Dans un éditorial publié ce lundi, les rédacteurs en chef d'une vingtaine de prestigieuses revues scientifiques, dont The Lancet et The British Medical Journal, appellent à ne pas différer les mesures "urgentes" à prendre contre le réchauffement climatique, qui menace déjà la santé humaine.

Un manifestant proteste contre le réchauffement climatique à Marseille, en marge du Congrès mondial de la nature le 3 septembre 2021.
Un manifestant proteste contre le réchauffement climatique à Marseille, en marge du Congrès mondial de la nature le 3 septembre 2021. © AFP / Christophe Simon / AFP

"Les nations riches doivent faire plus vite, plus rapidement" pour lutter contre le réchauffement climatique et la destruction de la nature, titrent ce lundi 6 septembre les rédacteurs en chef d'une vingtaine de revues prestigieuses dont le Lancet, le British Medical Journal ou le National Medical Journal of India.

"Malgré la préoccupation nécessaire du monde pour le Covid-19, nous ne pouvons pas attendre que la pandémie passe pour réduire rapidement les émissions [de gaz à effet de serre]", plaident les journalistes scientifiques dans cet éditorial sans précédent, publié dans 220 journaux.

Des conséquences déjà visibles sur la santé

"La santé est déjà altérée par l'augmentation de la température mondiale et la destruction de la nature", poursuivent-ils. Avec une augmentation d'environ 1,1°C depuis l'ère pré-industrielle, les conséquences sur la santé des humains sont déjà importantes.

Parmi celles-ci, "une augmentation des cas de déshydratation et de problèmes rénaux, de tumeurs dermatologiques malignes, d'infections tropicales, de problèmes mentaux, de complications de grossesses, d'allergies et de mortalité, et de morbidité cardiovasculaire et pulmonaire."

Le dérèglement climatique réduit également le rendement de la plupart des productions agricoles, freinant la lutte contre la malnutrition. Les populations les plus affectées sont les plus vulnérables (minorités, enfants, communautés les plus pauvres...), détaille l'édito. Et ce n'est que le début.

Un réchauffement de plus d'1,5 degré, un seuil qui pourrait être atteint autour de 2030 selon le rapport des experts du Giec publié début août, et la perte continue de biodiversité "risquent d'entraîner des dommages catastrophiques et irréversibles pour la santé".

"Les risques du changement climatique pourraient éclipser ceux de n'importe quelle maladie."

Les pays les plus riches appelés à agir

Les auteurs de cet appel s'inquiètent que les "membres puissants de la communauté mondiale" commencent à voir cette hausse des températures comme "inévitable", voire "acceptable", à deux mois de la conférence climat de l'ONU COP26, cruciale, à Glasgow. Les pays les plus pauvres et les moins responsables du dérèglement climatique sont les plus touchés, mais "aucun pays, aussi riche soit-il, ne peut se protéger de ces impacts", tonnent les scientifiques.

"Les risques du changement climatique pourraient éclipser ceux de n'importe quelle maladie. La pandémie de Covid-19 prendra fin, mais il n'existe aucun vaccin contre la crise du climat", commente de son côté le patron de l'Organisation mondiale de la Santé Tedros Adhanom Ghebreyesus dans un communiqué. Il note que "chaque mesure prise pour limiter les émissions et le réchauffement nous rapproche d'un avenir plus sain et plus sûr".

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Évoquant les sommes "sans précédent" dépensées lors de la pandémie, les revues médicales appellent ainsi à augmenter massivement les financements pour la protection de la planète et mettent en avant les effets en cascade positifs. "Une meilleure qualité de l'air permettrait à elle seule d'obtenir des améliorations pour la santé qui compensent facilement le coût global de la réduction des émissions", estiment les auteurs.

La nécessité d'un changement plus profond

Au-delà de l'argent, ils plaident pour un "changement fondamental de la façon dont nos sociétés et nos économies sont organisées et de notre mode de vie" : refonte des systèmes de transport, des villes, de la production et de la distribution alimentaire, des marchés financiers, des systèmes de santé, "et bien plus".

"Il faut que 2021 soit l'année durant laquelle notre planète change de cap : notre santé à tous en dépend", a insisté  Fiona Godlee, rédactrice en chef du BMJ, co-autrice de l'éditorial.