Attention au "greenwashing" (en français, "l'enfumage environnemental") ! De plus en plus de consommateurs sont sensibles aux arguments écologiques. Pour répondre à ces atteintes, un plastique végétal a notamment fait son apparition. Mais est-il vraiment plus écolo ?

Le plastique végétal est composé tout ou partie avec de la matière première végétale, de  l'amidon de maïs, de la bagasse de canne à sucre ou encore d'algues.
Le plastique végétal est composé tout ou partie avec de la matière première végétale, de l'amidon de maïs, de la bagasse de canne à sucre ou encore d'algues. © Radio France / Julien Mougnon

ll serait naturel, biodégradable, compostable, végan... Les promesses marketing fleurissent autour du plastique végétal, qu'on appelle aussi le biosourcé. Comme son nom l'indique, il est composé entièrement ou en partie de matière première végétale (amidon de maïs, bagasse de canne à sucre ou algues). Aujourd'hui, il ne représente que 3% des emballages ménagers plastique en France mais à mesure que les marques tentent de verdir leur plastique, son utilisation va sans doute fortement augmenter.

Voici les réponses à quelques questions que pose ce nouveau plastique.

  • Le plastique biosourcé est-il meilleur pour l'environnement ?

Aujourd'hui on ne peut pas nier que les industriels, sous la pression des consommateurs, font des efforts pour trouver des alternatives au plastique classique. Mais tous les plastiques végétaux ne sont pas forcément plus écologiques. Cela dépend de leur mode de fabrication. Si l'on fait de la monoculture de matière première à grande échelle pour fabriquer du plastique, le bilan environnemental ne sera pas favorable, explique Sylvain Pasquier, de l'Agence de l'Environnement et de la maîtrise de l'énergie. Cela revient à utiliser plus de produits phytosanitaires, ce sont donc des terres en moins pour la production alimentaire sans compter le risque de défrichement dans certains pays (une déforestation comme on l'a vu  pour la production de biocarburants).

En revanche, explique ce spécialiste des emballages à l'Ademe, s'il est fabriqué à partir de résidus (de déchets végétaux), le bilan environnemental du plastique végétal est positif  : "On a par exemple des plastiques qui sont fabriqués à partir de résidus de sucre de canne. Une fois qu'on a extrait le sucre de la canne, on a des fibres que l'on peut transformer en polyéthylène. Donc là, on est dans quelque chose qui est intéressant car on va valoriser un co-produit de l'industrie agro-alimentaire".

L'Ademe met d'ailleurs en garde contre la multiplication de l’utilisation du préfixe « bio » (comme pour biosourcé) qui entraîne souvent une confusion dans l’esprit des consommateurs. "Bio" ne veut pas dire que le produit est issue de l'agriculture biologique, ni qu'il est inoffensif et sans impact pour l’environnement.

  • Est-ce que ma bouteille en plastique végétal est recyclable ?

Tout dépend de la résine qui la compose. Avec de la matière végétale, on peut fabriquer la même molécule que la pétro-industrie : le PET (la plupart des bouteilles d'eau aujourd'hui sont fabriquées en PET clair). Le PET végétal est recyclable dans une usine classique. Pas à l'infini, mais recyclable.

En revanche, ça se complique pour une autre famille de plastique : le PLA, l'acide polylactique, lui n'est pas recyclable. Cette bouteille ressemble comme deux gouttes d'eau à sa cousine en plastique à base de pétrole, sauf que dans les centres de tri, les machines à tri optique ne la reconnaissent pas. Elle est éjectée de la chaîne, et finira à l'incinération.

  • Le plastique biosourcé est-il biodégradable ?

Le terme "biodégradable" suscite beaucoup de malentendus. Pour Nathalie Gontard, spécialiste du plastique, directrice de recherche à l'INRA, il s'agit même "d'une confusion entretenue". La mention "biodégradable" figure ainsi sur les bouteilles biosourcées en PLA. Mais  attention, si vous jetez une bouteille en PLA (acide polylactique) dans la nature, exactement comme c'est le cas pour un trognon de pomme, elle va rester intacte. Si vous la mettez dans votre compost à la maison... pas mieux.

Quand on dit que le PLA est biodégradable, précise Nathalie Gontard, "c'est uniquement en condition industrielle, avec les bonnes bactéries et une montée en température". Un procédé qui n'en est qu'au stade de l'expérimentation en France. L'autre problématique avec ce plastique végétal PLA, c'est comment le collecter : faut-il un bac spécial ? Aujourd'hui, si vous achetez une bouteille en PLA, elle finira à la poubelle normale...

  • Mais est-ce qu'il existe quand même des plastiques compostables à la maison ?

Oui. Pour les reconnaître il faut chercher le label "OK Home compost". C'est le label reconnu en Europe, il est certifié par une société privée autrichienne, TUV.

le label qui vous dit si votre sac plastique est compostable à la maison
le label qui vous dit si votre sac plastique est compostable à la maison / l'Ademe

Ce label comprend la famille des PHA, les biopolyesther, des plastiques fabriqués grâce à des micro-organismes qui décomposent les déchets végétaux, une technique développée notamment au Brésil et en Chine. Il y a aussi les agro-polymères, dont vous vous servez sans forcément le savoir. Ce sont les petits sacs très fins (et doux au toucher) qui ont remplacé les sacs plastiques traditionnels au rayon fruits et légumes. "Ils sont composés d'un tiers d'amidon de maïs et de deux tiers de matières à base de pétrole, et pourtant ils sont compostables à domicile", précise Nathalie Gontard, chercheuse à l'INRA.

  • La "bouteille végan"est arrivée, est-elle plus écolo ?

Il s'agit d'un autre nom donné aux bouteilles fabriquées entièrement en plastique végétal, c'est à dire garanties sans pétrole. Donc on retrouve les même problématiques citées un peu plus haut. Si ces bouteilles sont fabriquées à partir de résidus de déchets végétaux, elles sont plus respectueuses de la nature. Le problème reste leur fin de vie : ces contenants en PLA n'ont pas, pour l'instant, de système de collecte spécifique (où faut-il la jeter ?), ni de filière industrielle pour les composter. Et mettre du PLA dans le bac jaune ne sert à rien, car cette matière n'est pas recyclable comme une bouteille classique.

En 2016,  l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie a publié un avis pour dire qu'elle soutenait le développement de certains polymères biosourcés, "susceptibles d'amener des réponses à certains enjeux environnementaux et économiques (hausse du prix et raréfaction des ressources fossiles, etc.)", tout en reconnaissant qu'il fallait plus d'études sur "les impacts environnementaux et sociétaux de ces plastiques, et sur l'ensemble de leur cycle de vie". Aujourd'hui, certains de ces experts reconnaissent aussi qu'il y beaucoup de publicité mensongère autour de la notion de "biodégradable", notamment. L'Ademe doit justement rendre un nouvel avis cet été sur le plastique biosourcé et sa fin de vie, afin de permettre aux consommateurs d'y voir plus clair.

#leplastiquenonmerci

Dans le cadre de la Journée mondiale de l’environnement le mercredi 5 juin, France Inter et Konbini consacrent une deuxième journée au plastique, véritable fléau pour le climat, les écosystèmes marins et notre santé.

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