice spéciale contre les crimes environnementaux.

Arbres coupés dans la forêt roumaine
Arbres coupés dans la forêt roumaine © Getty / Lutai Razvan / EyeEm

Tous les lundis, le rédacteur en chef du journal La Croix, Jérôme Chapuis, intervient dans le Débat de midi animé par Camille Crosnier. Cette semaine, il évoquait à l'antenne un reportage fait par Manon Pelissier en Roumanie.

La moitié des dernières forêts anciennes qui restent en Europe se trouvent en Roumanie

C'est l'un des poumons du continent européen ; on y trouve le tiers des espaces végétaux d'Europe. Il y a même encore des forêts primaires, celles auxquelles on n'a jamais touché, dans les Carpates.

Et il y a une faune évidemment exceptionnelle : la plus grande population d'ours, de loups, de lynx... 

Mais tout cela est menacé par la déforestation sauvage. En une heure, il y a entre 3 et 9 hectares qui sont rasés en Roumanie - dont la moitié illégalement. 

Alors, à quoi va servir cette nouvelle institution, concrètement ?

Il faut peser face aux mafias qui sont prêtes à tout. Les gardes forestiers en Roumanie font l'objet de pressions permanentes. Il y a la tentation de la corruption. Beaucoup, d'ailleurs, y cèdent - parfois parce qu'ils n'ont pas le choix : depuis 2014, six gardes forestiers ont été tués en Roumanie, 170 ont été agressés. 

Dans l'article de La Croix, un garde forestier témoigne : il s'est fait tirer dessus en mars 2017 parce qu'il avait fait son travail - il avait dénoncé deux trafiquants. Les deux tireurs ont été condamnés à huit ans de prison, mais ils sont toujours en liberté parce que la justice est trop laxiste. 

Le problème, c'est que cela implique toute la société : les forestiers qui collectent les pots-de-vin comme les politiques (dont beaucoup tirent leur pouvoir de l'argent qui est lié au pillage de cette richesse publique qu'est la forêt). Une grande partie de la classe politique veut continuer de profiter de cette situation, d'où la nécessité de réformer la justice et de se doter d'une juridiction spéciale (qu'on aurait pu appeler chez nous, en France, un "parquet national forestier"). 

Une juridiction spéciale, résultat d'une forte pression des ONG et de l'Europe

Greenpeace et le WWF ont publié beaucoup de rapports sur le sujet depuis plusieurs années et réclament qu'on mette les grands moyens : la surveillance par satellite des forêts roumaines, notamment, pour savoir précisément ce qui en sort. 

À l'échelle mondiale, ça n'est pas aussi catastrophique que la déforestation en Amazonie, mais à l'échelon européen, c'est un drame

Le sort de la forêt roumaine, ça nous concerne tous. 

D'où la mobilisation, effectivement, de l'Union européenne. 

D'ailleurs, c'est un sujet qui fait écho à l'une des propositions de la Convention citoyenne, la création d'un crime d'écocide, qui a été repris la semaine dernière par Emmanuel Macron. Il a promis de porter tout cela, notamment à l'échelon européen

Aller plus loin

Un reportage à retrouver dans le journal La Croix du 6 juillet 2020

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Train de marchandises pour le transport de troncs d'arbres, Mocanita Viseo de Sus, Roumanie.
Train de marchandises pour le transport de troncs d'arbres, Mocanita Viseo de Sus, Roumanie. © Getty / DEA / ALBERT CEOLAN
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